The Ranger

Category: Films Comments: No comments

Attention, chasse en cours. La chasse au punk rocker, gibier crasseux à réguler d’urgence dans The Ranger (2018), dont le personnage du titre chérit assez peu le style urbain et la mode façon Sex Pistols. Alors on tire à vue, on pose des pièges à loup sur les sentiers et on joue de sa hache, sans jamais oublier d’avoir son petit caractère ni de se chercher une tendresse.

 

 

Pour tout dire, je tremblais un peu à l’idée de lancer The Ranger, dont le principe vendait la rencontre entre quelques citadins taguant leur liberté sur les murs et aux chevelures peinturlurées, et un garde forestier aussi strict qu’impitoyable. On la voyait donc venir, la guéguerre entre les petits jeunes de gauche et le vieux con de droite, et on la sentait déjà sur nos genoux la symbolique lourde comme dix enclumes. Ouf ! Soupir de soulagement ! Délivrance inespérée ! Le premier, et pour l’instant unique, long de Jenn Wexler se veut slasher apolitique, et refuse de prendre parti en optant pour l’idée du « tous pourris ». Alors oui, le garde champêtre est une belle saloperie, sadique déglingo attrapant le campeur irrespectueux – non tolérés, le jet de déchet et la musique trop forte – pour les enfermer dans des cages et les y laisser se gâter. En outre, parce qu’il aida la petite Chelsea à se débarrasser des squelettes de son placard, la gosse de 12 ans étant alors coupable d’avoir abattu par accident (vraiment?) son gentil oncle alors que celui-ci tentait de lui apprendre comment manier un fusil de chasse, le ranger en profita pour lui demander quelques faveurs sexuelles, dont la gamine s’acquitta. Un beau salaud, sans aucun doute. Mais Wexler ne fait pas de ses victimes des angelots non plus : désormais entourée de semi-délinquants, et de paumés complets, Chelsea (qui, dans son adolescence, est incarnée par l’excellente Chloë Levine) doit subir la compagnie d’insouciants pour qui la drogue est la solution à tout, prêts à suriner du flic pour s’éviter une nuit au poste. Une famille moins unie qu’elle veut le faire paraître, où l’on utilise Chelsea pour profiter de son chalet familial en pleine montagne, tout en se moquant de son savoir sur Dame Nature. Suffit de se pencher un peu sur le caractère de la Miss Wexler pour comprendre cet isolement subit par son héroïne, constamment entourée d’amis, d’oncle ou d’adultes soi-disant bienveillants, mais aussi terriblement seule.

 

 

Une inspiration puisée dans l’expérience personnelle de la réalisatrice, passionnée de films d’horreur dès son plus jeune âge, tombée dans la marmite alors que les Scream et Urban Legend y cuisaient, et fan de punk ayant participé à quelques chauds concerts dans les bas quartiers. Sans jamais se sentir à place, sur les bancs d’école comme dans la fosse avec les fanas des Bad Brains, Wexler repoussant toute idée de clique, de regroupement même au nom de l’anarchie et de l’indépendance. C’est bien là le plus intéressant de The Ranger, qui du reste déplie tout le petit attirail de la pelloche moderne trouvant ses racines dans les années 80, à renforts de lumières roses fluo, de synthés poussiéreux et de silhouettes d’un temps perdu. Le garde-chasse, costaud et aux talents variés question exécution, découle des nombreux maniaques de l’époque VHS (le film aura d’ailleurs droit à une sortie sous ce format, signe peu trompeur), tandis que les petits voyous nous ramènent à la violence urbaine de Repo Man ou Class 1984. Wexler sait aussi démembrer quand il le faut, coupant ici un pied à grand renfort de tendons arrachés, et misant là sur un suspense à l’ancienne, où un personnage avance à tâtons dans une supérette où il se sait pas seul. Mais c’est l’identité même de la réalisatrice qui permet à son premier méfait de se détacher du peloton, car toute admiratrice soit-elle des classiques eighties, elle sait ne pas s’agenouiller devant ceux-ci. En déversant sur eux une bonne louchée de drugsploitation par exemple, et en allant chercher dans les 70’s une final girl plus ambiguë, au comportement double. Chelsea sera donc à la fois oisillon affaibli par toutes les merdes dont ses amis lui bourrent le pif, et boule d’animosité retrouvant ses ailes dès que la survie s’en mêle, que les instincts hurlent à nouveau. Pas un hasard si le dernier plan dresse un parallèle avec la louve, et peut-être au fond que le méchant du film, ce ranger pédophile et si amoureux de la sylve que qui la souille en souffrira, arrive à ses fins. Son but avoué : laver Chelsea jusqu’aux os de la saleté citadine, la sevrer de l’urbanisme coulant dans ses veines. Pari réussi.

 

 

Une sensibilité à part, mais peu surprenante puisque The Ranger est une production Glass Eye Pix, société trop peu souvent citée dans nos plaines, dispensaire de vraies Séries B avec du coeur depuis bien longtemps maintenant. Des productions imparfaites, comme Beneath ou Hypothermia, mais dont le palpitant résonne jusqu’à loin, assemblées par un Larry Fessenden incarnant, lors des flashbacks, l’oncle défunt de Chelsea. Glass Eye Pix, une modeste maison de l’horreur, où Wexler s’agite depuis plus de dix ans déjà (elle a récemment fait un documentaire sur le nouveau Fessenden) et semble s’y épanouir. Elle l’a trouvée, sa place, finalement.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jenn Wexler
  • Scénario : Jenn Wexler, Giaco Furino
  • Production : Larry Fessenden, Jenn Wexler, Heather Buckley…
  • Pays : USA
  • Acteurs : Chloë Levigne, Jeremy Holm, Granit Lahu, Jeremy Pope
  • Année : 2018

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>