Cutting Class

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On peut avoir bossé pour John Boorman et écrit ses Excalibur et La Forêt d’Emeraude pour se planter sur une petite Série B présentée comme incisive. Enfin, se planter… Certes, tout le monde se souviendra toujours et à jamais de Cutting Class (1987, mais sorti en 89) comme de l’un de ces quelques films qui servirent d’escabeau vers la gloire à Brad Pitt. Et très franchement, il fait aussi partie de ces slasher dont on ne sait si on doit les prendre par le manche ou la lame. Reste que le désossage d’adolescents a connu heures plus sombres…

 

 

Brian (Donovan Leitch, The Blob version 80’s) et Dwight (Brad Pitt, Jackass) ont beaucoup en commun. Ils sont amis d’enfance d’abord. Ils vont dans la même école ensuite. Il se dit même qu’ils partagent un secret. Et surtout, les deux en pincent pour Paula (Jill Schoelen, Le Beau-Père), petite copine officielle de Dwight que l’on soupçonne d’avoir un sérieux faible pour le bizarre Brian. Le jeu des ressemblances ne va cependant pas jusqu’à sept entre les deux garçons, Dwight étant tout ce qu’il y a de plus populaire – avoir la gueule à Pitt doit beaucoup aider – alors que Brian est connu comme le mec qui tua accidentellement son pauvre père et passa une partie de ses belles années à se cogner la tête contre les murs d’un hosto psy. Dwight est celui auquel on serre la pogne dans les couloirs, Brian le weirdo aux yeux écarquillés que l’on ne veut pas croiser. Dwight est aussi un piètre élève, raillé et puni par toute une assemblée de professeurs, là où Brian peut compter sur une cervelle peut-être fissurée mais néanmoins bien pleine. Reste que lorsque les adultes et jeunes gens se mettent à disparaître ou sont retrouvés morts dans le lycée, on ne sait trop lequel des deux accuser. Dwight pointe du doigt Brian, ce dernier tente de prouver qu’il est moins fou que ce que son regard halluciné traduit. Dans tous les cas, les victimes sont systématiquement coupables d’avoir été trop proches de la petite Paula, et il est bien possible que ce soit le principal des lieux (Roddy McDowall, Fright Night bien sûr) qui fasse le vide autour d’elle. Etonnant tout de même de retrouver un bonhomme comme Rospo Pallenberg, scénariste attitré de Boorman pendant un temps, sur une production sentant aussi bien l’eau de Lacoste pour jeunes filles en fleur que le ketchup épicé de chez Amora voué à dégouliner des nuques fraîchement tranchées. On ne peut d’ailleurs pas dire que Cutting Class fut un film porte-bonheur pour son auteur puisque ce fut l’ultime ligne à son CV, le dernier arrêt pour Oubli Ville, à regarder le petit Pitt continuer sa route en bus vers Superstar City.

 

 

