The Hearse (Le Corbillard)

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Dernier taxi vers le grand sommeil, le corbillard ne pouvait rester bien longtemps sans se faire star d’une petite production horrifique. Certes, on en voyait déjà les jantes dans Phantasm et ses traces de pneus furent remarquées dans le Trauma de Dan Curtis, mais lui fallait encore le haut de l’affiche. Soyons honnêtes, ça sera pas dans The Hearse (ou Le Corbillard, donc, 1980), où la carlingue est limite accessoire au sein d’un film surtout branché maison hantée.

 

 

Attention, spoilers in da haunted house !

 

 

Les fantômes étaient en fête autour de Trish Van Devere, en 1980 déjà face aux morts dans le bon The Changelling (alias L’Enfant du Diable) et à nouveau dans une tempête d’ectoplasmes dans The Hearse. Et elle n’avait pas besoin de ça ! Déjà passablement bouleversée par un divorce inattendu, la Jane Hardy qu’elle incarne doit supporter la perte récente de sa mère, dont elle était très proche. Pour ce faire, elle prend le large et s’en va voir si l’herbe est plus verte dans un petit comté pas trop loin de San Francisco, où elle pourra faire du jogging sur les courbes de la belle Dame Nature et purger son mal-être par la sueur. Elle récupère donc la maison de sa tante décédée depuis longtemps, bicoque inhabitée et que les autres habitants de ce coin reculé évitent comme un chat éviterait un refuge de dobermans. Telle une gousse d’ail dans le tiramisu, Jane ne se sent pas à sa place, reluquée de travers par des commerçants presque honteux de croiser le regard de Thomas Jefferson lorsqu’elle passe à la caisse, traitée de sorcières par les poivrots et les sales gosses, et invitée à quitter la maison par un agent immobilier avec lequel elle ne s’entend pas, joué par le vénérable Joseph Cotten, dont la gloire se fit via Citizen Kane avant qu’il ne traque sa croûte et le billet facile dans des bisseries comme Baron Vampire, Le Continent des Hommes Poissons ou Lady Frankenstein. Notez qu’il ne les choisissait pas trop mal. Bref, Jane pensait que l’air frais de la campagne la revigorerait, et la voilà certaine qu’un malotru s’infiltre chez elle en soirée, ses nuits sont serrées par des cauchemars à en transpirer un baquet de sel et il semble qu’elle ne puisse prendre la route sans être suivie par un corbillard à la conduite brutale, au volant duquel se trouve un sinistre moustachu qu’elle finit par apercevoir un peu partout dans la région. Seuls réconforts, le bellâtre Tom (David Gautreaux, surtout un Monsieur TV), jamais bien loin quand il s’agit de voler à son secours, et le brave ado Paul (Perry Lang, également futur réalisateur de nombreux épisodes de séries et du très chouette L’Homme de Guerre avec Dolph Lundgren), seul sourire sincère dans cette vallée tire-la-gueule et petit homme amoureux de la MILF des villes. Mais est-ce que ces renforts suffiront à soutenir la pauvre dame lorsqu’elle découvrira l’atroce vérité sur sa famille ?

 

 

Car il y a un sale secret au bout du couloir, que Jane déterre de pages en pages, celles du journal intime de sa tante, dont il se dit que le corbillard censé l’amener jusqu’à sa tombe explosa sur la route, comme tiré dans le fond des flammes par Lucifer en personne. Pas si improbable que ça puisque la morbide tata vendit son âme au Diable lors des nombreuses messes noires auxquelles elle s’adonnait. On occupe son temps comme on peut, vous perdez bien le vôtre à me lire. Reste que ces apparitions spectrales derrière les fenêtres, ces mains brutales traversant les portes pour agripper la Jane, le corbillard fendant la nuit de ses phares comme s’il avait les yeux grands ouverts pour chercher de futures victimes, ils s’expliquent petit à petit dans une atmosphère lourde mais pas trop, jamais blasphématoire ni trop prompte à sortir têtes de bouquetin et pentagrammes. Pas de 666 sur la plaque du fourgon mortuaire non plus, désolé. Le réalisateur George Bowers, dont la carrière se fera surtout dans le montage (de l’éventreur In Hell notamment), nous empaquette un petit film populaire pour les 6 à 66 ans et se garde bien de trop partir dans le rouge. On ne se coupe même pas un doigt en cuisine dans The Hearse, et les rares victimes du film ont la délicatesse de périr proprement. Non, le frisson vient ici des bruits entendus dans la nuit, d’une caméra pense-t-on subjective et trahissant le regard de quelque goule maraudeuse, de l’inquiétude de villageois superstitieux lorsque la souriante Trish Van Devere – qui me fait penser à Arielle Dombasle, et donc à son faux philosophe de mari, ce qui n’est jamais agréable. En cela, Le Corbillard se gare sur le vieux parking de la haunted house et n’essaie même pas de faire comme si Amityville n’avait jamais existé.

 

 

Si ce n’est un angle vaguement satanique, cette cambuse maudite contient donc ce que toutes les autres cambuses maudites contiennent. Mais Bowers n’est pas un manche, réalise sans éclat mais ne se trébuche jamais non plus dans les câbles. Le script ne nous pousse pas à nous enfoncer de surprise dans notre divan, mais on suit l’affaire sans aller vérifier à notre horloge si les aiguilles se chevauchent bien vingt-deux fois par journée. En fait, plus qu’à une réalisation correcte ou à des bouleversements visibles, justement, comme un corbillard à une fête foraine, c’est aux personnages que l’on s’attache. A la pauvre Jane, qui malgré tous les malheurs du monde que l’on lui jette sur le coin du groin toutes les cinq à dix minutes continue de faire face avec un sourire charmeur. Au brave Paul, teenager un peu gauche, à la gestuelle timide et à la bonté sincère. Voire au mystérieux Tom, gentleman qui serait à son aise même déguisé en cornichon à Buckingham Palace, dont le sourire dit « Je t’aime, bébé » mais dont le regard à fissurer la glace hurle « Je vais te dépecer, te démembrer et jeter le tout aux cochons. » Un triangle amoureux dont on se demande quel côté est l’hypoténuse, et un bon petit film révolutionnaire en rien mais plaisant en tout.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: George Bowers
  • Scénario: William Bleich
  • Production: Mark Tenser
  • Pays: USA
  • Acteurs: Trish Van Devere, Perry Lang, David Gautreaux, Joseph Cotten
  • Année: 1980

2 comments to The Hearse (Le Corbillard)

  • Roggy  says:

    Pas le meilleur haunted movie, des séquences un peu convenues et redondantes, mais tout de même de bons moments liés à la présence du corbillard. A l’image du cauchemar dans l’église.

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