Crabs!

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L’été se rapproche. Les films de plage aussi, et Crabs! (2021) vient rafraîchir nos écrans dans les temps avec, sous la pince, la recette habituelle du fun and fears. Des monstres en pleine évolution danseront donc la salsa avec de jeunes gens au sourire éternellement plaqué sur la face, même dans les moments les plus durs, tandis que le sang jaillit aux quatre coins du décor sans que, là encore, le drame ne soit prégnant. C’est qu’on est là pour se la couler douce, ne pas trop réfléchir. D’ailleurs, si on commence le film s’effondre.

 

 

Oh, n’allez pas croire que j’ai décidé de décortiquer ce pauvre Crabs qui n’a sans doute rien demandé à personne. Premier effort d’un certain Pierce Berolzheimer, cette production sans doute des plus effilées ne semble pas chercher à donner dans le « nanar volontaire » comme les Sharknado, et vise plutôt le second degré tendre et moins moqueur des années 80. C’est toujours bon signe. Les héros seront donc deux couples. D’abord deux ados, dont l’un est coincé dans une chaise roulante et l’autre sa meilleure amie – et plus si les affinités le veulent bien – énergique et dévouée. Ensuite un beau blond grand frère du paraplégique et une belle blonde (diantre, ces deux-là pourraient-ils finir ensemble ?), mère de la petite excitée à ses heures. Deux duos liés par le sang et les sentiments faisant face à une invasion de bestioles venues des mers, que le titre identifie comme des crabes mais que l’on reconnaît plutôt comme des limules, sortes de casques de guerre sur pattes aux faux airs préhistoriques. Trois sortes échouent sur l’habituelle petite ville océanique jusqu’alors si paisible : des petits rigolards que l’on pourrait croire sortis de l’élevage de Joe Dante, des medium à taille d’homme aux bras tranchants, et enfin une version large pour qui même une baleine n’est guère plus qu’un bâton de poisson pané suivant les flots. Une fois les streums de sortie, ceux-ci s’invitent au bal de fin d’année pour y gâcher la gigue, décapitent et rabotent du teen en rue, tandis que la troupe de personnages principaux se fraie un chemin jusqu’à la survie à coup de tesson de bouteille, de sabre et autres objets contondants. La rengaine habituelle du genre, et un petit film constellé de quelques joyeusetés gore et old-school, dont une première scène (la meilleure) renvoyant aux productions Corman façon Humanoids from the Deep avec ses adolescents en train de baiser sur le sable fin et se faisant arracher la gueule par les coques ambulantes. D’ailleurs, une fois ces deux ou trois minutes écoulées hors de vos téléviseurs, vous pouvez couper ces derniers et vous remettre à votre tricot de chaussettes, Crabs n’ayant plus grand-chose à vous offrir.

 

 

Ou presque, car il est vrai que le final remonte un peu l’intérêt en ouvrant la voie à un duo de giant monsters, un robot colossal piloté par le jeune handicapé sortant d’un hangar pour se mettre sur la gueule avec la version maousse des limules. Mais ça sera bien tout, à moins bien sûr d’avoir un coeur en marshmallow et de le sentir fondre pour ces romances de téléfilm, ou que vous vous preniez d’affection pour les petits jeunes, que l’on jurerait sortis d’un épisode de série télé de Nickelodeon. Remplacez le slime verdâtre par du vieux bordeaux, embrassez le surjeu de la gamine et d’un personnage secondaire venu des pays de l’Est (j’y reviens tout de suite…), prenez note de la faiblesse des gags (ah ah ! Le grand frère a croqué dans une pizza pas bonne et il la recrache!) et vous vous croirez au royaume crayonné de l’éponge carrée. Et puis il y a donc le personnage de Radu, étudiant légèrement attardé, venu d’Europe avec un accent à vous décorner un bison, que Berolzheimer méprend pour un génie de la comédie. Car comment expliquer autrement l’omniprésence de ce petit prince de la mimique qui ne fait pas rire et du dialogue écrit par un nouveau-né, que l’on va jusqu’à nous imposer dans le générique de fin, où il nous « gratifie » de son flow de rappeur improvisé ? Radu n’est pas une épine dans la patte de Crabs, il est un pieu dans son coeur.

 

 

Un être vous manque et tout sera peut-être dépeuplé, mais un idiot en trop et tout s’écroule pour cette Série B que certains n’hésitent pas à bousculer pour ses effets spéciaux indignes. Leur rusticité maladroite ne pèse pourtant pas bien lourd face à la sensation, désagréable, que Crabs emprunte les mêmes rails que le reste de la production branchée bébêtes tueuses, et se bourre à ras bord de références fatiguées (la scène du bar piquée à Gremlins, une ligne de dialogue empruntée à Jurassic Park), à laquelle il n’apporte rien si ce n’est une bande-son punk rock plutôt plaisante et une jolie photographie. Les fans me diront qu’il ne lui retire rien non plus. Ils ont bien raison de voir le verre à moitié plein, et ne me reprocheront sans doute pas de ne pas m’en resservir un.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Pierce Berolzheimer
  • Scénario: Pierce Berolzheimer
  • Production: Pierce Berolzheimer, James Ojala, Eric Sheehan
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dylan Riley Snyder, Bryce Durfee, Allie Jennings, Chase Padgett
  • Année: 2021

2 comments to Crabs!

  • petertaste  says:

    passé le coté fun de la scène d’ouverture et cette sensation un peu coupable d’un retour à la bonne série B des 80’s, le film s’enlise inévitablement accentuant la baisse d’intérêt pour l’histoire ( si si il y en a une ) et ses protagonistes…… Persro je n’ai pas sorti le tricot mais bien le scrabble sur mon tel qui m’a procuré bien plus de sueur et d’intérêt que ce qui défilait à l’écran ( j’ai des potes vachement balèzes donc faut rester focus )

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