L’Autre Enfer

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L’un a réalisé les mythiques Virus Cannibale et Les Rats de Manhattan, tous deux écrits par le second, également auteur d’un Troll 2 de légende. Leurs noms ? Bruno Mattei et Claudio Fragasso, les enfants terribles du bis à l’italienne. Des dieux du nanar, qui ont décidé d’unir leurs forces pour L’Autre Enfer, qui devrait fort logiquement être le mauvais film sympathique ultime, non ?

 

Tout le monde le sait, délier le vrai du faux n’est jamais évident avec Bruno Mattei et Claudio Fragasso. Tenez ! On peut notamment prendre en exemple le nom du réalisateur de cet Autre Enfer, un certain Stefan Oblowsky qui n’existe bien évidemment pas, ce bonhomme n’étant qu’un costume dans lequel se sont cachés Mattei et Fragasso, le premier montant sur les épaules du second, planqué dans le pantalon. Et encore, nous ne sommes même pas sûrs que les deux gaillards ont bel et bien coréalisé le film car si leur collaboration est indiquée sur le DVD édité par Neo Publishing il y a quelques années, la plupart des sites internet ne créditent que Mattei. Fragasso assure qu’il a réalisé cet Altro Inferno, selon ses dires un film B tourné dans les mêmes décors qu’un film A dont s’occupait son ami Bruno. Possible mais restons méfiants, le Claudio n’étant pas le dernier à raconter des conneries et s’attribuer des mérites qui ne sont pas les siens. La vérité sur ce film, à priori (car rien n’est jamais sûr, comme vous l’aurez compris) le onzième de Mattei, est donc bien difficile à déterrer et pourrait constituer un joli mystère pour Sherlock Holmes. Mais ce dont on est à peu près sûr, c’est que le film sera un nanar de la pire espèce. Comment pourrait-il en être autrement de la part du roi du stock-shot et du gars qui a fait un film dans lequel un gamin se débarrasse des trolls qui lui pourrissent la vie en mangeant un hamburger ?

 

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Et ça commence plutôt bien dans le genre nanar, avec une première scène tout simplement incompréhensible. On y croise une nonne qui se ballade dans une espèce de crypte blindée de crânes, appelant une certaine sœur Assunta qu’elle finira par retrouver dans une pièce digne d’un alchimiste, en train de retirer le vagin d’une sœur décédée. Du pur Mattei, ça rassure d’emblée. La fameuse Assunta se met alors à réciter un dialogue des plus ésotériques quand, soudainement, une entité diabolique semble se manifester, faisant tout trembler et bouillir un chaudron. La grosse frousse, donc, qui continue lorsque l’une des nonnes se met à poignarder l’autre et finit par mourir à son tour. On ne bite rien à ce qu’il se passe mais une chose est sûre, nous sommes dans un couvent dans lequel il se passe des choses pas très catholiques. Un comble ! Et lorsqu’une nouvelle religieuse se vide de son sang de manière inexpliquée, il est temps de se poser des questions et d’enquêter, ce que va faire le père Valerio, aussi curé que détective, qui aura bien du mal à faire son boulot avec la Mère Vincenza dans les parages, une supérieure qui n’aime pas trop qu’on fouine dans les secrets de son couvent.

 

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Disons-le tout de suite, L’Autre Enfer n’est pas aussi mauvais qu’on l’imaginait. Mieux, il pourrait même s’agir du seul vrai bon film horrifique des deux collègues du bis ringard. Rien à voir avec les meilleurs films d’Argento, Bava, Fulci ou les autres, il ne faut pas non plus rêver, mais tout de même une entreprise plutôt bien gérée. Au niveau du scénario d’abord, Fragasso arrivant à nous intéresser à ce qu’il se trame dans l’enceinte de ce lieu de culte sans trop de difficultés. Le mystère n’est bien évidemment pas digne de celui d’un giallo et l’on sent bien que le Claudio n’a pas la moindre idée de comment il pourrait amener le père Valerio à découvrir le pot-aux-roses. Ce dernier soulève une dalle et y découvre des cheveux, ce qui réveille une nonne dans un état végétatif qui se met à l’étrangler. Pourquoi ? On ne sait pas, pas plus que ce que cette touffe de tifs foutait là. Fragasso s’est probablement dit que ça ferait bien, que ça apporterait un coté étrange, à la Argento. Au diable la logique ! Et le pire, c’est que même si on trouve cela stupide une fois le film finit et qu’on a toutes les cartes en main, sur le moment ça fonctionne ! Cela ne veut pas dire que le script est bon, il ne l’est pas, ou pas totalement, cela signifie juste qu’il parvient à éveiller l’intérêt par intermittence. On est dans un récit qui se base sur l’instant, qui se crée avec des petits morceaux d’idées, sans se soucier de la vue d’ensemble qu’en aura le spectateur. La cohésion, c’est pour les autres ! Reste que le milieu du film, basé sur l’enquête, est plutôt bien foutu, surtout en comparaison avec le début, tout simplement incompréhensible, et un final un peu trop délirant, qui n’hésite pas à mélanger Satan, pouvoirs paranormaux et zombies.

