Diary of a Madman

Category: Films Comments: No comments

Vincent Price. The man, the myth, the legend. Le roi du sourcil relevé, le Master of Menace en personne. Et de ces hommes que l’on écoute jusqu’au bout, y compris lorsque l’histoire contée ne vaut pas tripette. Le bénéfice de la diction et du joli timbre. On les écoute donc, les mémoires du fou du jour, mais on se rend aussi bien compte que si Diary of a Madman (ou L’Etrange Histoire du Juge Cordier, 1963) nous était narré par un autre, nos oreilles se seraient fermées dès l’entame…

 

 

Quand on a Vincent Price dans son entourage, on le garde. Et quand on a la chance de le voir flotter sur ses productions, on bétonne les contrats pour s’assurer de sa délicieuse présence. Robert E. Kent, également producteur de La Tour de Londres version 60’s et Trio de Terreur, profite donc de sa star pour qu’il ouvre le journal intime du Juge Cordier, bourgeois de Paris, homme apprécié de tous mais profondément malheureux depuis la mort de sa femme et de son fils, une quinzaine d’années plus tôt. Un homme décédé, aussi, si l’on en croit l’introduction, qui se déroule à son enterrement. Mort et enterré, Cordier s’est fait promettre que l’on ouvrirait après son trépas une boîte de métal contenant ses mémoires les plus récentes, dans lesquelles seront résolus quelques sombres mystères. Tout débuta lorsque Cordier fut appelé dans la cellule de l’assassin Girot, coupable d’avoir massacré quatre personnes, sans raison apparente. Pas de sa faute, au pauvre Français, en vérité la proie du Horla, entité invisible se lovant dans la haine des hommes pour mieux la retourner contre eux, et les pousser à des actes terribles. Cordier n’y croit évidemment pas. Mais le Horla est bel et bien là, possède Girot et le force à tenter un étranglement sur Cordier, qui dans sa défense repousse son agresseur et le tue, récupérant alors le Horla au passage. Désormais emmerdé par les monologues morbides de son indécelable compagnon, Cordier perd pied, déprime et imagine des déplacements d’objets. Persuadé qu’il devient fou et que le Horla n’est qu’une dinguerie de son mental brisé, le magistrat se laisse convaincre par un psychiatre qu’il lui serait profitable de se changer les idées par la sculpture. A peine s’est-il décidé à remettre les mains dans l’argile qu’il tombe amoureux de la belle et jeune Odette (Nancy Kovack), modèle crève-la-faim, mariée à un peintre tout aussi pauvre qu’elle n’aime plus. L’occasion de troquer son barbouilleur sans le sou pour un veuf au coffre-fort bien rempli… Mais aussi celle pour le Horla de pousser son nouvel ami à de sinistres plans.

 

 

Vincent Price. Guy de Maupassant. Reginald le Borg à la rigueur (il a fait bander du pharaon via Le Fantôme de la Momie pour la Universal). Pas mal comme fiche technique, pas mal comme accroche sur l’affiche. Pour un film « pas mal, sans plus » à l’arrivée d’ailleurs, petit drame psychologique visuellement peu stimulant. Le Horla, c’est bien beau dans l’idée, et cela doit valoir de belles feuilles dans un roman, mais pour un petit film d’horreur gothique, ça ne fait pas vibrer les masses… Si ce n’est une forme serpentine et fluorescente, on n’en verra jamais la queue, de notre diablotin posé sur l’épaule du copain Vincent pour lui murmurer de mauvaises décisions. Des yeux lumineux pour le manipulé, quelques poignards dressés et une agression à la lame et ça sera tout, merci d’être passé. Diary of a Madman ne met pas les petits plats dans les grands, et donne en fait l’impression de chercher à gagner en puissance tout au long de son récit, mais en oubliant d’exploser à la fin. Nous voilà dès lors coincés avec un drame psychologique, vaguement horrifique, concentré sur le triangle amoureux entre Cordier le naïf, persuadé d’avoir retrouvé l’amour ; Odette la vilaine, pas plus éprise du juge que malheureuse de quitter son ancien époux, et avouant sans mal qu’elle lâchera Cordier lorsqu’elle croisera plus fortuné que lui ; et le pauvre Paul Duclasse, abandonné comme un chiffon troué dans son cloaque par son insensible muse, faisant naître en lui la rancoeur envers un Cordier ignorant pourtant jusqu’à son existence. Plus intéressant que les manigances du Horla, à vrai dire, mais un ressort dramatique mal utilisé, car plutôt que de jouer de la mauvaise âme d’Odette pour renforcer la haine de Cordier, et donc solidifier l’emprise du Horla sur lui, le scénario se refuse à une sinistrose trop grave, ne veut pas noircir le tableau de Cordier le triste. Cela manque un peu de tragédie, pour le dire autrement.

 

 

Reste le plaisir de voir Price nous dérouler son jeu, certes habituel, mais toujours impeccable. Quand il sourit, quand il se fige, quand son regard halluciné trahit d’affreuses pensées, Price reste le plus grand et satisfera ses fans, aucun doute là-dessus. Mais sinon, si vous n’avez pas une tendresse particulière pour l’épouvante de bibliothèque, pour l’effroi bourgeois se passant à deux pas de la cheminée et de rangées sans fin de vieux ouvrages, Diary of a Madman ne vous bouleversera à aucun moment, et souffre finalement des mêmes tares que le très similaire The Skull avec Peter Cushing : c’est bien de miser sur la présence divine d’un géant du fantastique, mais il ne faut pas pour autant en oublier de capter de belles séquences, de faire sursauter ou remuer le spectateur, ici condamné à l’assoupissement…

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Reginald Le Borg
  • Scénario : Robert E. Kent
  • Production : Edward Small, Robert E. Kent
  • Pays : USA
  • Acteurs : Vincent Price, Nancy Kovack, Chris Warfield, Ian Wolfe
  • Année : 1963

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>