Zaat

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Dire que ça pleurniche en France pour un petit vaccin de rien du tout en 36 doses… Que diriez-vous donc si vous viviez en Floride, là où un savant forcément fou (vous vous doutez bien qu’on ne parlerait pas de Copernic dans notre petit caniveau) se transforme en monstre verdâtre et compte empoisonner l’eau pour forcer le bon peuple du sud-est des États-Unis à se métamorphoser en poissons-chats géants. En voilà une belle idée, au centre de ce Zaat (1971) plus fréquemment vu comme une grosse vérole faite film que comme une Série B valable. Et pourtant…

 

 

Attention, loin de moi l’idée de vous vendre cette production budgétée à taux de misère (pour vous dire, la créature s’y retient de balancer une chaise dans une fenêtre parce qu’il n’y pas assez de fric au coffre-fort pour la remplacer) pour un grand classique incompris, ni même pour une simple bande d’exploitation bien torchée. Car certains sujets fâchent dans Zaat, et en premier lieu une durée excessive de 1h40. Ca ne semble pas long dit comme ça, mais pour du creature feature presque flegmatique, surtout dédié aux déambulations dans les bois et les barbotages dans la mare de notre catfish man, cela peut sembler interminable. Scénariste et réalisateur de l’affaire, Don Barton n’a pas assez à raconter pour remplir cent minutes, si ce n’est l’idée, qui en vaut une autre dans le monde de l’exploitation déshéritée, d’un scientifique obsédé par la faune maritime et désireux de se changer lui-même en gobie d’eau douce. Moqué par les autres grands sachants, le Dr. Leopold, sosie d’Athony Perkins si celui-ci avait passé toute une décennie dans les mêmes frusques et s’était lavé dans les égouts, n’a d’autre lubie que celle de créer une armée de poissons-chats géants (nous étions censés les voir, mais là encore, la pauvreté du film nous en prive), plus ou moins dans le but de faire entrer l’humanité dans un cycle marin. Après plus de vingt ans à expérimenter sur tout ce que les grands fonds comptent de bébêtes, Leo la moule est fin prêt à tester le résultat de ses études sur lui-même et devient donc une indéfinissable chimère. Vert épinard, habillé de quelques algues à la taille, doté d’une jolie trompe de fourmilier – c’est en fait censé être une bouche en forme de sangsue, pour pomper le sang d’éventuelles victimes – le voilà tout pas beau tout pas propre lancé dans une vengeance bien méritée. Mais une fois les grosses têtes noyées ou égorgées, que faire ? Car il reste plus d’une heure à tuer avant que le mot « Fin » ne vienne s’écraser à l’écran et mettre un terme à ces molles festivités. Leopold fait alors comme tous les monstres avant lui et tombe amoureux d’une belle blonde. Se sachant par avance privé d’une séquelle façon Bride of Zaat (Zaat n’étant certes pas le nom du monstre mais du sérum permettant la mutation, mais on ferait comme si…), la bête tente donc de kidnapper une espèce de militante écologique combattant la pollution des eaux, et doit désormais semer son petit-copain, le shérif local et un scientifique du coin.

 

 

Un petit défilé de péripéties parfait pour occuper une heure, mais un peu short pour faire tenir un long-métrage dans son entièreté. Et puisqu’il n’a pas assez de thunes pour embaucher plus de comédiens, et par extension envoyer plus de malchanceux dans les griffes de son démon sorti de la vase, Barton traîne de la patte, suit sa créature, et avant cela un Leopold encore humain, dans tous ses déplacements, dans tout son morne quotidien. Quinze minutes seront ainsi dédiées à la tournée des aquariums, où l’on nourrit du poulpe avant de faire quelques tests sur de pauvres merlans, où l’on joue avec des ordinateurs de B-Movies (ceux qui ont trente-six loupiotes et font bip boup bip) et avec les tubes à essais rempli d’Orangina – pardon, d’une rarissime potion magique changeant le bonhomme en esturgeon revanchard. Et une fois celui-ci de sortie, on lui colle aux basques dans la futaie, on pique un plongeon en sa compagnie, on file à la pharmacie pour goûter du sirop pour la gorge et fracasser les flacons de Dafalgan, on traîne en rue sans jamais croiser personne ou faire le voyeur sous les volets mal tirés. Bref, on glande, on se la joue vis ma vie d’homme-poisson, sans Laurence Ferrari et les révélations face caméra, mais avec la voix off d’un Leopold fâché contre la Terre entière – elle le lui rendra bien – et passant le gros de son temps à scruter la roue de la mauvaise fortune placée dans son labo, véritable agenda taille maousse où sont consignés tous ses funestes projets. De temps à autres, il zigouille quelqu’un pour dire qu’il ne se lève pas le matin pour rien, et la caméra se désintéresse parfois de son cas pour suivre les opérations de police ou les recherches d’un couple de héros tardifs, ceux-ci n’apparaissant que dans la deuxième moitié du film. Le fana d’horreur lambda sera entré en hibernation depuis beau temps à leur arrivée. Les plus patients pas contraire à un façonnage plus naturaliste, voire à un caractère arty (et très accidentel) pourraient se plaire dans ce vieux bassin.

 

 

Car tout chiant soit-il, Zaat a ce on ne sait trop quoi de séduisant. Plutôt jolie une fois lessivée à la HD – même si son habitat naturel restera toujours l’image fatiguée d’une VHS essoufflée – la routine d’une grosse tête, bien décidée à se travestir en un gros tas de varech et tournant en rond dans la Floride reculée et sauvage, hypnotise. Pas toujours, pas tout le temps, et il serait mentir de dire que l’on ne soupire pas d’ennui à quelques instants, que l’on ne souhaite pas qu’un quart d’heure s’efface de lui-même et raccourcisse notre affaire. Mais il y a quelque-chose de fascinant dans le manque de timidité du bestiau, dont on sent que le caoutchouc mal collé est prêt à se faire la malle à la première collision avec une branche griffue, mais que l’on retrouve pourtant dans presque chaque plan, faisant de Zaat l’un des creature features les plus généreux en la matière. Un peu comme dans un The Alien Factor ou Fiend chez Don Dohler, on se prend à fondre dans le quotidien de ce monstre « de tous les jours », débarrassé des artifices hollywoodiens, pas crédible pour un sou mais pourtant ancré dans une réalité plus palpable que celles de ses congénères mieux lotis. Moins réussi et travaillé qu’un Slithis (pour le coup sévèrement et injustement sous-estimé), moins rigolo qu’un Sting of Death, le plus assommant Zaat se rattrape par une poésie involontaire et une grâce fortuite qui ne convaincront pas grand-monde. Elles sont pourtant bien là.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Don Barton, Arnold Stevens (non-crédité)
  • Scénario: Don Barton
  • Production: Sol Fried, Don Barton
  • Titres alternatifs : Blood Waters of Dr. Z, Hydra
  • Pays: USA
  • Acteurs: Marshall Grauer, Paul Galloway, Gerald Cruse, Sanna Ringhaver
  • Année: 1971

 

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