The Hills Run Red

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Si je vous dis « slasher », peu de chances que vous me répondiez The Hills Run Red (2009), et il sera difficile de vous en vouloir pour ça. Exemple quasi parfait du vieil adage « c’est toujours des meilleurs slasher flicks dont on nous prive », cette virée maudite organisée par la Warner et Dark Castle Entertainment, négligemment balancée en vidéo dans son Amérique d’origine, attend toujours sur le banc de touche qu’un coach courageux lui laisse monter sur le terrain. Il serait d’ailleurs grand temps, car le film de Dave Parker a les épaules assez larges pour envoyer dans le décor sa concurrence, d’alors comme d’aujourd’hui.

 

 

Prenez place les mômes, Tonton Mordo va vous raconter une anecdote qui ne lui semble pas si lointaine mais qui, pour vos sales petites gueules d’ados sûrs de tout avoir tout vu tout connu alors qu’ils n’ont pas encore une patte hors du nid, semblera appartenir à la préhistoire. Figurez-vous que dans les années 2000, les services de streaming n’avaient pas encore pignon sur rue, et plutôt que d’user de la télécommande sur les Netflix, Amazon Video et compagnie, il nous fallait sortir le cul du canapé, la bagnole du garage, et rouler jusqu’à un revendeur aimable ou une grosse chaîne tapant dans le multimédia. Dégainez vos phones et vérifiez, des magasins que ça s’appelle. Il en existe encore, vous savez. Tout ça pour dire que de mon temps, dans certains appelés librairies on y trouvait aussi des magazines. C’était avec ça qu’on se couchait moins con, qu’on découvrait les sorties à venir, qu’on se faisait une idée sur l’étalon sur lequel ça valait la peine de miser un peu de pèze. Mad Movies, qu’il s’appelait, le mag’. Je ne sais pas si ça existe encore, par contre… Tout ça pour dire que Tonton Mordo avait vu en ses pages qu’allait sortir incessamment sous peu un certain The Hills Run Red, et que le rédacteur de l’article était parvenu à lui transmettre une partie de sa gaule. Tonton Mordo était déjà un gros féru du slasher, vous savez ce que disait votre grand-mère… « Le p’tit Rigs, il est né avec un hachoir dans les pognes ! ». Elle avait pas tort, la vilaine. Tout ça pour dire que ces collines de rouge trempées, elles figuraient tout en haut de la liste des pelloches que j’espérais voir apparaître à l’horizon, et qu’à chaque fois que je foulais du pied un magasin donnant dans le DVD – les trucs ronds troués au milieu que je vous ai montré la semaine passée et que vous avez pris pour des glory holes pour lapins nains – je m’assurais que The Hills Run Red ne soit pas dispo. Dans le temps, dans cette capitale bilingue qu’est Bruxelles, le Wallon devait partager son coin DVD de la Fnac avec le Flamand, une section néerlandais côtoyant la française. Fallait toujours y jeter un œil, surtout pour les pressés, car le peuple de la Belgique du Nord bénéficiait souvent de sortie avancées. Pas de VF ou de VOSTFR dans la plupart des cas, mais y avait moyen de trouver des trucs qui faisaient toujours défaut dans le Sud. Et que vis-je un beau samedi aprem ? Yep, The Hills Run Red. Que je ne pris pas, certain que le bazar allait sortir chez nous deux ou trois mois plus tard. On avait eu les autres productions Dark Castle, pas de raison que celle-ci suive un autre chemin, celui des inédits, non ? Si, elle a suivi le chemin des inédits. Et je n’ai jamais recroisé le DVD flamand. Je m’en suis bouffé les doigts, les orteils et les burnes des années durant. D’autant que pour certaines raisons qui m’échapperont toujours, personne n’en a rien à branler du film. Personne ne se jette dessus pour le proposer en téléchargement, même illégal, le bouzin étant de ceux que l’on ne croiserait même pas sur un site de torrents géré par la mafia bulgare. Quelques treize ou quatorze années plus tard, j’ai oublié de compter et après m’être bouffé les phalanges je n’ai plus les doigts pour ça, j’ai enfin pu me baigner dans le gros rouge qui dévale des montagnes de Dave Parker. Et ne fut pas déçu.

