Death Race 2000

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Dans la crypte, nous ne sommes pas de grands amateurs de bagnoles. Restez plantés deux heures pour voir du rallye ou de la formule 1, c’est pas le genre de la maison. Mais si ces caisses à savon servent à s’entretuer ou foncent sur les piétons, ça nous branche tout de suite plus. Allez savoir pourquoi…

 

Comme dit dans l’introduction, les voitures, c’est pas franchement mon truc, l’engin n’étant chez moi réduit qu’à un simple élément pratique. On peut iconiser une bagnole autant qu’on veut, ça ne m’a jamais fait le moindre effet, et les rares que je trouve jolies sont Ecto-1 des Ghostbusters et la Batmobile des deux films de Tim Burton. Ca vous donne une idée. Pire, je n’ai jamais supporté les jeux-vidéos du style et ce n’est pas moi que vous prendrez la main dans le sac en train de jouer à un Gran Turismo ou autres truc du genre. Alors c’est vous dire si à la base, La Course à la Mort de l’An 2000 n’est pas franchement fait pour ma pomme. Mais voilà, le film se traine une petite réputation parmi le cercle des fans de ciné d’exploitation et comme je suis d’un naturel curieux (mais pas trop non plus) et que je possède la galette depuis une éternité, reçue avec le Mad Movies, je me suis décidé à retirer le cellophane pour tester. On ne sait jamais, ça peut être une bonne surprise. Et puis c’est produit par Roger Corman, le pape de la série B. Bon, c’est vrai qu’il est sans doute meilleur réalisateur (enfin, je devrais dire qu’il était, car il ne réalise plus depuis des lustres) que producteur et que ses adaptations de Poe resteront ce à quoi il aura été associé de mieux. Mais bon, avec lui, on n’est jamais à l’abri d’une pépite cachée entre deux conneries. Alors tentons notre chance puisqu’à part quelques minutes de notre vie, nous n’avons rien à perdre !

 

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La Course à la Mort de l’An 2000 (Death Race 2000 comme patronyme d’origine, titre repris pour la sortie DVD française) possède un nom qui peut aussi faire office de résumé puisqu’il est effectivement question d’une course mortelle se déroulant dans le futur. Enfin, le futur de 1975, car pour nous l’an 2000 c’est déjà un passé lointain, le temps des dinosaures, la naissance de la civilisation numérique et de la téléréalité. C’est loin, quoi. D’ailleurs le futur montré dans le film est déjà ringard pour les seventies et les changements majeurs entre la fiction et la réalité sont surtout trouvables dans la course et la présidence de Mr Président. Oui, le président s’appelle Mr Président. Ca ne s’invente pas. Histoire de divertir le peuple, un sport formidable a été mis au point: la course automobile transcontinentale. Rien que le nom tu sens déjà que t’as affaire à un truc qui déchire plus que le Superbowl ou la coupe du monde de foot. Le but est assez simple: cinq conducteurs doivent partir d’un point A et rejoindre le point B. Ils gagnent des bonus s’ils écrasent des piétons, le score variant en fonction de la personne tuée, les gosses et les vieux ramenant plus de points qu’un adulte lambda, ce qui est bien légitime. Si la course est appréciée de la majorité des spectateurs, il y a tout de même un groupe de rebelles qui en veulent au président Président (je ne m’en remets pas) et à la course et qui vont tenter de tout faire foirer. C’est comme partout, il y a toujours des rabat-joie qui essaient de ruiner la fête et le bonheur des autres…

 

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Les cinq participants de la course sont un peu comme ceux que vous pourriez trouver dans certains jeu-vidéos, avec leurs looks tous bien distincts. On a le gladiateur Nero, la cow-boy Calamity Jane, la nazie Matilda, le mafieux Machine Gun Joe Viterbo et enfin Frankenstein, ces deux derniers étant de furieux rivaux. Chaque conducteur a droit à un copilote du sexe opposé au sien et Frankenstein a une fâcheuse tendance à tuer les siennes lors des courses, il en obtient donc une nouvelle en la personne de la jolie Annie Smith. Mais elle comme Frankenstein ont des choses à cacher, sinon ça serait pas drôle. Bien entendu, les bagnoles ont des thèmes liés à leurs patrons, la caisse de l’épouvantable Frankenstein ressemble à Godzilla, celle de Joe Viterbo possède des flingues de malfrats, Calamity Jane a customisé la sienne pour qu’elle ressemble à un taureau,… On connait Roger Corman, roi de l’économie n’ayant de toute façon pas tant de dollars que ça à placer dans un film, les bagnoles ont forcément un petit coté « caisse à savon », idée qui n’évolue pas avec le temps, les années soulignant l’ancienneté du film. Ce qui ne l’empêche pas de rester culte. Paul WS Anderson (Event Horizon, Resident Evil) en a même fait un remake en 2008 qui sera suivi de deux suites, et de nombreux jeux-vidéo comme Carmageddon doivent énormément à Death Race 2000, qui est le géniteur de tous ces jeux de destruction à quatre roues. On peut même dire que sans ce film, on n’aurait peut-être jamais eu de Mario Kart !

