Assmonster : The Making of a Horror Movie

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Qui de mieux que Bill Zebub, dont le passe-temps (on n’ose parler de job) est de buriner de microscopiques productions amateures qu’il ira ensuite vendre aux conventions horrifiques du pays, pour envoyer un tacle filmique à ces réalisateurs improvisés fauchant la caméra de beau-papa pour torcher, en une matinée grand max, une zéderie qu’ils refourgueront pour 30 dollars à ces mêmes conventions ? Personne, d’autant que conscient de ce qu’il est, le diablotin du Z à court de petites coupures fait de lui-même la première cible de son Assmonster : The Making of a Horror Movie (2006).

 

 

Bill Zebub est de ces gars dont l’oeuvre ne peut, par définition, causer qu’à trois ou quatre clampins, qui doivent réunir des centres d’intérêt très précis pour avoir une chance de fondre pour le cinoche du Texan. Si vous êtes un acharné de la production indé – et par indé, je veux dire sans un brouzouf, shootée dans la cuisine du réalisateur, qui sera aussi cameraman, cantinier et comédien parce qu’il n’a pas assez d’amis pour passer devant l’objectif – mais que vous n’avez pas l’âme d’acier d’un métalleux, il vous sera ardu de plonger profondément dans l’océan d’insanités du Billou. Et l’inverse est aussi vrai : posséder une belle tignasse, des t-shirts de groupes underground pratiquant le chant à la mode évier qui se débouche et avoir la nuque qui craque à force de headbanging sauvage ne suffira pas à rentrer dans l’univers de Zebub si vous n’êtes pas équipés d’un solide amour pour l’horreur gradée Z. Plus généralement, si vous êtes facilement offusqués, que votre notion de l’humour ne passe jamais par-dessus les clôtures des champs du politiquement correct et que votre vision du monde est la même que celle de Sandrine Rousseau, vous allez passer un très mauvais moment en la compagnie de cet offenseur professionnel, dont la société de production aurait tout aussi bien pu s’appeler Trigger Warning tant son projet semble être de vexer un maximum de monde en un minimum d’efforts. Quand ses pelloches ne sont pas de gros crachats projetés à la gueule du Nazaréen (Jesus, the Total Douchebag, Jesus Christ, the Rapist, Jesus, the Daughter of God), elles se font fientes fumantes larguées sur le pas de la porte du féminisme (dans sa filmo, on viole à tour de bras, les filles se dénudent pour un oui et même pour un non, et les petits copains finissent systématiquement par tromper leurs concubines). Pour changer un peu, au mitan des années 2000, celui qui débuta sa carrière via un fanzine mélangeant death metal et bimbos à poil (en voilà au moins un qui savait déjà ce qu’il voulait faire plus tard) décide de se coucher sur le dos, de lever le cul vers le ciel et de se caguer à la face avec Assmonster, parodie du milieu de la production sans le sou autant que gros majeur qui lui est adressé. Pas du genre à chercher bien loin son inspiration, Bill Zebub se tourne vers son petit nombril et y déterre de sa propre expérience, au point de s’offrir le rôle principal, celui de… Bill Zebub, tiens ! Assis sur un banc à ne rien foutre de sa vie, le gugusse est rejoint par un certain Lou Siffer, venu à sa rencontre pour lui refiler un DVD de son dernier film, qu’il espère voir chroniquer dans son zine Grimoire of Exalted Deeds. Pas trop chaud le Billy, car même s’il n’a rien contre la Série B, bien au contraire, son canard est « a death metal magazine for assholes… written by assholes », et ne s’occupe donc pas des films d’horreur tournés pour trois roupies dans un potager. Ah, changement de programme : le regard de Zebub a croisé celui de deux gonzesses à oilpé placées sur le boîtier du DVD, et l’éditeur devient soudainement très intéressé à l’idée de visionner la galette et de lui consacrer une page ou deux…

 

 