Personne ne semblait d’ailleurs croire des masses à ce petit projet, un de plus tombé sur le compost du slasher. Jill Schoelen refusa par exemple de participer à ce bal de l’horreur à de nombreuses reprises, et ne s’y rendit finalement que dans le seul but d’y avoir une danse avec le père Roddy McDowall, auquel elle vouait une admiration sans bornes. Quant aux distributeurs, le simple fait qu’ils gardèrent la bobine deux années sur leur bureau avant de la dévoiler au Monde en dit long sur les espoirs qu’ils plaçaient en elle. On ne vous fera d’ailleurs pas le coup de la fleur aux pétales lumineuses poussant sur le compost puant du psychokiller movie, car Cutting Class n’a fait, ne fait pas et ne fera jamais partie des indispensables de la découpe estudiantine. N’empêche que nous sommes aussi loin d’avoir sur les genoux une production inintéressante, et la cuvée 87-89 vaut le coup d’oeil en coin ne serait-ce que pour son caractère lunatique. Pallenberg et son scénariste Steve Slavskin, plus tard au boulot sur des séries pour enfants, partent de toute évidence sur une parodie, conscients que le genre a déjà vu assez de colosses masqués projetant leur hachoir dans la viande molle des petits jeunes, et donc décidés à jouer du coup de coude complice plutôt que du coup de hallebarde dramatique. Quelques bulbes d’humour sortiront donc de terre, comme la découverte d’un McDowall déguisé de manière ridicule à un moment où la tension montait pourtant, la conduite folle d’un Pitt manquant d’écraser un marmot avant de lui lancer « demain même heure ? » dans un clin d’oeil séducteur, une victime refusant de mourir et agonisant durant tout le métrage, les tentatives ratées de se débarrasser du tueur en usant des minces savoirs acquis en classe… Cutting Class ne ressuscite pas franchement l’esprit de La Nuit des Masques, mais rappelons qu’il n’était pas le seul à se décider à tirer la langue au milieu des visages impassibles du slasher flick, d’autres parodies comme Wacko ou Student Bodies étant apparues dans les mêmes eaux. Mais tel le plaisant Cheerleader Camp, le seul et unique film de Pallenberg (si l’on met de côté sa participation non-créditée à L’Exorciste 2) s’essaie au premier degré entre deux salves du second, tourne autour d’une certaine noirceur sans jamais plonger réellement dedans, et surtout n’hésite pas à miser sur un gore de plus en plus présent à mesure que le récit avance. Cela commence gentiment avec une séance de tir à l’arc avec un torse pour cible et cela se finit avec des marteaux dans le crâne, une hache entre les deux yeux, un empalement sur un drapeau américain durant une partie de trampoline (hé non, Eli Roth n’a rien inventé avec son faux trailer pour Thanksgiving), un prof d’arts plastiques mis au four et une vieille emmerdeuse zigouillée sur une photocopieuse. Ce n’est pas les nouveaux versets du genre, mais cela éclabousse assez pour rafraîchir en période de forte chaleur.

 

 

Notons tout de même que Cutting Class réussit surtout son année grâce à la géométrie en nous traçant un beau triangle amoureux. On comprend fort bien que les deux héros se battent pour Paula, joli petit bout de Final Girl, et les répercussions sentimentales du récit nous importent très vite plus que les errances du killer on the loose. D’autant que l’on se lie d’amitié à la fois avec ce pauvre Brian à sa place nulle-part et vivant une vie de pestiféré, et avec le populaire Dwight, pour qui tout va bien en apparence mais dont l’avenir prend l’eau de toutes parts et qui doit subit la pression d’un paternel peu aimable. Dommage que Cutting Class n’ait pas su mettre l’accent sur cette force que sont ses personnages et ait voulu jouer au plus malin en jouant sur deux tableaux, puisque l’amateur de slasher pur y trouvera à redire sur ses moqueries voilées tandis que le spectateur payant sa place pour la moquerie trouvera le boulot de Pallenberg encore trop cheesy (ah, cette bande-son au synthé et au vieux rock!) pour le distinguer des autres sous-Vendredi 13 alors en vogue. Nous, on regrette juste un final se dirigeant vers une sévérité appréciée… et freinant juste avant d’atteindre son but, histoire de propulser le film dans la catégorie de ceux qui ne vont jamais au bout de leurs intentions.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Rospo Pallenberg
  • Scénario: Steve Slavkin
  • Production: Donald R. Back, Rudy Cohen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jill Schoelen, Donovan Leitch Jr., Brad Pitt, Roddy McDowall
  • Année: 1989

3 comments to Cutting Class

  • Denis  says:

    Salut Mordor, il y avait longtemps.
    J’espère que tout roule pour toi. je vais terminer le Hellfest et j’ai pensé à toi.
    Je vais m’y mettre.
    Sûrement le seul Brad Pitt que je n’aie pas encore vu.
    Amitiés.

  • Denis  says:

    Mordo

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