Bikini Bloodbath

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Si nous nous accorderons tous à dire que la maîtrise technique ne fait pas les bons films, est-ce à dire que l’incompétence fait forcément les mauvaises bandes ? Bikini Bloodbath (2006), dénué de toute qualité véritable, a beau ne pas essayer de prouver le contraire – il est bien trop occupé à plonger dans les décolletés et pincer des fesses pour s’occuper de si basses considérations – il n’en parvient pas moins à nous coller un long et large sourire sur la trombine. Le charme du bon dernier ?

 

 

 

D’ailleurs, pouvons-nous véritablement parler de production cinématographique concernant le machin déposé sur le pas de notre porte par Thomas Edward Seymour (producteur de Shark Exorcist 2, ouille…) et Jonathan Gorman ? Même en évitant les débats d’esthètes sur la légitimité ou non d’une zéderie shootée au caméscope, difficile de voir en Bikini Bloodbath un véritable film, de ceux avec un début, un milieu et une fin. D’en retirer un récit avec de vrais personnages lancés dans leur propre arc narratif, d’en extraire une thématique réelle ou la plus petite sensibilité artistique, le plus petit soin. Non, Bikini Bloodbath n’est pas un film, c’est un exercice de style, fait par des fans d’un genre très précis – le slasher neuneu des 80’s – à destination d’autres fans pas repoussés par l’inexpérience et l’anorexie d’un budget réduit à des miettes de pourliche. Ce qui fait environ dix-neuf ou vingt personnes sur tout le globe, à tout casser. Vous en êtes ? Tant mieux pour vous. Vous n’en êtes pas et vous tiquez déjà devant un The Mutilator ou un Nail Gun Massacre ? Barrez-vous fissa, car ce n’est pas ici que vous trouverez votre poids en bonheur et petits choux à la crème, Seymour et Gorman nous narrant l’usuelle nuitée terrible de quelques adolescentes peu frileuses en proie avec un échappé d’asile. Cette fois le chef français d’un restaurant tout de même nommé « la fête à la saucisse », en balade avec une toque sur la tête et s’essayant à quelques sentences en bwon fwançais d’améwique, façon « oune tauble pouw deuze ! ». Au fond, rien de plus normal que de le voir s’inviter à la soirée pyjama – pardon, bikini, ça laisse voir plus de chair – puisque c’est bien son boulot de hacher de la dinde.

 

 

Mais encore plus qu’un exercice de style, Bikini Bloodbath est un long – enfin pas tant que ça, le tout ne durant en vérité qu’une petite heure, agrémentée d’un clip vidéo en fin de bobine – déhanchement, une infernale mazurka et un clip promotionnel pour vendre les délices des quelques groupes de glam-rock ou de garage punk du Connecticut. Elles se font rares, les minutes de silence au sein de la giga-teuf, même lorsqu’une jeunette finit ventre à terre et gorge ouverte, chaque scène, chaque plan se trouvant accompagné d’une bande-son énergique, et pour tout dire fort plaisante, dans ses moments voulus gore comme dans ses instants de pas grand-chose. Ces derniers forment d’ailleurs le gros de ce joyeux bazar trop désargenté pour se faire abattoir industriel, et dont le pot de Ketchup est trop sec pour délivrer autre-chose que quelques coups de couteau dans le bidon. Autant dire que l’accent sera dès lors placé sur l’aspect le plus festif du projet, dans la préparation de la bringue, dans ses plus infimes détails. Les filles, après leur cours de volley, dispensé par notre vieille amie Debbie Rochon, se disperseront dans leur petite banlieue ricaine, iront faire les courses, marcheront dans les bois, se téléphoneront, prendront une bonne douche et colleront des ballons dans le salon avant de s’en déboucher une et d’avaler des petits fours. Et tout ça durant au moins une demi-heure, certes assaisonnée de quelques assassinats pour faire bonne mesure, mais tout de même largement sacrifiée au ronron de la futile existence de gamines ne causant que de fellations, de leurs miches et des beaux gosses du club de football. Qui s’amusent aussi lors d’une soirée entre mecs à quelques maisons de là, où les bien bâtis essaient de se convaincre de leur hétérosexualité en deux vannes salaces et trois oeillades sur le cul des meufs, mais ne manquent jamais une occase de caresser la nuque du voisin, de lui glisser un doigt dans la raie ou de jouer au strip-poker, toujours entre poilus lancés dans une lutte perdue contre l’homophilie.

