Hard Rock Zombies

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Depuis le bien givré Hack-O-Lantern de Jag Mundhra, on sait qu’il ne faut jamais sous-estimer la capacité qu’ont les réalisateurs Indiens à nous forger une Série B à peu près aussi absurde qu’indéfinissable une fois leurs mocassins posés sur le sol de l’Oncle Sam. Rebelote sur le Hard Rock Zombies (1985) de Kirshna Shah, humble production profitant du succès alors grandissant du heavy metal pour écouler quelques VHS dans lesquelles on croisera donc des hardos, oui, mais aussi des nains monstrueux qui se dévorent eux-mêmes, un Hitler toujours collé à sa Eva Braun désormais lycanthrope, un couple de tueurs en série et, le titre vendait la mèche, des zomblards coiffés comme des bichons frisés. Horns up, motherfuckers !

 

 

 

Existe-t-il rivière aurifère plus cruelle que celle du cinéma d’exploitation, celle-là même où nous allons barboter, de l’eau croupie mélangée à du pus jauni jusqu’aux genoux, le tamis dans nos pauvres mains agressées par l’arthrite, à chercher quelques poussières d’or parmi les cailloux et les crottes de gobie d’eau douce ? Probablement pas. Car aucun cours d’eau, aucune mer, fût-elle celle du Styx, n’oserait nous faire passer tant d’heure à nous courber un dos fatigué, à nous fissurer la colonne pour nous baisser sur du gravier sans valeur semblable à celui que l’on finit par enfourner dans nos magnétos ou nos lecteurs DVD, pris d’une nausée de lendemain de nouvelle année à leur seule vue. Pour un fragment d’or, des carrières de roche à s’en labourer les mains. Pour un film à peu près apte à la chronique, des réserves entières de pelloches sans le moindre intérêt, devant lesquels nous sommes semblables à un mort chez le coroner : vides, à fixer un plafond ne signifiant rien si ce n’est un dernier barrage vers un paradis inatteignable. Des films comme The Intruder (1981), récit plus flasque qu’un François Hollande sorti de six semaines de sauna d’un étranger débarquant dans une petite ville des Etats-Unis pour soi-disant y faire un tour de magie. Vrai qu’il porte un chapeau clac et une cape, et n’a l’un dans l’autre pas l’air de venir vendre du saucisson-jambon. Après une bonne heure à se demander s’ils doivent oui ou non laisser sa chance au prestidigitateur de faire son petit numéro dans la salle communale, les têtes pensantes de la région (qui se font tous cocufier ou ont leurs enfants qui trempent dans de sales affaires) finissent par lui donner carte blanche, tout ça pour ressortir du spectacle avec une aura bleue qui les entoure. L’ensorceleur leur a joué un tour à priori pas trop méchant, mais allez savoir ? J’en avais rien à foutre et j’ai stoppé là. J’ai par contre terminé Vent de Folie, alias The Wind (1987), mais là non plus ne comptez pas sur moi pour y aller de mes trois paragraphes réglementaires. J’étais certes bien content de me perdre dans cet océan d’acier qu’est le regard de Meg Foster, intimidante même lorsqu’elle joue les gentilles romancières, mais les mots me manquent pour décrire un téléfilm qui ne dit pas son nom dans lequel l’héroïne fait de son mieux pour éviter un assassin dans sa jolie villa en Grèce. Pas si mal foutu que ça, mais chiant comme la mort. Et un caillou dont on a rien à dire de plus à la collection. Puis vint Hard Rock Zombies, dans lequel de hauts espoirs furent placés. Je vous entends d’ici : « De toute façon, avec lui, tout ce qui flirte de près ou de loin avec les tam-tams barbares du heavy metal vaut que l’on s’y crève un tympan, sinon les deux. Tout ça parce qu’il a les cheveux longs ! » Notez que vous n’avez pas forcément tort, mais mon enthousiasme provient, comme je le cachais peu dans mon intro, principalement de la participation à la réalisation d’un brave Kirshna Shah venu des terres des vaches sacrées pour menotter ensemble troisième Reich et branlette de manche.

 

 