 

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Si Fragasso nous étonne en parvenant à placer une intrigue policière d’assez bonne tenue au milieu du métrage, le plus étonnant reste encore la réalisation, qu’il signe avec Mattei. On ne sait pas lequel des deux on doit féliciter mais il faut bien avouer que certains plans sont particulièrement réussis. C’est que le couvent en question est plutôt alléchant visuellement parlant et que le duo n’hésite pas à le rendre particulièrement glauque. Si les sous-sols rappellent Fulci avec ces cranes et cette crasse qui semble s’écouler de chaque recoins, le grenier est clairement sous l’influence d’Argento, avec ses poupées pendues au plafond, seules amies d’une jeune fille visiblement enfermée là depuis longtemps… C’est donc les pieds joints que le film tombe dans le gothique pur et dur, piquant des éclairages à Argento, comme lorsque les personnages se retrouvent dans cette très colorée salle d’alchimie et sont donc dans des teintes rouges et vertes, comme dans un Suspiria du pauvre. D’ailleurs il est évident que le duo était sous influence du film d’Argento, dont les sorcières remportaient à l’époque un franc succès. De quoi motiver Mattei à lui piquer quelques idées et tenter de surfer sur la vague. Car on pense souvent au chef d’œuvre de Dario, visiblement l’influence number one de L’Autre Enfer, mais pas la seule puisque Fulci a aussi droit de cité avec les zombies qui apparaissent furtivement dans le dernier acte. Mais pas cons, les auteurs de nanars n’oublient pas de citer Carrie et Patrick, qui avaient fait sensation il y a peu. Le film de De Palma est d’ailleurs clairement plagié, une habitude pour Mattei qui s’était tout de même permis de faire des suites à Terminator et aux Dents de la Mer alors qu’il n’en avait bien évidemment pas l’autorisation.

 

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Bien entendu, il y a une couille d’éléphant dans le potage. Car un film de Mattei et Fragasso, ça ne peut jamais être totalement réussi, il faut toujours un petit quelque-chose qui vient ternir l’ensemble. Car outre un scénario peu réfléchi, il faudra également faire face à quelques effets particulièrement cheap. Ainsi, quand le diable apparaît, c’est via deux petites lumières rouges qui semblent planquer derrière une bouteille en verre. Et quand une jeune fille se vide de son sang sur ses draps de lit, ceux-ci sont bien évidemment dégueulassés, mais les taches d’hémoglobines sont clairement faite au marqueur et ne sont pas crédibles pour un sou. Ne parlons même pas du bébé ébouillanté (oui, on ébouillante des bébés dans ce couvent) qui est très clairement une poupée, les réalisateurs ayant en prime la mauvaise idée de filmer son œil en plastique en gros plan ! Et puis il y a le problème habituel de la série Z italienne: des acteurs mauvais comme des cochons, certains continuant à respirer fortement alors qu’ils sont censés être morts. Il faut voir notre père Valerio hurler en en faisant des caisses et des caisses (Carlo de Mejo, vu dans La Maison près du Cimetière), la Mère Vincenza péter un câble en cabotinant comme si sa vie en dépendait ou ce bon vieux Franco Garofalo (alias Franck Garfield) qui incarnait déjà le meilleur personnage dans Virus Cannibale et que l’on retrouve ici en jardinier inquiétant et de mauvais poil. Des défauts qui viennent nous rappeler qui nous avons en face de nous, au cas où la musique des Goblins piquée à Blue Holocaust ne suffisait pas, mais qui ne font que souligner les petites réussites du film, qui nous font dire que finalement, s’ils l’avaient vraiment voulu, ils auraient peut-être réussi à pondre de bons films. Reste qu’avec L’Autre Enfer ils ont sorti un joli best-of d’une bonne partie du cinéma bis italien, dans son aspect visuel comme dans ses thématiques, sans en oublier les obligatoires défauts. Dans un sens, on peut dire que c’est un petit indispensable pour les fans du genre et que le « mauvais film sympathique » que nous attendions tant s’est finalement transformé en un « pas trop mauvais film sympathique ». Et pour du Mattei et du Fragasso, c’est déjà énorme !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Bruno Mattei, Claudio Fragasso
  • Scénario: Claudio Fragasso
  • Autres titres: L’Altro Inferno (Ita), The Other Hell (USA)
  • Production: Arcangelo Picchi
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Carlo de Mejo, Franca Stoppi, Franco Garofalo
  • Année: 1981

2 comments to L’Autre Enfer

  • Seb  says:

    Ta critique donnerait presque envie de le voir. Mais alors si vraiment il n’y a rien d’autre hein, parce que pour le moment j’ai encore quelques classiques du bis italien à regarder. Mais je note pour plus tard.

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