The Thrill Killers

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The maniacs are loose ! Bien sûr qu’ils le sont. Ils l’ont toujours été, ils le seront toujours. Du moins sur les écrans. De drive-in dans le cas de The Thrill Killers (1964), petite bande d’exploitation trimballée sous les aisselles par son géniteur Ray Dennis Steckler, futur pornocrate alors catapulté de petites villes en bourgades pour y faire dégouliner ses pulsions de mort.

 

 

Elles sont finalement rares, les trilogies dans le ciné horrifique, si promptes à s’étirer qu’une fois une saga arrivée à son troisième chapitre, le quatrième s’écrit déjà. Pour ne rien faciliter, certains trios se forment par communauté d’esprit plutôt que par continuité historique. Il en sera ainsi de ce que l’on pourrait nommer la Los Angeles Trilogy de Ray Dennis Steckler, lancée par The Thrill Killers, continuée par The Hollywood Strangler meets The Skid Row Slasher en 79 et bouclée avec Las Vegas Serial Killer en 86. Quasiment la topographie du crime en Californie du Sud, à laquelle le bon Ray s’affairait donc de loin en loin, quand il se lassait de glisser une mimine dans les culottes brodées des blondes fatales ou de vérifier à quel point les touristes françaises avaient la gorge profonde. Et ce fut par la cartographie d’une cité des anges assez peu nirvanique qu’il commença avec ces tueurs au frisson, à la base un simple trio de tarés sorti en douce de son asile et arpentant les collines de L.A. la hache en main. Puis Steckler se laisse gifler par la réalité et se rend bien compte que cette trop fine intrigue ne suffira jamais à remplir deux ou trois bobines. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, il prend la chemise d’un nouvel assassin et incarne un certain Mort Click, dit Mad Dog, homme cruel au regard halluciné tuant qui le croise pour la plus simple des raisons : il n’aime personne. Comme on le comprend. Pendant que celui-ci fait sauter le caisson de gentils automobilistes ou poignarde des filles légères aux ciseaux dans leurs hôtels douteux, le comédien sans succès Joe Saxon arpente le trottoir étoilé d’Hollywood Boulevard et se met à dos son épouse Liz, elle-même une ancienne actrice. Mais passée à autre chose et délestée de ses rêves de jeunesse, elle ne supporte plus de voir sa moitié insister dans un milieu qui ne semble pas vouloir de lui, si ce n’est pour vider son alcool, profiter de sa piscine et piétiner son beau tapis lors de noubas à la casa Saxon, où Joe semble presque jouer l’étranger. Accompagné d’un producteur jamais en manque d’une moquerie voilée à son encontre, Joe retrouve Liz dans un petit diner perdu dans la poussière des vallées, gargote tenue par Linda, jeune femme pas contraire à se lancer elle-même dans le show biz. Tout ce beau monde aura déjà de la chance d’éviter la morgue, car viennent s’attabler les trois échappés d’asile, bientôt suivi par Mad Dog en personne.

 

 

Là, c’est sûr, Steckler a ses 70 minutes réglementaires, pleines à ras-bord de tout ce qu’une bande d’exploitation de l’époque se devait d’avoir. Soit des couples partis roucouler à l’abri des regards et bientôt traqués par de cerveaux malades, comme on dit, dont un maniaque du pistolet envoyant du plomb dans le front des automobilistes imprudents. Et au moins vingt minutes d’action, Joe Saxon, incapable d’être un héros dans la fiction, en devient un dans la vraie vie, se battant dans une très longue scène contre l’un des dingos de sortie. Et après cela, c’est à Mad Dog de tenter d’échapper aux flics, les collines devenant un véritable champ de bataille où cela sautille et sprinte en vidant son chargeur sur un peu tout le monde, et sans grande réflexion. The Thrill Killers est un film d’action. D’horreur aussi, c’est vrai. De romance éventuellement, si l’on estime que le couple Saxon se dissout et que le destin, ainsi qu’une cohorte de brutes baveuses, raccommodera. Il faut de tout pour faire un monde, pareil pour une Série B soucieuse d’avoir un maximum de cartes en main. Ne manque finalement que l’humour, et c’est pour ça que Steckler accepte un final presque absurde : alors que l’on a assisté à bien des violences, à des décapitations, à des têtes roulant dans les escaliers (pour y rebondir comme des ballons de basket) et que bien des gens ne respirent plus le smog de la grande ville mais l’air frais des frigos du coroner, Joe Saxon reçoit un coup de fil d’un producteur prêt à lui donner sa chance, producteur lui-même en bonne compagnie… puisque la belle Linda quitte son boui-boui pour devenir une starlette. Clin d’oeil appuyé et charmeur faisant office de clap de fin, second degré perceptible… The Thrill Killers a l’humeur changeante : avant ce flot de bonnes nouvelles, ça rigolait assez peu.

 

 

Car avant d’offrir à ses femmes souriantes et jeunes hommes malheureux un chemin pavé vers la gloire, Steckler gifle, baffe, insulte, maltraite, troue et décapite tout ce qui remue un tant soit peu dans une frénésie à peine contenue. Sa carte de la Californie, il la dégueulasse dans le sang puis s’assure que l’on comprenne bien qu’aucun lieu n’y est sûr et sain. De ces collines arides où toute une chambrée maboule peut vous tomber dessus à tout moment à ces rues des plaisirs des bas quartiers, où l’on trouve surtout beaucoup de douleur, en passant par ces banlieues chicos où vient s’affaler les pique-assiette du septième art, vermine moins létale mais pas plus aimable. On ne parlera pas de parfum de fin du monde, mais il y a là un fumet de dégénérescence, chaque personnage étant soit dingue, soit superficiel. Peut-être une ruse de Steckler pour s’excuser de ruer dans les brancards, de tabasser les gamines encore et encore dans des scènes plutôt efficaces, dont une course-poursuite à travers deux maisons abandonnées, où l’on reconnaîtra Gary Kent, plus tard un autre beau cinglé dans Schoolgirls in Chains. Ici, accompagné d’un petit nerveux cherchant sans cesse son aval et d’un mecton bourré de tics, il fait à nouveau merveilles dans le rôle du grand calme inquiétant, que sa claustrophobie pousse à perdre les pédales quand quelqu’un ferme une porte. On ne claquera en tout cas pas la nôtre à The Thrill Killers, B-Movie bien troussé (belle scène de tuerie passant de la pénombre au jour à la faveur d’un néon complice), dispersé entre plusieurs tons et dont finalement chacun retiendra ce qu’il préfère. Chez nous, ça sera la noirceur de la vision d’un Hollywood traître et méchant, et ces pincées de survival avant que le survival existe véritablement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Ray Dennis Steckler
  • Scénario: Ray Dennis Steckler, Gene Pollock
  • Production: Ray Dennis Steckler, George J. Morgan
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ray Dennis Steckler, Joseph Bardo, Liz Renay, Gary Kent
  • Année: 1964

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