Malenka, la vampire

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Le vampirisme fut pour le bis des sixties un véritable fléau, un virus répandu sur le vieux continent tout entier. Ainsi, après avoir fait pousser des ratiches tranchantes aux Italiens, c’est les petites Espagnoles qui se découvrent des canines de louves. Malenka, la Vampire s’extirpe ainsi des tombeaux d’Amando de Ossorio, que l’on admire ici pour ses gris templiers aussi zombies que miros, mais dont on se méfie à cause de son Night of the Sorcerers pas franchement stimulant. En 69, il prenait la chaude température de l’année érotique, s’acoquinait avec Anita Ekberg et lui tenait la main dans les cryptes d’un château paraît-il infesté par les suceurs de sang. Et tout cela sans vraiment renforcer sa filmographie…

 

Attention, spoilers !

 

Notez bien que la Miss Malenka ne l’affaiblit pas réellement non plus. C’est juste qu’elle a bien des peines à nous faire partager ses tourments. Ceux de Sylvia (Ekberg), bientôt mariée à son beau Piero (Gianni Medici) et tout juste avertie qu’elle vient d’hériter d’un château reculé, où elle se retrouve invitée par son oncle, le Comte de Walbrooke (Julian Ugarte). On ne va pas cracher sur un tas de pierre de luxe, ni sur toute la joaillerie et les beaux couverts qu’il doit contenir… Alors la miss s’envole et découvre que son arbre généalogique trouve ses racines dans l’histoire de la sorcière/folle savante Malenka, dont il se dit qu’elle était parvenue à faire s’effondrer les barrières entre la vie et la mort. Evidemment, les rumeurs mettent un point d’honneur à assurer que les cadavres se meuvent toujours dans les cryptes du castel. Et comme souvent, la brave Sylvia est le portrait craché de son ancêtre, ce qui ajouté aux sombres monologues de Tonton Walbrooke, lève-tard que l’on ne trouve hors de son lit qu’après 22h, laisse imaginer que la nièce se fera réincarnation de la vile Malenka. Pour renforcer l’hypothèse, une certaine Velinka (Adriana Ambesi), que l’on croisera le plus souvent dans le donjon en train de se faire fouetter, rampe auprès de Sylvia de nuit et lui tient des propos lugubres. Après quelques jours à ce régime, l’invitée perd pied, baigne dans ses idées noires et envoie une missive à son fiancé pour lui annoncer qu’il vaut mieux qu’il fasse une croix sur ses jolies cuisses. Puisqu’il y tient, à sa promise et à ses gambettes, Piero fait le voyage à vol d’oiseau dans l’attente d’explications et découvre une région tremblotante, pétrifiée à la seule idée que la Malenka de légende vienne les cueillir au pied du lit.

 

 

Amando de Ossorio a déjà vu des films. Des films de la Hammer, de la Universal, et des films de Mario Bava. Du coup, il récite un peu, nous ramène dans ces tavernes où les paysans au nez rouge scrutent les voyageurs d’un mauvais œil, puis la bouclent et se collent au mur dès que l’on cause de la forteresse des Walbrooke, lieu de tous les maléfices et symbole de toutes les maux. Dans la crypte, on s’éclaire à la torche, on traverse des tunnels où des araignées sans doute grosses comme un gant de boxe ont tissé leur toile, et on s’appuie sur les tombeaux de pierre, que l’on nous montre vide. Diantre, le corps censé s’y reposer se serait-il extrait de son cercueil de pierre ? D’ailleurs, Piero et l’un de ses amis décident de camper au cimetière, histoire de s’assurer que les morts savent le rester. Du gothique de tradition ? C’est mal connaître le poto Amando, dont une large part de l’oeuvre fut dévouée à la rencontre entre une épouvante poussiéreuse et un modernisme parfois ironique, ici carrément humoristique. Un choix du sourire en coin plutôt en inadéquation avec les manières dont fut vendu Malenka, la Vampire, son distributeur promettant une prise en charge des soins psychiatriques de tout spectateur dont la sanité aurait été trop profondément meurtrie par le spectacle. Peu de chances que qui que ce soit fut un jour troublé par le film de de Ossorio au point de réclamer une consultation avec le toubib des ciboulots, tant ce vampire flick manque de mordant. Mais c’est là encore fait exprès, le manque d’éléments purement horrifiques prouvant la tentative de déconstruction à laquelle s’adonne le réalisateur.

 

 

Pas de vampirettes réelles par ici, et pas de sorcière montée sur balais revenant à la vie ou s’emparant du corps de la pauvre Sylvia : toutes ces légendes forment en vérité une vaste combine de la père du vieux Walbrooke, histoire de rendre folle sa nièce et la faire enfermer chez les dingues, pour ensuite mieux profiter de son gigantesque domaine sans jamais avoir à le partager. Audacieux ? Ca l’aurait été en 1925, mais l’égaré London after Midnight, puis son remake La Marque du Vampire jouaient déjà avec les faux-semblants, collaient des râteliers en toc dans les bouches de ses fausses creatures of the night. Là où Malenka devient intéressant, c’est dans sa conclusion, pas toujours la même selon où vous vous trouviez sur le globe, différente selon la version privilégiée. A priori, la véritable s’incruste dans le réel, et appuie la théorie de la manipulation familiale, tandis que d’autres s’offrent un nouveau détour par la fantastique, l’oncle Walbrooke, après avoir reçu une torche enflammée dans l’estomac, vit une putréfaction expresse et se momifie en quelques instants. Une résolution en totale contradiction avec son discours de quelques minutes auparavant, où il chantait les louanges de ses maléfices imaginaires, où il révélait son plan tout entier… C’est de l’euro bis, on sait que niveau scénario ça ne tutoiera pas les cimes, et nous pouvons déjà nous estimer heureux d’avoir un début, un milieu et une fin, même si nous ne profitons pas tous de la même. Le problème n’est d’ailleurs pas dans ces quelques incohérences, mais plutôt dans le fait que Malenka est une production portée sur la jacasse, sur les longs discours et les disputes de table. Vous me voyez venir, et vous avez raison car je ne suis pas discret : on s’emmerde un peu dans l’anecdotique tas de pierres des Walbrooke, où il ne se passe pas grand-chose, et où la seule action valant la levée de paupière étant ces balades de demoiselles dans de beaux décors rocailleux. A ce petit jeu, plus qu’une Anita Ekberg qui ne m’a jamais fait rougir des masses, c’est surtout pour la belle Adriana Ambesi que je me laisse fondre. Va d’ailleurs falloir revoir sa façon de faire la lessive, car les robes de ces dames ont tant rétréci que les poitrines menacent à chaque instant de se faire la malle. Non pas que ça me dérange, c’était juste pour prévenir.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation: Amando de Ossorio
  • Scénario: Amando de Ossorio
  • Production: Rosanna Yanni, Aubrey Ambert
  • Pays: Espagne, Italie
  • Acteurs: Anita Ekberg, Gianni Medici, Adriana Ambesi, Julian Ugarte
  • Année: 1969

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