Normal d’avoir une gaule à s’en faire sauter la boutonnière, car les B-Movies les plus absurdes sont souvent manufacturés aux States par des types tout juste descendus de l’avion et ne comprenant pas tout à fait la culture yankee, qu’ils mélangent donc à la leur pour un cocktail qu’on ne verserait même pas dans la gamelle du chien. Mais moi, je prends, et à larges gorgées. Bon, j’ai fini bien déçu, mais on mettra ça sur le compte d’une attente déraisonnable, car dans les faits Rock Zombies (titre français, le fief de Johnny Hallyday goûtant trop peu au hard) tient toutes ses promesses et déroule un script que l’on qualifiera comme « autre ». Groupe de metal – même si leur zik est à peu près aussi sucrée qu’un single de Mariah Carey pour les fêtes de fin d’année – la clique du beau Jessie roule vers une contrée paumée où les attend un concert de première importance, où se trouvera un producteur de renom prêt à les signer et les porter à dos d’âne jusqu’à la gloire, les voitures de luxe et les putes dans le jacuzzi. En attendant le jour du show, il est entendu que nos nuques longues logeront dans le beau château d’un vieil Allemand, en fait cet Adolf que nous connaissons tous, coupable d’un petit désordre de rien du tout vers 40-45. Vous le remettez ? Moins entouré mais toujours fou le petit moustachu, et lui et sa tribu, constituée de sa Braun louve-garou, de sa blonde fille et un gendre tous deux assassins, d’une paire de nains dont l’un est une créature a la peau calleuse (l’autre sera Phil Fondacaro) et d’un majordome adepte de la débroussailleuse, ont pris l’habitude d’accueillir qui passe par là pour les massacrer et rire de leur trépas. Vrai que c’est drôle de démembrer du gugusse puis se caresser la joue avec la mimine tranchée du trucidé en chantant « Je veux te tenir la maiiin ! » Pas du genre à attendre qu’on leur propose un carnage, la clique nazie zigouille nos musiciens avant que ceux-ci puissent ravager les stades et devenir les nouveaux Judas Priest, mais comme le chanteur a d’occultes lectures, il est parvenu à reproduire un son et un chant capable de ressusciter les morts. Les métalleux sortent alors de leur tombe, marchent comme des robots (avec une gestuelle de danseur, racines bollywoodiennes obligent) et éventrent et surinent le Führer et sa famille, qui se zombifie à son tour et file faire plus de victimes en ville. Les ploucs du coin ne verront d’ailleurs pas le malheur arriver, trop occupés qu’ils sont à s’outrer du style musical du groupe de passage, à chercher des messages subliminaux dans leurs disques et faire des réunions pour décider s’il faut les chasser ou leur offrir le gîte. Tout ce qu’il ressortira de leurs débats, c’est qu’un sosie de Lionel Jospin se souvient qu’il leur fallut un beau jours s’y mettre à quatre ou cinq pour enculer un mouton. C’est peut-être aussi tout ce dont je me souviendrai de ce Hard Rock Zombie à la fois trop dense et trop vide.

 

 

Belle performance que d’être et l’un et l’autre, mais c’est pourtant le cas. Comprenez ainsi qu’il y a foule de personnages et de scènes, parfois gore, toujours folles (le petit monstre, une fois devenu mort-vivant, se déguste lui-même dans un restaurant et va même jusqu’à s’aspirer la peau du visage), sans que l’on ait l’impression que le tout forme une véritable histoire. Possiblement inspiré par les Monthy Pyton, Monsieur Shah signe une collection de scénettes tantôt sanglantes, tantôt rigolardes, tantôt musicales, sans que cela le mène nulle-part. Plus gênant encore, ce ramassis d’idées divertit finalement assez peu une fois passée la surprise de ce mix improbable entre lycanthropie, nazisme et heavy metal : les gags font à peine sourire, les parties brutales sont à peine digne d’un slasher de troisième zone et le temps finit par sembler désespérément long. Normal, car en découpant en petites scènes de quelques secondes des séquences longues de cinq à dix minutes pour les répartir un peu partout dans son dernier acte, l’ami Kirshna donne une sensation de surplace au spectateur, coincé dans une faille temporelle où un gnome mettrait une éternité à se bouffer les lèvres, où des rockeurs jouerait encore et encore le même riff sans en changer une note, où des zombies s’adonnerait à la plus longue invasion du monde. Cinq ans plus tôt, on était la semaine dernière, et Hard Rock Zombies vaut son petit culte à son pitch plutôt qu’à la manière dont il le met en scène, cela paraît évident. Pour le dire autrement et dans la langue du metalhead : on espérait du King Diamond ou du Necrophagia, on nous a refilé du Europe et du Bon Jovi.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation: Krishna Shah
  • Scénario: David Allen Ball, Krishna Shah
  • Production: Krishna Shah
  • Pays: USA
  • Acteurs: E.J. Curse, Jack Bliesener, Sam Mann, Lisa Toothman
  • Année: 1985

2 comments to Hard Rock Zombies

  • petertaste  says:

    tu es dur dans ta conclusion, je l’ai vu à l’époque vhs et j’avais kiffé à mort cette péloche improbable aussi déjantée que ktich, j’avais trouvé l’ensemble extrêmement surprenant et je ne me souviens pas d’avoir eu accès à d’autres péloches du genre ( à cette époque du moins ).
    Rien que pour cet effet de surprise, ce film m’a marqué à vie, ce riff de basse monocorde est gravé à jamais dans ma mémoire et je t’avoue que je ne cracherais pas sur une édition bluray à l’occasion.
    Bien à toi camarade metalhead

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