Hide and Go Shriek

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Petit mémo à l’attention des petits jeunes en rut : quand vous vous glissez de nuit dans un magasin de literie pour y jouer à cache-cache (un peu) et vous tripatouiller le boule (beaucoup), vérifiez qu’aucun tueur en série n’ait profité de la porte ouverte pour se glisser derrière vous. Hide and Go Shriek (semble-t-il sorti chez nous sous le titre La Prochaine Victime, 1988) fait office de piqûre de rappel.

 

 

Skip Schoolnik. Un nom marrant pour un parcours ordinaire. Ca commence sur les bancs de montage (Skipou tailla dans la pelloche de l’automnal Halloween 2), ça passe à la réal’ une fois l’assurance obtenue, ça se plante plus ou moins, ça retourne à son boulot premier, puis ça s’essaie à une carrière de producteur plutôt réussie puisque le Schoolnik bossa sur The Walking Dead et le spin-off de Buffy qu’est Angel, dont il réalisa plusieurs épisodes. Mais vous savez comment est votre serviteur intoxiqué : ce qui me branche, c’est la parenthèse effilée du slasher, ce passage éclair dans les dernières nuits de teenagers envoyés à la morgue par fourgons entiers. Tourné en trois semaines en usant de ce bon vieux système D, usant d’un skateboard pour feindre des plans à la dolly, avec une troupe de garnements pour la plupart débutants, Hide and Go Shriek fait partie de la seconde division du genre, de ces seconds couteaux dont nous ne sommes jamais certains que le manche ne va pas se désolidariser de la lame dès le premier coup de poignard. Pour son premier et ultime long-métrage, Schoolnik table sur les bonnes vieilles recettes et laisse audace et singularité à l’écart de son œuvre, débutée comme votre psychokiller movie habituel en montrant (de dos, pour ne pas faire s’effondrer totalement un suspense déjà boiteux) un maniaque se maquiller puis suriner de la prostituée en pleine rue. Manière de dire que le gredin n’est pas fréquentable… Toute une clique d’ados devront pourtant faire avec, car alors qu’ils s’infiltrent de nuit dans le magasin de matelas et de lits du chef de la bande pour y jouer à cache-cache, ils se retrouvent pris en chasse par le mad killer travesti, portant tantôt les frusques de ses victimes les plus récentes pour tromper leurs camarades, tantôt l’attirail de l’homosexuel cliché des 80’s, avec tétons entourés de lanières en cuir, petites chaînes sur le torse, mascara et rouge à lèvre sur la façade et la langue du bon pervers tirée aux futurs estropiés. Prenez la garde-robe du Cruising avec Al Pacino et faites la livrer dans votre petit slashouze classique, et vous avez Hide and Go Shriek, série B dont on ne se souviendrait probablement pas, et les rares qui la commémorent doivent consentir à un gros effort, si son concept ne parvenait pas à être encore plus bête qu’il en a l’air.

 

 

Car on peut passer rapidement sur les meurtres, moins nombreux que les scènes de nu, plus ou moins efficaces selon où l’on se place, gore sans trop l’être, variés sans jamais donner dans l’inédit (décapitation à l’ascenseur, empalement sur des pics, bras de mannequin encastré dans le bide, front éclaté contre un évier) mais surtout trop rares puisque sur les huit ados présentés, seuls quatre trouveront la mort. Mauvais calcul, car lorsque le tueur se tourne les pouces, nous rongeons les nôtres d’impatience et laissons notre esprit divaguer, on quitte l’intérieur du film pour mieux le voir de l’extérieur et se poser les bonnes questions. Comme par exemple « C’est quoi, au juste, les règles de la partie de cache-cache à laquelle ces cons s’adonnent ? » Vous avez en effet plus de chances de comprendre le fonctionnement du Cluedo avec un manuel imprimé en polonais que de saisir le fonctionnement de la partie jouée ici par ces petits gars. Officiellement, quatre équipes mixtes de deux personnes doivent se planquer dans la pénombre et attendre que les autres les découvrent… avant qu’ils aient pu coucher ensemble dans l’un des nombreux plumards du centre commercial. Officieusement, à part un gros lourdingue, personne n’a vraiment envie de traquer les autres et les équipes campent chacune dans leur coin pour se peloter dans une discrétion relative, ce qui fait que personne ne joue vraiment et que tout le monde est gagnant. Quelquefois certains commencent à se déshabiller, puis se remettent en chasse d’autres participants, pour revenir faire la bête à deux dos à leur emplacement initial. D’autres, pourtant présentés comme des chauds lapins, semblent préférer sauter sur leurs petits copains pour leur foutre la frousse plutôt que de s’occuper de leurs jolies copines. Tout le monde fait un peu ce qu’il veut, en somme, et Hide and Go Shriek tourne à ce régime durant près d’une heure…

 

 

Et ce sans passionner, il faut bien le dire, même si l’ambiance fait de son mieux pour s’alourdir. En vain. Car en plus d’un assassin plus ridicule que véritablement malsain – et avec le boucan qu’il fait à chaque fois qu’il tombe sur une victime, on s’étonne que les survivants ne le repèrent jamais – il nous faut composer avec une poignée d’ados parmi les pires jamais vus dans le genre. C’est d’ailleurs un miracle que plusieurs d’entre eux soient parvenus à se dénicher une petite carrière, pour certains toujours en cours, tant ils surjouent en permanence et se comportent comme des gamins de moins de dix ans. A un point où on se demande où se termine la parodie et où commence la connerie. Voir par exemple cette scène assez ahurissante les voyant arrêter leur voiture, en sortir, courir tout autour, et reprendre la route comme si de rien n’était. Soit Schoolnik est maître du second degré, soit il a vécu le gros de son existence dans un bunker enfoui vingt mètres sous terre et n’avait plus côtoyé de jeunes âmes depuis la maternelle. Serait-ce d’ailleurs pour ça que certaines des gonzesses présentées comme sexuellement actives portent des boucles d’oreille en forme de dinosaures, de celles que l’on pouvait trouver dans les machines à baballes à la sortie des supermarchés ? Serait-ce pour cela que l’un des aspirants baiseurs porte un joli t-shirt de pingouin ? A noter d’ailleurs que plus ils sont expérimentés dans la nique moins ils en ont l’air, alors que les petites vierges vous font des danses de strip-teaseuse à faire bander un eunuque. De gros problèmes de caractérisation qui, alliés à une interprétation indigne d’une pub pour des céréales au chocolat, nous font tenir bon puisque dans le B-Movie cheesy les défauts sont au moins aussi importants que les qualités. Tant mieux pour Hide and Go Shriek, qui déborde plus des uns que des autres.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Skip Schoolnik
  • Scénario: Michael Kelly
  • Production: Dimitri Villard
  • Pays: USA
  • Acteurs: Bunky Jones, Brittain Frye, Annette Sinclair, Donna Baltron
  • Année: 1988
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