 

 

C’était évidemment le gros risque, d’avoir tant couru après un film qu’une fois celui-ci trouvé il ne justifie pas une décennie de traque. On s’en sort donc bien avec The Hills Run Red, pur produit de la fin des années 2000 en cela qu’il essaie évidemment gratter un peu du succès de La Colline à des Yeux version Aja – le titre n’a probablement pas été choisi au hasard – et part à l’occasion sur les terres barbare du torture-porn. Pourtant, c’est bien d’un slasher dont il s’agit, certes actualisé en faveur des modes de l’époque. Etudiant en cinéma, Tyler choisit de faire comme projet de fin d’études un documentaire sur The Hills Run Red, petite production campagnarde tombée dans l’oubli, et pour cause : rares sont les heureux élus à l’avoir visionnée (ironiquement, il en est de même chez nous pour l’oeuvre de Parker), le film étant si violent qu’il fut censuré dès sa sortie. Obsédé par cette promesse de moments sombres, Tyler analyse les quelques photos encore disponibles et la bande-annonce de ce qui était visiblement un simple carnage forestier organisé par Babyface, colosse défiguré portant un masque de bébé fissuré. Dans son enquête, Tyler découvre que le réalisateur, un certain Concannon volatilisé en même temps que son long-métrage, avait une fille donnant désormais dans l’effeuillage dans un vulgaire bar à rednecks. Alexa (la beauté louche Sophie Monk), en plus de lâcher un peu de peau à destination des pervers à l’haleine houblonnée, est une junkie de première dont les avants-bras sont bleus de leurs piqûres, et ses veines sont pleines comme les cargaisons de Pablo Escobar. Histoire de lui faire retrouver un esprit sain dont pourrait s’écouler des réponses à ses nombreuses questions, Tyler s’enferme quelques jours avec Alexa dans un motel et la force à lâcher la dope, pendant que sa propre copine Serina balaie sa solitude dans les bras, et la couette, de Lalo, meilleur ami de Tyler. C’est plus un triangle amoureux, c’est le rectangle du cocufiage. Tout ce beau monde n’en prend pas moins la route une fois le pif et les artères d’Alexa dégagées, la blonde incendiaire se souvenant plus ou moins des lieux de tournage où son père répandait l’hémoglobine factice. Des lieux perdus en pleine forêt… et où rôde peut-être encore Babyface, dont on dit qu’il était défiguré pour de vrai et véritablement barjo. Inutile de dire qu’ils ne vont pas tarder à pouvoir délier la vérité de la rumeur…

 

 

