Le Massacre des Morts-Vivants

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Un pied dans la tombe ou pas, il n’est jamais trop tard pour se faire plaisir avec un bon massacre des familles, surtout si c’est pour teinter de rouge la délicieuse campagne anglaise.

 

A l’heure où Brad Pitt se débat face à des infectés dans World War Z et que les macchabés se refont une petite santé à la télévision via The Walking Dead, il est bon de rappeler à notre mémoire, défaillante et sélective, certains titres qui firent jadis le bonheur des amateurs de chair morte. Et qui peuvent d’ailleurs toujours le faire! C’est le cas du Massacre des Morts-Vivants, film qui jouit d’une bonne quinzaine de titres pour un seul et même long-métrage, réinventé au fil des sorties vidéos, comme Let Sleeping Corpses Lie, Don’t Open The Window, Breakfast with the Dead, Brunch with the Dead (on notera un coté « petit-déjeuner » très prononcé ici), The Living Dead (dans le genre sobre…), Weekend with the Dead (vivement lundi!) et une multitude de titres en italien ou espagnol. Ca fait beaucoup pour un seul film qui, de plus, est plus connu sous un autre nom: The Living Dead at the Manchester Morgue (il faut bien avouer que ça donne envie). C’est sous ce patronyme aguicheur qu’est trouvable cette petite péloche méconnue, disponible en Blu-Ray all-zone chez Blue Underground, la société d’édition de William Lustig, le papa de Maniac Cop, spécialisée dans les films d’horreur de la période 60-80. Mais ne vous y trompez pas, si le titre laisse penser à un film anglais, il n’en est rien, ce Massacres des MV (pour les intimes) étant une production hispano-italienne. Mais soyez rassurés, le carnage se déroule bien chez les rosbifs, qui en perdent leur viande.

 

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Réalisé par l’espagnol Jorge Grau, déjà responsable d’un Bloody Ceremony, The Living Dead at the Manchester Morgue (avouez que ça sonne mieux que Le Massacre…) est un film intéressant à plus d’un titre (ça tombe bien, il en a quinze, de titres!). Déjà parce qu’il a atterrit sur la désormais prestigieuse liste des Video Nasty. Un label à la base infamant, décerné aux VHS que certains anglais ayant passé trop de temps sur les bancs d’églises jugeaient trop ignominieuses pour fouler les magnétoscopes british, les retirant des étagères des videostores de papa et maman et les détruisant. Mais si c’était une censure terrible pour ces films dans les années 80, c’est aujourd’hui un honneur d’avoir fait partie de ce catalogue macabre qui choquait la ménagère, et certains fans se font un devoir de posséder les 72 films bannis. Et dans ce répertoire peuplé de cannibales, de nazis, d’assassins masqués et de nonnes tueuses, les zombies avaient bien entendu une bonne place, via des titres comme L’Enfer des Zombies, le nanar génial Virus Cannibal ou encore Toxic Zombies. Dans le lot The Living Dead at the Manchester Morgue (décidément j’adore ce titre) fait partie du fleuron, du top du top, de la cerise sur le gâteau. Un film si bon que c’en est étonnant. Pourquoi c’est étonnant ? Parce qu’il est sorti en 1974 et que le déferlement de morts-vivants n’était pas encore vraiment lancé, le seul gros hit du genre étant le coup de départ qu’est La Nuit des Morts-Vivants de Georges Romero. 1974 c’est quatre ans avant Zombie, du même Romero, soit quatre ans avant la révolution Tom Savini, le maquilleur réinventant le gore à partir de ce film, un classique indémodable. Ce n’est qu’après que voir les morts déchiqueter les vivants dans des gerbes de sang deviendra normal, lorsque le grand boum du zombie surviendra, à grand renfort d’œuvres italiennes. Alors découvrir qu’en 74 quelques cadavres ambulants dévoraient déjà ceux qui respirent toujours dans des scènes au gore affirmé laisse pantois. Une sorte de Zombie avant l’heure, avec ses ventres qui s’ouvrent pour laisser sortir tripes et boyaux, ses yeux arrachés, ses coups de hache dans la tête et même un nichon arraché. Et le tout avec des effets spéciaux impressionnants pour l’époque, car très visuels! Certes, le gore existait déjà à l’époque, mais il n’était pas aussi répandu, et l’ont peut clairement considérer The Living Dead at the Manchester Morgue comme l’un des pionniers du genre.

 

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Bon, des films très gores qui n’ont rien à raconter, on en connaît, il suffit de jeter un coup d’œil sur l’Italie des années 80 pour en trouver des brouettes. Mais là encore, le film de Jorge Grau nous surprend avec un script plus travaillé que la moyenne, notamment au niveau des personnages, tous dotés de suffisamment de background pour ne pas être de la chair à saucisses de plus. L’histoire est celle de Georges et Edna, la deuxième renversant la moto du premier, le mettant dans l’embarras puisqu’il doit livrer des œuvres d’art (un gros bouddha en bois, en fait) à des amis et travailler sur sa nouvelle maison. Il demande donc à la jolie anglaise de l’amener sur les lieux, après tout elle lui doit bien cela, mais ça n’arrange pas la jeune femme non plus puisqu’elle doit aller retrouver sa sœur, une droguée en cure de désintoxication dans la campagne, tenue prisonnière par son photographe d’époux qui tente de la guérir. C’est en route vers cette famille au bonheur discret que le couple tombe sur un barbu humide et violent et  qui décide de s’attaquer à Edna. Mais tout porte à croire que l’homme est un clochard décédé une semaine auparavant, noyé dans une rivière après la beuverie de trop. Et, plutôt rapide, le gaillard arrive à atteindre la maison de la sœur droguée avant nos héros, assassinant le photographe dans la foulée. Un crime pour lequel la police verrait bien Georges, Edna et sa sœur comme responsables. Les voilà dans la merde. Une merde causée, je vous le donne en mille, par des morts-vivants. Ca vous change du « les zombies envahissent la planète, survivons et trouvons un endroit calme », avouez. Un script bien branlé pour le genre, donc, qui met en scène des personnages intéressants et aux buts différents, ce qui amène un peu de peps à l’ensemble.

