Faust, une légende allemande

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Après avoir offert au plus célèbre des vampires l’une de ses versions les plus marquantes, il était logique que Murnau s’attaque à plus gros gibier. Et si Dracula est et restera l’un des grands seigneurs du mal, il n’est rien face au diable ne personne, le summum du mal.

 

Le bisseux a une mémoire sélective, le genre à faire pleurer les réalisateurs ayant débuté dans l’horreur et qui se sont aujourd’hui éloignés du style pour oser quelques films plus « respectables ». Mais c’est ainsi, les tordus que nous sommes garderont toujours un souvenir, parfois ému, des cannibales ou zombies d’Umberto Lenzi alors que ses films de guerre ne sont pas remarqués. De même qu’un William Friedkin restera pour la majorité d’entre nous le réalisateur de L’Exorciste, Murnau restera le papa de Nosferatu, quand bien même il a une vingtaine d’autres titres dans sa filmographie, des films qui n’entretiennent en général aucun rapport avec l’horreur. Mais c’est ainsi, un vampire répugnant sera toujours plus marquant que Tartuffe. Le pouvoir de l’image, une idée bien comprise par le réalisateur teuton, souvent considéré comme fer de lance de l’expressionisme allemand. Pas très étonnant de le voir adapter l’un des plus grands mythes de son pays, Faust, qui raconte la lutte entre le bien et le mal avec un vieux scientifique au milieu… Enfin, raconte… C’est du muet hein, les dialogues sont pas le fort du film.

 

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Son Faust sera d’ailleurs assez fidèle au mythe d’origine puisque montrant une fois encore le rude combat que se mènent Méphistophélès et un archange. Le premier veut la Terre pour pouvoir faire souffrir les hommes, le second veut l’en empêcher. Incapable de se mettre d’accord, ils décident de mettre le sort de l’humanité entre les mains d’un vieil homme, Faust, le sage de sa ville, celui près de qui l’on va chercher conseil en période de crise. Méphisto, ou Satan selon les moments, va donc mettre tout en œuvre pour corrompre Faust et le détourner au maximum de Dieu. Il lui rend alors sa jeunesse et lui fait redécouvrir les plaisirs de la chair et exauce tous ses souhaits. Devenu un demi-dieu depuis que Méphisto se trimballe à ses cotés pour subvenir à ses moindres besoins, Faust commence à se lasser et désire revenir à sa ville natale, celle qui l’avait chassée pour pacte avec le diable. De retour au bercail, Faust tombe très vite amoureux d’une jeune fille pure et innocente, ce que ne voit pas d’un très bon œil le diable qui va dès lors comploter dans tous les sens. Une histoire pleine de sens et de morale, permettant probablement des milliers d’interprétations de la part des plus psychologues. Mais nous sommes sur Toxic Crypt, lieu où sont vénérés le gore, le sang, la fesse et les sales bêtes, soit tout ce que le plus toxique des cinémas peut nous offrir. Alors ça ne veut pas dire qu’on ne trouve pas Faust profond et que nous ne sommes pas touchés (le final est assez beau, d’ailleurs), mais disons que ce n’est pas le sujet qui m’intéresse le plus.

 

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Alors amoureux des arts sombres, qu’est-ce que Murnau nous propose cette fois ? Car je sens que le vieux vampire dégarni vous avait bien branché et que du coup vous frétillez à l’idée de reprendre une petite couche d’horreur old-school de chez old-school. Je vous arrête tout de suite, Faust n’a rien d’un film d’horreur, c’est plutôt un conte. Un conte souvent sombre mais pas toujours, puisqu’il s’autorise quelques moments féériques et enchanteurs comme un voyage sur une cape magique. Nous avons même droit à quelques instants comiques, le pauvre Méphisto étant courtisé par une femme qu’il ne trouve pas à son goût. Ne vous attendez donc pas à revivre l’expérience Nosferatu, ce n’est définitivement pas le propos de Murnau qui préfère théoriser sur le bien, le mal, la sagesse et l’amour. Ce qui ne veut pas dire que le fantasticophile n’aura rien à avaler, que du contraire ! Car Murnau semble avoir décidé de s’amuser un maximum lors du tournage du film, multipliant les effets spéciaux, particulièrement impressionnants pour l’époque. Les images marquantes ne manqueront pas, certaines étant même célèbres, comme la forme gigantesque du démon surplombant la ville allemande où vit Faust. Mais ce n’est pas la seule, notons également le très beau plan durant lequel Méphisto passe du statut d’ombre menaçante à celui de mendiant envoyant des flammes sur un Faust endormi, histoire de le rajeunir. Et puis il y a ce traveling entre des miniatures, véritable course dans le ciel nous faisant voyager à travers le monde pour atterrir sur un beau mariage à Parmes. Le diable est par ailleurs très bien foutu, comme un gigantesque corbeau grimaçant, tapis dans l’ombre et observant les humains avec une profonde haine. Un diable qui change d’ailleurs d’apparence au fil du film, devenant un mendiant puis une sorte de seigneur, qui rappelle par ailleurs un peu Glenn Shadix dans Beetlejuice, voire Tomisaburo Wakayama, le Ogami Itto de la série des Baby Cart. C’est d’ailleurs ce démon qui est le plus intéressant à observer puisqu’il en fait des tonnes et assure le spectacle, tandis que Faust fait un peu mou une fois rajeunit…

 

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Faust n’est donc pas un film à conseiller aux bisseux mais plutôt à ceux qui aiment rêver, qui ont gardé leur âme d’enfants et apprécieront ce spectacle impressionnant pour son époque. La première heure est d’ailleurs un beau florilège et comporte son lot de moments forts et de scènes qui impriment la rétine. L’ennui, c’est qu’une fois Faust amoureux de la jeune catholique, le film baisse en intensité, changeant de rythme pour devenir une romance humoristique qui dure, dure, dure… Vingt bonnes minutes sont consacrées à la rencontre entre notre héros et sa bien-aimée, une durée un brin excessive et qui peut lasser. Faust est par ailleurs un film assez long pour du muet puisque durant 100 minutes, prenant le risque de perdre le spectateur à un moment ou un autre. Surtout que le pari entre le diable et l’ange n’est pas toujours très clair et l’on ne comprend pas pourquoi Satan ne se considère pas vainqueur dès le moment où Faust lui vend son âme et ne peut plus s’approcher des objets religieux. Non, ils passent plusieurs années ensembles, le démon exauce tous ses vœux pendant une éternité, sans que l’on sache vraiment quand il lèvera les bras, victorieux. De menus défauts qui ne doivent pas vous empêcher de découvrir ce classique, une marque dans l’histoire des effets spéciaux, toujours aussi séduisants pour un film pourtant sorti en 1926 !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Friedrich Wilhelm Murnau
  • Scénario: Hans Kyser
  • Titre Original: Faust, eine deutsche Volkssage
  • Production: Erich Pommer
  • Pays: Allemagne
  • Acteurs: Emil Jannings, Gösta Ekman, Camilla Horn
  • Année: 1926

 

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