Difficile de causer de The Hills Run Red sans spoiler, donc allons-y gaiement : Concannon rôde toujours sous les cyprès, son acolyte Babyface aussi, et si leur petit classique des vidéoclubs en a fait vomir plus d’un, c’est parce qu’il avait tendance à jouer le vrai et donc à donner dans le snuff movie. Les campeuses déchirées en deux, leurs bonshommes au front broyés par le marteau, les cocottes découpées à la tronçonneuse : aucun d’eux n’était acteur, chacun passait par les bois de Concannon pour ne jamais en ressortir. Et puisque Tyler et sa clique se filment à chaque instant pour leur docu (imaginer le Blair Witch Project en moins chiant et vous serez dans le juste), le cinéaste, interprété par cette vieille tronche de William Sadler (Die Hard 2, The Mist, Les Evadés), se dit que le montage du final cut n’en sera que facilité, et envoie donc son âme damnée Babyface aux trousses des jeunots. Simple et efficace comme synopsis, et en ces jours noyés par une nostalgie presque manipulatrice, tout cela paraît assez peu neuf. Mais revenez à la fin des 2000’s et vous comprendrez que l’on n’en était pas encore vraiment revenus au culte de la vieille bande, aux prières devant Sainte VHS, et que ces quelques posters parodiant Madman, Grizzly ou le gore rital sonnaient en 2009 comme plus sincères que s’ils étaient apparus en 2016. Faut dire aussi que Dave Parker n’était pas un nouveau venu, qu’il avait bourlingué à l’école de la rue appelée Full Moon, pour laquelle il tricota Kraa ! The Sea Monster (1998) et The Dead Hate the Living (2000). Autant dire que The Hills Run Red, en plus d’être une dédicace pure d’esprit, devait aussi être la rampe de lancement d’une carrière. Il n’en sera rien, ou pas grand-chose, Parker signant encore quelques petits trucs, dont un segment perdu dans la masse du trop peuplé Tales of Halloween, avant de se concentrer sur le montage. Et il y a de quoi chialer son meilleur sel au vu de The Hills Run Red, que ne parviennent même pas à faire s’agenouiller quelques clichés (une trahison très attendue, notamment) et un premier rôle moins charismatique qu’une cuvette (Tad Hilgenbrik, qui s’en rendra compte et n’insistera pas dans l’acting). Le film est trop robuste pour ça, fondé sur des bases saines et solides. Celles du slasher moderne qui ne se sert jamais de ses contours meta pour faire un croche-pied à ses modèles et se moquer de leurs rides. Au contraire, Parker veut faire entrer le genre dans le nouveau siècle, rendant ses protagonistes moins naïfs (ceux-ci sortent armés, au cas où, et il n’y a pas de prude final girl à l’écran), sans jamais oublier d’où il vient, comme le prouvent ces trailers à l’image fatiguée et au son de pellicule qui crépite pour le film dans le film, avec grosse voix off promettant des effrois que seule une cassette pouvait contenir.

 

 

Babyface, belle bête s’il en est, tient d’ailleurs de la fusion parfaite entre le Jason Voorhees première époque et le Leatherface de ses premiers remakes, à la fois colosse ruant dans les brancards et personnage répugnant, que Parker parvient pourtant à rendre surprenant lors de son unique prise de parole. Dans la famille « je suis masqué et je tue tout ce qui bouge », Babyface fait partie des plus beaux bébés, c’est un fait, et sa seule silhouette parviendrait à nous geler l’échine. Parker étant intelligent, à défaut d’être chanceux, il ne mise pas tout sur son monstre et soigne aussi un climat pesant encore alourdi par les soupçons d’infidélité que les personnages se lancent les uns aux autres. The Hills Run Red n’est pas le slasher estival qu’on mate pour se marrer un bon coup. C’est une affaire sérieuse à la nudité grave et dont les poussées gore ne tendent jamais vers le fun. Voir cette scène où une cocotte tente de fuir Babyface et se retrouve dans sa réserve personnelle de cadavres, tous mutilés et occupés à leur putréfaction, vrai retour aux chairs brunies par la mort et aux fumets de cimetière comme seul Fulci savait alors les délivrer. Alors oui, tout cela évoque parfois les succès de l’époque comme Détour Mortel, le Massacre à la Tronçonneuse de Nispel et peut-être même les Hostel et Saw lorsque l’on offre un corset de fer à un malheureux. Mais The Hills Run Red ne se fait jamais copie, ne semble à aucun moment surfer sur les vagues des autres. Il n’en a pas besoin, en bon bénéficiaire d’un monde très travaillé où chacun semble à sa place, où chaque pièce du puzzle s’emboîte parfaitement dans les précédentes, telle une créature de Frankenstein faite de morceaux d’autres films mais parvenant pourtant à sembler unique, sans égal véritable. Autant dire que l’on a le droit de l’avoir mauvaise que cette pépite nous soit restée cachée… Raison de plus pour ne pas perdre plus de temps à vivre sans elle.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Dave Parker
  • Scénario: John Dombrow, David J. Schow
  • Production: Robert Meyer Burnett, Carl Morano, Jonathan Tzachor
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sophie Monk, Tad Hilgenbrink, William Sadler, Janet Montgomery
  • Année: 2009

 

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