 

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Mais comment ça se fait qu’ils se relèvent ces satanés zombies ? Une bombe nucléaire ? Un baril de produits chimiques renversé dans leur cimetière ? Des tests de l’armée ? Une messe noire qui a mal tourné ? Rien de tout cela, cette fois c’est l’agriculture qui est en tort. Et oui, dans le souci d’aider les fermiers à se débarrasser des insectes qui pullulent leurs champs, les scientifiques ont mit au point une machine qui envoie des ultrasons sur plusieurs kilomètres, influant sur les petites cervelles des bestioles, qui se mettent à devenir violentes et s’entretuer. Le problème, c’est que ça marche aussi sur les morts, qui se réveillent avec la dalle et une force surhumaine, bien décidés à répandre la mort. Alors c’est sûr, t’as plus une fourmi dans ton champ, mais par contre ce que t’es emmerdé par les morts-vivants après… Un discours prônant la nature, soulignant au marqueur qu’il vaut mieux la laisser faire son boulot tranquille et ne pas trop interférer dans ses plans sous peine de se faire bouffer le cul par les morts. Ca a le mérite d’être clair. Mais si la science se prend son petit taquet, la police s’en prend un autre. Tourné en pleine période hippie, le film affiche clairement son manque de confiance en les autorités. Violents, choisissant ses coupables sans plus d’investigations que cela et assez stupides, les flics n’ont pas bonne allure ici, ne cessant d’emmerder nos héros qui, eux, ont compris ce qu’il se passait. Un discours revendiqué qui rappelle celui de Romero, Jorge Grau ayant bien suivi les leçons enseignées sur La nuit des Morts-Vivants. Final pessimiste inclus.

 

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Si l’on est en droit de préférer le titre The Living Dead at the Manchester Morgue à celui, plus générique, des français, il faut bien reconnaître que Le Massacre des Morts-Vivants trompe un peu moins sur la marchandise. Car le film ne se passe pas vraiment dans une morgue, en tout cas pas de tout son long, Grau multipliant les paysages, il faut bien le dire, magnifiques. Si vous aimez la campagne anglaise, son ciel gris et son herbe humide, vous serez aux anges tant elle est mise en valeur ici. Hôpital ancien, maison de campagne, cimetière, crypte, ruisseau, les morts-vivants attaquent en petit nombre (ils sont moins de dix et il n’y en a qu’un pendant une bonne partie du film) mais dans des décors magnifiques, Jorge Grau faisant le lien entre l’horreur old-school, presque gothique, et la plus moderne, faites de gore dégueu. Et, une fois n’est pas coutume, on s’attache aux personnages, dont les motivations sont bien plantées. Georges (Ray Lovelock, vu dans Frissons d’Horreur et Murder-Rock) est un hippie bien de son époque et n’apprécie guère ces histoires de radiation contre-nature pas plus qu’il ne désire voir une horde de zombies sortir de terre. Quant à Edna (Christine Galbo, Mais qu’avez-vous fait à Solange?), elle compte bien sauver sa sœur, rendue fragile par la drogue et donc devenue une proie facile pour les zombies. L’actrice perdit son mari peu avant le tournage du film, ce qui ne rend sa prestation que plus tendue… Enfin, le vieux flic (l’apport américain du film en la personne d’Arthur Kennedy, La sentinelle des maudits) est un enragé de première, qui déteste les hippies, les drogués, les satanistes, soit la plupart des jeunes de l’époque, une haine qui ressort contre Georges. Pas vraiment fan d’une justice trop laxiste à son goût, il va se rattraper en faisant montre d’une grande violence. Rajoutez au milieu de tout cela des zombies moins anonymes que d’autres puisqu’en faible nombre, ce qui permet de les voir un peu plus chacun. Ils sont ici une menace sérieuse puisque leur force semble être accrue, leur permettant de se servir d’une croix en pierre pour défoncer une porte ou d’une pierre tombale pour assommer un pauvre policier.

 

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The Living Dead at the Manchester Morgue fait donc partie de ces films bis méconnus chez nous mais qui font pourtant partie du fleuron du film de zombies, marriant le meilleur du gore à l’italienne à un script mieux écrit que la moyenne. Certains musiciens ne s’y sont pas trompés, le groupe de doom metal Electric Wizard intitulant l’une de ses chansons « The Living Dead at the Manchester Morgue » (on les comprend), tout comme Rob Zombie qui choisit « Let Sleeping Corpses Lie » comme titre pour le coffret réunissant tous les albums de son groupe précédent, White Zombie. Alors venez faire un petit tour dans la morgue et ses sublimes décors, si vous aimez le bis à l’ancienne, vous ne regretterez pas le voyage. Même qu’il y a un bébé qui arrache un œil à une infirmière! Convaincus?

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jorge Grau
  • Scénarisation: Sandro Continenza, Marcello Coscia
  • Titres: No Profanae El Sueno de los Muertos (ESP)
  • Production: Edmondo Amati
  • Pays: Espagne, Italie
  • Acteurs: Ray Lovelock, Christine Galbo, Arthur Kennedy, Aldo Massasso
  • Année: 1974

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