Satan’s Storybook

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Ce n’est pas parce que l’on règne sur une mer de flammes et que l’on dispose à ses pieds d’armées entières d’âmes en peine que l’on ne peut pas avoir un gros chagrin. Satan en a donc gros sur la patate, et c’est pour tromper sa vilaine déprime que son bouffon personnel en vient à lui raconter deux histoires faites pour lui remonter le moral. Mais Satan’s Storybook (1989) ne va-t-il pas ruiner le nôtre ? La réponse est dans la question.

 

 

A trop gueuler que c’était mieux avant, et c’est généralement le cas en effet, on oublie que quelques petites améliorations eurent lieu ici ou là. Le Satan’s Storybook de Michael Rider a le mérite de nous rappeler à quel point il est bon d’avoir fait disparaître ces génériques d’intro en noir sur blanc, ces défilés de noms sans image, dont le seul accompagnement sera sonore. Entre trois et cinq minutes de blases qui filent, dans une police à l’air médiéval en adéquation avec une bande-son pas franchement moderne. On a déjà envie de couper alors que le film n’a pas commencé. Mais on y vient, on y vient… Et on croise Ginger Lynn, célèbre pornstar ici déguisée en ninja et traversant une forêt brumeuse en compagnie de sa prisonnière, une sorcière tout de noir vêtue. En vérité la reine des enfers, que quelques goules armées et monstres encapuchonnés tentent de récupérer. Heureusement que la mère Ginger a du répondant et de bonnes raisons de kidnapper la fameuse queen, en vérité sa sœur jumelle que lui vola le vil Satan. Ce dernier se sent d’ailleurs bien seul sur son trône, malheureux d’avoir perdu sa moitié, enfoncé dans son fauteuil le torse nu, à fixer l’épais brouillard enveloppant son antre. Ca ne va pas fort, en somme, et tout époux abandonné doit pouvoir compter sur un bon ami venu du réconfort plein les mains. Le cornu invoque alors un arlequin hâbleur, qui lui virevolte autour et en a deux bonnes à lui raconter, faisant alors entrer notre affaire dans la catégorie des films à sketchs. On ne sait trop s’il nous faut nous en réjouir, vu comment le genre connut plus de catastrophes que de triomphes…

 

 

 

Le bouffon commence par une fable qu’il a de toute évidence piquée à Richard Ramirez, bien connu tueur en série ayant fait passer un été de merde au Los Angeles des années 80, le sataniste s’étant infiltré dans de nombreuses maisons pour tuer, et parfois agresser sexuellement, leurs occupants. Ici, c’est presque pareil : le bon peuple tremble à la seule évocation d’un certain Demon of Death, serial killer en vadrouille, sorti des églises lucifériennes, métalleux avoué (teesh’ d’Exodus, gants de cuir, veste en jean’s avec un pentagramme tracé dans le dos en plus d’un 666) et déjà le coupable d’une belle poignée de crimes. Sa méthode ? Le jeune homme prend le bottin, l’ouvre sur une page au hasard, ferme les yeux et laisse tomber son index sur le nom d’un malheureux. Celui-là mourra dans la nuit. Aléatoire au possible, mais le gugusse a tant oeuvré que même dans cet océan de noms il parvient à pêcher ceux de victimes déjà massacrées. Marrant. En cette soirée, c’est une autre fan de heavy metal qu’il pioche, descendante d’une puissante sorcière et ado rebelle en petite guerre contre ses parents trop guindés. Demon of Death l’aidera à s’en débarrasser : le saligaud débarque, tue maman et papa en les flinguant mais se fait cueillir par les flics avant de pouvoir zigouiller la jeunette. Des flics aux faux airs de cowboys, et peut-être les pires acteurs d’un film déjà à la rue niveau acting. Vingt minutes de parlotte plus tard, et nous dit-on six années plus tard aussi, alors que le monstrueux gaillard s’apprête à griller sur la chaise électrique, l’apprentie sorcière fait appel à l’âme de sa grand-mère et tente de coincer Demon of Death dans les limbes. Mauvaise idée, car cela permet à ce dernier de prendre possession du corps de la blondinette ! Clap de fin, le bouffon est tout content de lui, Satan se marre comme un bossu et son moral remonte un peu. Pendant ce temps, Ginger Lynn continue d’évoluer dans un clip cheap de Manowar, a troqué ses habits de ninja pour ceux d’amazone, et essaie de fendre de sa lame un ogre plutôt bien fait.

 

 

Entre deux allers-retours dans ce monde heroic fantasy du pauvre, le bouffon susurre une nouvelle histoire à son beau Satan. Celle d’un clown incarné par Gary Brandner, tout de même l’auteur de la nouvelle Hurlements. Un clown triste, faut-il ajouter, conscient qu’il ne fait rire personne, persuadé de n’avoir jamais été aimé, et bientôt à la rue puisque le patron de la foire où il est employé ne veut plus de ce pochtron sur ses planches. Remplacé par le premier balayeur venu, le guignol se pend… puis se réveille dans le purgatoire, où l’attend un autre clown, Mickey La Mort. Avec un nom pareil, vous vous doutez qu’il ne sert pas la soupe populaire dans les quartiers difficiles. Bingo, le vilain a pour seul but de tourmenter le suicidé. C’est long, c’est chiant, c’est bavard à en mourir et ça n’apporte rien, si ce n’est une petite risette sur le visage de Satan, facile à satisfaire. Et l’espoir revient lorsque sa reine réapparaît. Pas pour longtemps, car elle lui annonce leur rupture, le traite d’incapable et le laisse à sa solitude pendant que Ginger Lynn vient nous faire la morale en deux lignes de dialogue sur l’importance de la famille. Tout ça pour ça… Immense perte de temps, Satan’s Storybook ne fait pas dans l’horreur mais dans le mauvais verbiage, que l’on ne comprend qu’une fois sur deux, Satan, Demon of Death et Mickey La Mort voyant leurs cordes vocales triturées par des effets malheureux venus nous priver de toute compréhension. En même temps, y avait-il grand-chose à comprendre dans cette production fauchée probablement incomplète, sans conclusion réelle, et seulement fun lorsque Ginger Lynn traverse un monde à la sombre féerie sentant fort le caoutchouc et les masques de carnaval ? De là à s’infliger le reste pour si peu…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Michael Rider
  • Scénario: Steven K. Arthur, Michael Rider
  • Production: Steven K. Arthur
  • Pays: USA
  • Acteurs: Ginger Lynn, Leslie Deutsch, Ray Robert, Leesa Rowland
  • Année: 1989

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