 

 

Et ça danse, putain, qu’est-ce que ça danse ! Non-stop, avant que le tueur n’apparaisse, pendant qu’il trucide les copines, et même après. Non-stop on vous dit, comme dans une vidéo de Shakira, sans la blonde incendiaire et ses Tsamina samina, eh eh, mais avec des gros lards en pleine danse du ventre et le posters des groupes de rock du coin dans chaque pièce, messages subliminaux pour vous pousser à écouter ces sous-Twisted Sister et Girlschool low cost. Le chef déglingo adepte de la découpe de jeunes gens ? Quasiment le détail d’un script jamais terminé, étoile filante traversant devant une lune à forme de boule à facette, le ressort permettant de propulser une soirée se passant, on le sent, fort bien de ses services puisque puisant son intérêt dans le barbotage en jacuzzi, dans les beuveries assumées et un humour à ras de tapis. Debbie Rochon est à peine à l’écran, découpée dans sa chambre décorée de flamands roses (???) avant même qu’elle ait pu s’incruster à la fête de ses élèves, sur lesquelles elle a plus que des vues. Et on s’en fout, car même si on l’aime notre Debbie, c’est la gaîté de Bikini Bloodbath qui en fait l’intérêt. Les meurtres sont inefficaces au possible, le déroulé repique tout, absolument tout, à Slumber Party Massacre, mais on s’en tamponne la chipo, parce que c’est la légèreté de Bikini Bloodbath qui lui confère tout son poids. Personne ne joue bien, il n’y a pas un plan de bien gaulé dans l’affaire, et le tout est une parodie graisseuse de stéréotypes déjà pas SlimFast à la base, mais on s’en branle carrément, car tout le monde semble prendre un pied d’enfer à passer devant l’écran pour y danser, même mal. Bikini Bloodbath a le charme des premières boums, celles aux pizzas surgelées et au Champomy, celles de la maladresse et du ridicule, celles des rapprochements malhabiles (un mec a une gaule d’enfer pour avoir simplement causé à une brune, qui s’en ira pomper son boyfriend dans la bagnole deux minutes plus tard) et des nerds refoulés à l’entrée. Même s’il fait exprès de se couvrir de honte, Bikini Bloodbath nous ramènes aux soirées estudiantines dans ce qu’elles ont de plus bas et d’anodin, et demande donc une notation qui lui est propre, un traitement de faveur. Dans sa catégorie, dans laquelle il boxe quasiment seul, parfois rejoint par plus musclé que lui (Dude Bro Party Massacre III, au crochet autrement plus puissant), il se fait sacrément charmant, et on comprend que ses auteurs y soient retournés pour deux suites : Bikini Bloodbath Car Wash et Bikini Bloodbath Christmas. J’attends mes cartons d’invit’.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Jonathan Gorman, Thomas Edward Seymour
  • Scénario: Jonathan Gorman, Thomas Edward Seymour
  • Production: Robert Cosgrove Jr. Russ Russo
  • Pays: USA
  • Acteurs: Sheri Lynn, Debbie Rochon, Katie Gil, Natasha Nielsen
  • Année: 2006

2 comments to Bikini Bloodbath

  • petertaste  says:

    Je l’avais subbé à l’époque ainsi que le carwash et j’avais vraiment trouvé ces films funs, remplissant le cahier des charges et mention spécial pour le tueur le moins charismatique des série B ( Même le Ice cream man à plus de gueule ) ………Pour autant que tu saches à quoi t’attendre, tu n’est pas volé sur la marchandise ( si je peux me permettre ) 😉

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