Mutations (The Freakmaker)

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Mutations, The Freakmaker, Le Monstre Dénaturé, beaucoup de noms pour un seul film, daté 1974, dont les photographies dispersées dans les divers ouvrages et magazines n’en finissaient pas de faire rêver – du moins pour une audience vorace, pour tous les autres les clichés tenaient du cauchemar futur. Rimini s’était penché sur son cas il y a de cela quelques temps déjà, et nous montrait que Donald Pleasence avait la main verte.

 

 

Plus ils sont éclairés, plus leur âme est sombre. Il en va ainsi du savant fantastique, voué à rivaliser de malignité pour faire avancer Sainte Science, à visualiser son prochain comme un vulgaire tas de bidoche et d’humeurs pour plus facilement en faire un cobaye, pour plus aisément triturer ses chairs et l’utiliser au nom de la Recherche, celle avec un R majuscule. Le laborantin du jour se nomme Nolter (Pleasance), docteur faisant la leçon aux petits étudiants le jour, et se cloîtrant dans sa vaste demeure la nuit pour s’y entourer de plantes carnivores. Rares pour certaines, créées du bulbe à la feuille par le cruel universitaire, qui les nourrit de pauvres petits lapins ou les arrose de sang humain. N’ayant pas la bouille douce d’une infirmière de la Croix-Rouge, le voilà forcé de s’en remettre à Lynch (Tom Baker) pour la collecte. Lynch ou la gueule en vrac de ce petit coin anglais, dirigeant d’un cirque de freaks planqué derrière son grand chapeau et sa longue chevelure, auquel Nolter fait miroiter une séance de chirurgie réparatrice en échange de viande et jus de vie d’homme à refiler à ses arbustes gloutons. Que ne ferait-on pas pour un joli minois ? Lynch kidnappe alors à tour de bras, et s’empare notamment de l’une des élèves de Nolter. Dangereux choix, car voilà que les amis de la disparue fouillent tous les recoins pour la retrouver, et si un lien est fait avec leur professeur, ses études botaniques stopperont sans tarder. Pour ne rien arranger, son bras droit défiguré subit de son côté le contrecoup de sa mauvaise humeur, ses « amis » difformes manigançant dans son dos, fatigués de ses sautes d’humeur et de ses insultes, ulcérés par la possibilité qu’il soit un terrible assassin. Comme si Mutations n’était pas encore assez parcouru de silhouettes dangereuses, voilà que Nolter ajoute une vilaine bête au tableau, transformant un bellâtre en un monsto-plante, mi-homme (très peu) mi-plante carnivore.

 

 

Faut bien mériter son titre de Freakmaker, et le réalisateur Jack Cardiff, dont ce sera le dernier film à ce poste, embrasse son sujet sans jamais prendre de distance. Le public veut de la gloumoute légumineuse ? Il en aura, le dernier tiers du récit étant marqué par les marches funèbres du mutant, anciennement un beau brun pour lequel courent les blondes, désormais une courgette mangeuse d’hommes pleurant son sort. Du Craignos Monster pour la couture, sorte de gros sac plastique à tête de poulpe avançant maladroitement dans des décors trop serrés pour lui, mais une belle bête néanmoins, encore rendue plus aimable de par la rareté des créatures végétales dans le genre. Mais le public veut aussi du freaks, et là aussi il en aura pour son poids. Et des vrais, gens trop petits, aux yeux trop globuleux qui sortent de leurs orbites, à la peau de reptile. Des femmes trop barbues, des hommes sans os, menés par celui qui fut jadis connu comme le type le plus moche du pays, le manipulé Lynch – on sait tous que Nolter ne lui fera jamais retrouver bonne face – qui ne supporte plus leur amitié, leur compagnie rieuse alors que lui se déteste tant. Et évidemment, le public veut du mad doctor, de la blouse blanche hypocrite, du salopiaud aux méninges en ébullition. Sobre, peut-être même un peu trop, Pleasence donne corps à un Nolter d’un calme de chat assis. Voix basse, aucune saute d’humeur, aucun sentiment, le bonhomme ne semble pas férocement mauvais. Il se trouve juste que la mission qu’il s’est donnée efface toute humanité en lui. Il faut le voir caresser ses lièvres avant de les balancer à la bouche dentées d’une fleur gigantesque et morbide. Ou promettre à Lynch une beauté enfin trouvée, alors qu’il ne l’embellira probablement jamais pour mieux le garder comme homme de main…

 

 

Dense dans son horreur, Mutations ne s’octroie que peu de temps de pause. Quelques séquences, presque poétiques, de plantes sortant de terre, dans une bande-son ambiant du plus bel effet. Quelques dialogues de grand sachant à souffrir, avec tout le lexique habituel, fait d’acides aminés, d’atomes et de photosynthèse. On ne baille pas en ces moments, mais l’oreille devient inattentive, car on sait fort bien que ces grands mots ne sont que de petites justifications pour qu’arrive, tôt ou tard, une chimère au pétiole tranchant. Mais si ce n’est cette exposition bien nécessaire, le film court à beau rythme jusqu’à sa résolution, et se ménage de belles scènes. Comme ce cabaret du boiteux, où s’enchaînent les présentations des nains et femmes alligators, carnaval bossu bientôt fait labyrinthe, arpenté par un futur kidnappé et le colosse Lynch lancé à ses trousses. Une superbe scène, usant au mieux de ce décorum de fête. Et puis le monstre se lâche et se fâche, rejoint sa petite copine de nuit, bouffe un clodo sous les ponts et fonce jusqu’au manoir qui l’a vu renaître de la pire des façons. On n’évite pas quelques passages obligés, comme la flambe du labo ou la vengeance des freaks, qui punissent leur brebis galeuse en usant de crocs de chien enragés et de couteaux bien lancés. On ne s’ennuie donc jamais devant Mutations, juste équilibre entre sentiment et profondeur de personnages ( Lynch, qui ne cherche qu’un peu d’amour, va aux putes pour s’y faire dire « je t’aime ») et exploitation pure et assumée, ne cherchant d’autre-chose qu’un divertissement sinistre et enlevé. De l’épouvante british pas si anecdotique que ça, donc, et une salade niçoise dans laquelle on tapera à nouveau.

Rigs Mordo

 

 

 

 

  • Réalisation : Jack Cardiff
  • Scénario : Robert D. Weinbach, Edward Mann
  • Production : Robert D. Weinbach
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : Donald Pleasance, Tom Baker, Brad Harris, Julie Ege
  • Année : 1974

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