 

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Le film met en avant Frankenstein, antihéros qui devient protagoniste principal. Il faut dire que lors de sa première apparition, le brave homme en impose. Démarche boiteuse, combinaison en cuir noir, le visage masqué mais laissant tout de même paraître de vilaines brûlures, il avance en envoyant chier les journalistes qui l’entourent, qui nous apprennent tout de même qu’il a été rafistolé de toutes parts. Bref, il a la classe, le salaud. Mais cela ne va malheureusement pas durer, Frankenstein dévoilant que tout ceci n’est qu’une vaste connerie, dévoilant en fait un visage on ne peut plus normal. Incarné par David Carradine, encore bien loin de Kill Bill à l’époque, il perd très vite de son aura. Bon, il n’est pas ridicule pour autant (même si Peter Fonda refusa le rôle parce que lui trouvait ça merdique), mais il faut bien avouer qu’on se demande pourquoi il révèle aussi vite la supercherie, le film aurait largement gagné à le laisser un peu plus longtemps avec sa gueule à faire peur. Peut-être que le personnage ne se serait pas fait voler la vedette par Machine Gun Joe Viterbo, incarné par un Sylvester Stallone encore débutant. Viterbo fait le show, en bon italien, et en fait des tonnes. Sly se serait tellement investi dans le rôle, l’un des meilleurs de sa carrière d’ailleurs, qu’il aurait écrit lui-même ses dialogues. Râleur, susceptible, violent et drôle à la fois, Viterbo est l’exact opposé de Frankenstein et attire finalement plus la sympathie que lui. Comme quoi, les méchants sont toujours gagnants. Les autres participants sont plus inégaux, même si Calamity Jane attire une certaine sympathie elle aussi. A noter qu’elle est interprétée par Mary Woronov, une habituée des films d’horreur que vous avez pu voir dans The House of the Devil, The Devil’s Reject et que l’on retrouve dans une nouvelle production Corman de 2012: Attack of the 50ft Cheerleader.

 

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Si l’on se souvient encore de Death Race 2000 aujourd’hui et qu’il restera probablement plus longtemps dans nos mémoires que de son remake avec Jason Statham, c’est parce qu’il était visionnaire. Les spectateurs sautant de joie à chaque innocent écrasé lors de la course préfigure l’avènement de la téléréalité. Le réalisateur Paul Bartel (également acteur à ses heures perdues, malheureusement décédé en mai 2000) dressait, sans doute sans le savoir, une représentation finalement assez fidèle de la télévision des années 2000. Du coup, on lui pardonne aisément le fait que les bagnoles et les décors ne fassent pas futuristes pour un sou (à l’exception d’un arrière-plan sympa, mais furtif). Mais bon, cela participe également au charme de cette sympathique série B, si c’était trop bien ça ne serait peut-être pas aussi attachant. D’ailleurs, le gros point fort du film n’est pas son discours mais son humour. Forcément noir et cynique, le film tire à boulets rouges sur la télévision et ses présentateurs, qui passent tous pour de sacrés connards mais sont aussi très drôles. Le running gag de la présentatrice disant de toutes les personnes hauts-placés qu’elles sont ses amies fonctionne, tout comme les engueulades de Viterbo, surtout lorsqu’il écrase sa propre équipe, qui se foutait de sa gueule ! Et que dire de cette formidable scène dans laquelle des infirmières et docteurs viennent placer des vieux sur la route (la grande journée de l’euthanasie, ils appellent ça) tandis que Frankenstein arrive avant de bifurquer subitement et écraser les médecins ? Et histoire d’en rajouter un couche, notre fou du volant n’hésite pas non plus à écraser un prêtre, qui lui rapportera quelques points supplémentaires. Un bel humour corrosif qui marche donc toujours très bien, presque 40 ans après sa sortie.

 

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Bien sûr, tout n’est pas rose comme le cul d’un nouveau né pour autant. Il faut avouer qu’il y a des baisses de rythme, principalement lorsqu’on voit les rebelles mettre au point leurs petits plans pour arrêter la course. Car si cette partie aide Bartel à exprimer son discours plus intello, elle nuit également au rythme du film, au coté divertissant de la course. Cette dernière n’est d’ailleurs pas filmée avec une maestria particulière non plus, ce qui n’est guère étonnant au vu du manque de moyen du film (300 000$, fort peu pour un film de science-fiction…). Mais c’est contrebalancé par de belles exécutions, assez sanglantes, et une ambiance relaxante. Death Race 2000 est assez représentatif de la vague de films d’exploitation des années 70 et arrive à nous divertir avec des scènes de pur bisseux tout en nous faisant penser qu’on regarde un film plus intelligent que les autres productions du même style. Pas forcément un classique indémodable, donc, mais un une jolie petite série B qui mérite toujours le respect et, surtout, le coup d’œil, ne serait-ce que pour découvrir un Stallone comme vous ne l’avez jamais vu. En plus il se fout sur la gueule avec Carradine et ça, ça se voit pas tous les jours ! C’est que je me mettrais presque à aimer les bagnoles, moi…

Rigs Mordo

 

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  • Titre fr : La Course à la Mort de l’An 2000, Les Seigneurs de la Route
  • Réalisation : Paul Bartel
  • Scénario : Robert Thom,  Charles B. Griffith
  • Production: Roger Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: David Carradine, Sylvester Stallone, Simone Griffeth, Mary Woronov
  • Année: 1975

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