Razorteeth

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La baraque Polonia tenant bon même contre vents et marées, on sait par avance que si elle doit prendre l’eau ce sera de manière très volontaire. Et les deux frères jumeaux, en 2005, de se tremper les petons dans le lac du piranha movie, sans jamais se donner les moyens d’une rivalité avec le classique de Joe Dante ou le gore orgiaque d’Alexandre Aja. Razorteeth, c’est du Z en intraveineuse, l’amateur dans la peau. Et surtout un petit étal de poisson pas frais.

 

 

« People full of problems…a lake full of piranha! » Si ce très laconique résumé de Razorteeth donne l’impression de n’en avoir rien à foutre, et peut-être n’est-ce pas qu’une impression, il n’en est pas moins très lucide. Le vingt-quatrième effort de Mark Polonia – ça vous donne le tournis ? Sachez qu’il y en a encore quarante-quatre derrière ! – se définit effectivement assez bien par la sentence, tant ses 70 petites minutes (génériques compris) ne se remplissent que de poissons gloutons et de pauvres hères abandonnés par la gent féminine, en quête d’une bonne pêche, tentant d’attirer le chaland dans leur hôtel situé dans un lieu peu touristique, voire même d’un agent du gouvernement forcé de faire le ménage sur place. C’est qu’après qu’un sous-marin russe se soit cassé la gueule, les services secrets semblent avoir mis la patte sur une barquette surgelée de piranhas génétiquement modifiés, de surcroît entraînés pour sauter à la gorge de l’Homme. L’opération killer fish, qu’ils appellent ça, parce que ça ne sert à rien d’aller se crever le cul à faire original, qui plus est pour une pelloche underground vouée à n’être vue que par trois pékins. Reste qu’après un crash d’avion, la poiscaille nage dans les eaux troubles d’un petit coin tranquille, et se met à faire bombance des quelques rednecks locaux. Une affaire à étouffer urgemment. Le bon peuple aura donc deux menaces à esquiver : l’antipathique friture, et l’agent dépêché sur place pour faire taire les bavards avec son bel uzi. Sans doute cette plèbe accueillera-t-elle son trépas avec soulagement, tant elle était jusque-là vouée à une errance sans fin, à traîner des bottes au bord de l’eau, le regard dans le vague à se demander quel peut bien être le foutu sens de leur détestable existence.

 

 

Comme une odeur de spleen dans Razorteeth. Mais on ne sait trop si elle émane des intentions des frères Polonia ou si c’est là un banal accident, né de la collision entre l’utilisation de musiques libres de droit à la mélancolie facile et de ces longues séquences voyant cocus, plaqués et démunis traverser la sylve sans que jamais rien ne leur arrive. On privilégiera la thèse de l’embardée imprévue, car il y a fort à parier que les Polonia jouent surtout la montre lorsqu’ils se fixent sur les balades champêtres de leurs quelques personnages (dont Mark lui-même, mais aussi l’habitué Ken VanSant et son beau mulet). Reste que l’accident apporte son petit caractère à l’ensemble, et que l’on pourrait se croire dans un film d’art et essai si l’histoire ne traitait pas de baignades interdites pour causes de piranhas broyeurs de chair. Et aussi si l’un des poissons ne remontait pas une canalisation pour s’infiltrer dans un trou de balle, festoyer des entrailles du pauvre bonhomme occupé à guillotiner du boudin, et ressortir par le torse du malheureux. C’est pas les frères Dardennes, c’est les Polonia. Polonia qui ont été jusqu’à se procurer de véritables piranhas pour leurs effets spéciaux. Inertes évidemment, et congelés avant cela, dont l’odeur après quelques heures au soleil sera si intenable que l’équipe aura toutes les peines du monde à ne serait-ce que tenir les bêtes pour mimer les agressions. Rudimentaires, celles-ci. Gros plan sur les déchiqueteurs à nageoires, bourdonnement comme accompagnement sonore, bouillon rouge dans la flotte, emballez c’est pesé. Simplet, mais c’est toujours plus que ce que pouvaient proposer la sharksploitation italienne selon Mattei ou D’Amato. Comparaison n’est pas raison, on sait…

 

 

Du reste, nous voilà dans du Polonia assez classique. Définitivement plus tire-au-flanc que leur HalloweeNight, par exemple, mais rendu plaisant de par sa langueur. Aussi étonnant que cela puisse paraître pour les fauves de la crypte, on a carrément préféré ces séquences, certes exagérément longues, de promenades dans les champs ou en bord d’étang, aux passages soi-disant sanglants (on découvre un crâne mâchouillé, mais faut-il encore deviner ce qu’il est. Pas évident avec ces effets cheap…), flanqué d’une B.O. typée dance music ringarde, offerte par Jon McBride. Là encore, on tient un coutumier du cinoche des Polonia, comédien fréquent de leurs œuvres, et surtout réalisateur du culte (pour beaucoup de mauvaises raisons) Cannibal Campout et de l’appréciable (pour de meilleures raisons) Woodchipper Massacre. Tant qu’on en est à parler des copains, signalons à la production la présence de Ron Bonk, lui aussi un antique faiseur de shot-on-video, depuis nabab sans slip, toujours occupé à produire des zéderies plus fauchées que le clodo du coin de ma rue, façon Amityville Shark House ou Sharks of the Corn. Du divertissement pour toute la famille, c’est entendu.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Polonia, Mark Polonia
  • Scénario : John Oak Dalton, John Polonia
  • Production : Mark Polonia, John Polonia
  • Pays : USA
  • Acteurs : Steven Anselmi, Brian Berry, Todd Carpenter, Ken Van Sant
  • Année : 2005

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