Amazon Hot Box

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Ca chauffe à nouveau dans les cachots, pas loin d’un demi-siècle après les Women in Prison montés par Jack Hill et Roger Corman, et un peu plus d’une décennie après que le copain Bruno Mattei s’était laissé enfermer derrière les barreaux pour le bien de The Jail, peut-être son meilleur film. Il était donc temps que ça festoie à nouveau au bagne, et c’est un James Bickert très porté sur l’exploitation la plus antique (ses Frankenstein created Bikers et Dear God No ! ont le grindhouse en intraveineuse) qui s’y colle avec Amazon Hot Box (2018).

 

 

Il en faut une paire en acier pour construire, brique par brique, une nouvelle zonzon pour minettes au beau milieu d’une décennie où le politiquement correct règne sans partage, alors que le féminisme prend muscle et n’a, de fait, plus de bienveillance en stock pour un genre faussement misogyne – oui, les mamzelles du WIP y étaient malmenées, mais de leur douleur naissait systématiquement la rébellion, et le sexe dit faible devenait le fort. Mais puisque personne ne s’en ira reluquer ce qu’il se passe dans les douves de la Série B, pour ne pas dire Z, tout est permis ou presque et Bickert peut rouvrir les taules les plus démentes. Celles de Hill et Corman évidemment, ainsi que les plus crasseuses des Philippines, mais aussi celles où l’on se lapait l’intimité du dirlo Jess Franco et celles du Général Mattei où l’on se roulait dans la merde. Né en 67, venu sur le tard au format long après des années à tricoter de petites choses dans son coin, le père James s’est dégotté les plans des vieux pénitenciers du bis et s’en va naturellement les reconstruire à l’identique. Ou presque. C’est qu’on est en 2018 et que le sérieux absolu et l’amour sincère du choc de bandes dures comme Women Prison Massacre ne va plus de pair avec des budgets maigrichons, et le renouveau du grindhouse du milieu des années 2000 a plaqué sur le genre un vilain sourire en coin. Il faut rire désormais, voire se moquer, en tout cas ne jamais laisser son second degré au vestiaire. Amazon Hot Box piétine ainsi tout sérieux, cherche le fun et le clin d’oeil appuyé plutôt que des haut-le-coeur semblables à ceux ressentis par Laura Gemser quand elle se faisait enchaîner dans des clapiers envahis par les rats. L’histoire répandra donc un fumet de comédie et prendra place sur un pays fictif d’Amérique du Sud où, comme dans un vieux Eddie Romero, dictateurs, tyrans et surveillants de prison sadiques marchent main dans la main vers un monde qu’ils façonnent pour le pire. Envoyée sur place pour buter du méchant, une espionne embauchée aux petites annonces tente de s’infiltrer dans la terrible forteresse où sont emprisonnées bien des malheureuses, le plus souvent tenues captives pour cause d’opposition trop bruyante au régime cruel des dirigeants en place.

 

 

La suite, vous la connaissez à peu près pour peu que vous ayez déjà passé une nuit dans ces gnoufs : Penny, petite rousse timide, est là par erreur et découvre que le personnel de cette sombre bastille est aussi vil que celles qui y sont faites prisonnières. Entre la tortionnaire Inga Von Krupp, qui a fait construire une chaise électrique où seront torturées les cocottes, et la salope Val, petite cheffe des condamnées forçant les autres filles à lui faire des mamours, difficile de différencier le terrible de l’atroce. Val force ainsi Penny à lui faire un anulingus et à lui racler le fondement en profondeur avant de l’envoyer se bastonner sous les douches, juste pour le plaisir d’avoir un peu de catch à regarder pendant que les autres détenues la tripotent. Je vois déjà quelques vieux de la vieille nourris aux cassettes de femmes encagées en avoir une de dix-huit centimètres de long. Ils débanderont aussi vite qu’ils se sont durci. Non pas que les comédiennes à l’oeuvre fassent de leurs courbes des secrets bien gardés, ce n’est pas le cas et la nudité ne manque pas, bien qu’elle ne soit pas aussi libre et franche que celle des Franco et Mattei (mais ça, on s’en doutait). Plutôt parce qu’Amazon Hot Box, à trop vouloir citer ses trente-six-mille références et à trop chercher la plaisanterie par voie orale se repose presque entièrement sur ses dialogues. J’espère que vous aimez la parlotte, car les cinquante premières minutes du bouzin donnent dans le talk-show, seulement interrompues par quelques catfights et une scène d’action un peu gore et très molle, l’espionne corrigeant deux costauds en leur envoyant des étoiles de ninja dans la gueule. Pour le reste, ça blablate sec et se perd dans une vague caractérisation des trop nombreux personnages paumés dans ce coin, des factions souvent opposées, parfois forcées de s’allier et occupées à se toiser, se menacer ou se vanner en douce. Un peu pénible, voire beaucoup, tant on ne loue pas un lit au goulag pour un colloque de despotes…

 

 

Sans doute Bickert pensait-il qu’une première partie soignant ses personnages (auxquels on ne s’attache pourtant jamais) renforcerait un dernier acte plus explosif. Vrai que la dernière demi-heure ne compte pas ses cartouche ni ses missiles, un hélicoptère fendant les nuages pour mitrailler la forteresse tandis que le chaos éclate à l’intérieur. Trahisons en chaîne, coups de poignard dans le bide, zombies issus d’expériences que la morale réprouve sortant de leurs cages (le spectateur qui a toujours l’oeil ouvert à ce stade reconnaîtra un revenant obèse dont le look est calqué sur celui de L’Enfer des Zombies), trappe sans fond dans laquelle chute notre agent secret amateur (qui fut bien inutile à l’intrigue), blonde führer s’installant sur sa propre machine à torture et s’y faisant griller les miches, amourettes ardentes et subites… Il s’en passe beaucoup en peu de temps, même au ralenti et avec une bande-son qui tente de se la jouer italienne, et on se demande s’il n’aurait pas été plus judicieux de disperser toutes ces bonnes choses un peu partout dans le film pour le rendre moins longuet, plutôt que de tout concentrer sur la fin pour finir sur une bonne note. En fait, on ne se le demande pas, on le sait. Et si Amazon Hot Box attire la sympathie de par sa tentative de réanimer un genre éteint, on doit bien avouer qu’il ne parvient à aucun moment à retrouver la fougue et le poison de ses modèles. Une fausse canaillerie, trop pure pour vraiment plaire.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: James Bickert
  • Scénario: James Bickert
  • Production: James Bickert, Brian K. Williams
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ellie Church, Tristan Risk, Kelsey Carlisle, Jett Bryant
  • Année: 2018

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