Scary Tales

Category: Films Comments: No comments

Scary Tales ! Au moins les intentions de Doug Ulrich et Al Darago, confectionneurs de zéderies amateurs shootées au caméscope, sont elles claires : ces deux-là ne sont ni là pour vous faire pleurer, ni pour vous pousser au fou rire. Pas dit cependant que vous ne finissiez pas touchés par les malheurs qu’ils cachent dans leur petit film de 93, ni que la risette ne vous rattrape pas.

 

 

Notez que je dis ça par habitude quant aux effets du shot-on-video sur la population, dont la réaction part soit dans la moquerie pure, soit dans la détresse larmoyante. Des comportements quelquefois compréhensibles, tous les auteurs de SOV n’ayant pas le recul nécessaire pour se rendre compte de leur ridicule – notez que certains en jouent – ou percevoir à quel point il ne se passe strictement rien dans leur soi-disant production. Sans être particulièrement palpitant, Scary Tales a au moins pour lui de ne jamais s’enraciner trop longuement dans une situation, et découpe ses 70 petites minutes en trois, à la faveur d’une structure empruntant au film à sketchs. Dans ce que l’on suppose être une grotte ou une nécropole, un moine planqué dans la pénombre, dont on ne discerne que la bure et les yeux lumineux, fait la lecture à quelques enfants. Des sombres contes. Le premier sort ses beaux bijoux, penché sur l’éclat du collier de Satan (coquet, va!), que déterrent deux propres à rien alors qu’ils cherchaient pièces de monnaie et métaux à revendre. Ne vous attendez pas à un bracelet incroyable, le collier du Démon n’étant jamais qu’une chaîne en or de rital, avec un espèce de fleur au centre. Plus adapté au cou de ma grand-mère qu’à la nuque du baron des enfers, mais soit. Ignorant que le joyau trouve ses origines dans des puits de lave, le jeune homme se le passe au cou et voit son humeur changer. Monsieur grogne, manque de se bagarrer pour une bousculade et devient irascible au possible. C’est pire la nuit, où de terribles cauchemars le tourmentent, Satan lui rendant visite pour lui cracher des flammes à la gueule, quand ce n’est pas sa concubine qui se met à lui dégueuler du sang sur la tronche. Une certaine obsession buccale à signaler. Evidemment, le héros finira sa transformation lorsque ses ongles seront devenus des griffes et que des cornes lui auront poussé sur le front, et s’en ira arracher le coeur de sa pauvre femme. Simplet au possible, mais pas spécialement dérangeant, d’autant que les effets ne sont, pour du no budget, pas mal du tout.

 

 

Des cornes encore dans le segment suivant, et sur le casque d’un malheureux à nouveau, même si ce sera de manière plus terre à terre. Cette fois, c’est une épouse infidèle qui les offre à son mari, couchant en douce avec son blond amant, sans oser en toucher mot au pauvre cocu. « Il vient de perdre son emploi, lui annoncer que je le quitte maintenant… Non, il ne le supporterait pas. » Tu l’as dit. Car en découvrant un petit mot d’amour bien corsé dans la poche de sa nénette, où son rival de coeur se réjouit de leur galipettes de la nuit dernière, le déshonoré rapplique au domicile de l’amant, tue celui-ci d’une flèche puis égorge l’indélicate à la machette. Et tant qu’il y est, autant s’occuper du voisinage, lors d’un porte à porte meurtrier où l’on décalque du jardinier, où l’on décapite du quidam. Où l’on fend en deux un violeur avant de poignarder sa victime, quand on ne va pas écraser le ciboulot d’un gros redneck buvant sa bière au jardin. Bravo Scary Tales, tu viens de nous pondre le slasher le plus basique qui soit, et vu le QI négatif que se paie généralement le genre (et c’est une qualité, entendons-nous bien) c’est un fameux exploit que tu viens de faire là. En outre, le film prouve sa belle envie de glavioter des effets gore, toujours rudimentaires mais généreux dans leurs louchées. Et puis, quelle audace de faire un zoom sur le nombril d’une victime obèse, comme si l’objectif désirait rentrer dans l’orifice, sans doute plein de restes de Chipitos et de croûtes de pain. Pour ça, merci.

 

 

Reste que jusque-là, l’affaire de Darago et Ulrich n’a pas dévoilé un caractère particulièrement affirmé. Vous savez que mes penchants les plus voyeuristes apprécient ces plongées dans la vie des auteurs – car les décors sont leurs propres maisons et quartiers, n’en doutez jamais – mais cela ne doit pas empêcher ceux-ci de se sortir les doigts et les prévenir d’historiettes originales. Par bonheur, le dernier chapitre est aussi le plus inhabituel, récit de la perte de bon sens d’un père de famille délaissant femme et enfant pour un jeu vidéo qu’il ne parvient à finir. Bloqué au niveau 20, il fait tourner son ascension jusqu’au 21 à l’obsession, et aucune complainte de ses proches ne saurait le détourner de sa mission. Lorsqu’il arrive enfin au but, c’est pour se rendre compte que le fameux niveau 21 n’est pas comme les autres, et aspiré dans son ordinateur, désormais flanqué d’une armure de centurion en plastique, il va devoir suer pour boucler son épopée. Les nains, gobelins, ninjas, barbares et sorciers sur sa route sont désormais plus que des pixels sur un écran, et leurs boules de feu (du papier journal que l’on fait flamber) et glaives font des dégâts irréversibles. Mieux vaut donc éviter le game over… Rigolo, même si on n’oublie jamais que notre pro gamer n’est pas tout à fait sur des terres fantastiques, mais bien dans son arrière-cour à devenir la risée de ses voisins. Mais il faut souffrir pour l’art de la Série Z, et gageons que sur ce coup les réalisateurs se sont fait plus de mal que leur audience avec Scary Tales, oubliable mais mignon comme tout.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Al Darago, Doug Ulrich
  • Scénario : Al Darago, Doug Ulrich
  • Production : Al Darago, Doug Ulrich
  • Pays : USA
  • Acteurs : Al Darago, Doug Ulrich, Ilene Zelechowski, Mark Shapiro
  • Année : 1993

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>