Partageur, Bill invite à la séance deux potes à lui, le gentil et tout aussi branché gros son Rocco, et le râleur né Ed, profession producteur, mais qui n’a jamais rien produit de sa vie. Pas forcément happé par la bande offerte par Lou Siffer, le trio se rend bien vite compte que si ce nazebroque parvient à vendre quelques DVD-R en festival avec un bidule mal fichu, mal joué et mal shooté, eux peuvent sans doute faire des étincelles sans se fouler des masses. Puis pour un pervers fini comme Zebub, ce sera là l’occasion de rameuter quelques délurées dans son salon pour leur pétrir la pâte. Alors on passe un petit coup de fil au grand méchant Lou pour lui demander conseil sur la meilleure tactique pour s’entourer de Scream Queen aux soutifs mal attachés. Ca tombe bien, Siffer est justement en train d’ajouter un nouveau direct-to-video à son CV, qui ressemble en tous points au précédent (deux pornstars en train de se faire des frottis dans la chambre à coucher), et lui assure qu’il n’y a rien de plus facile que de trouver des nanas prêtes à se désaper, même pour une ruine de production. Tout d’abord, viser les malheureuses récemment faites cocues par leur boyfriend, elles sont prêtes à tout pour se venger. Ensuite leur demander d’appeler leurs copines les moins frigides, les piéger plus ou moins en leur promettant du softcore gentillet, ou leur faire croire qu’on shoote un premier film d’étudiant arty pour les amener à donner dans le full frontal. Zebub prend bonne note, met ses potes sur le coup et lance un casting, auquel sera convié un chauve malsain (que les connaisseurs en metal de la mort identifieront comme Craig Pillard, ancien hurleur d’Incantation, désormais dans Disma), accepté parce qu’il veut bien prêter son matos. Première surprise, sur les quelques centaines de cocottes s’étant proposées par e-mail, seulement quinze débarquent. Et une seule passe le casting, en roulant une grosse pelle bien baveuse à Bill et en lui faisant palper son petit cul, non sans avoir taillé une pipe au fameux Pillard avant cela. Bizarre, tout de même… La faute à Ed, producteur pathétique qui assura aux filles que pour avoir le rôle il faut passer dans la couchette de Zebub, qui n’avait pourtant jamais rien dit de tel.

 

 

Leur petit film, Assmonster, récit simpliste d’un maniaque sexuel bouffant des culs après avoir hypnotisé ses victimes, est donc mal embarqué, et la suite du périple sera bien évidemment faite d’une dizaine de mésaventures. Bill devra endurer toutes les plaies d’Egypte s’abattant d’ordinaire sur des productions du type, comme la comédienne malhonnête ratant ses prises pour qu’une deuxième journée de tournage lui soit facturée et que son salaire s’en retrouve doublé. L’amie d’enfance acceptant de jouer le jeu mais incapable de respecter les directives du patron. Le compagnon d’une fifille présent sur le tournage et critiquant toutes les décisions du réalisateur, allant même jusqu’à lui coller une avoinée lorsque Bill se montre trop sévère avec sa chère et tendre. Sans compter sur une équipe technique qui n’en est pas une, foire les cadres, laisse tourner la caméra pour rien et vide la batterie, foutant en l’air des journées de tournage entières. Et puis il y a la vie privée du Zebub, qui prend la flotte de toutes parts, sa petite amie n’aimant pas faire la bête à deux dos dans le silence mais ne supportant pas non plus le death metal de son jules, qui pour sa part n’arrive pas à avoir la trique avec la pop qu’apprécie sa moitié. Dur dur… Et pire encore quand Madame découvre que Monsieur profite de son statut d’acteur/réalisateur pour fourrer sa langue dans la bouche de toutes ses comédiennes… D’ailleurs, Lou Siffer avait vu juste : en guise de revanche, la cocotte ira tourner un film érotique chez lui. Fâché avec sa femme, en très mauvais terme avec son ami Ed, en bisbille aussi avec Rocco, Bill semble tout perdre pour Assmonster. Et donc pour rien, car laissée trop longtemps dans une bagnole en plein cagnard, les cassettes du film, en route pour son montage, ne sont plus qu’une fondue noirâtre aux rushs irrécupérables. La morale de l’histoire ? Ne jamais mettre ses amitiés en jeu pour un peu de gloire et un billet facile. Et aussi « les potes avant les meufs », credo qu’embrassait déjà notre auteur dans Metalheads : The Good, The Bad, The Evil.

 

 

Auteur, le grand mot est lâché. Il est pourtant adéquat, car avec ses marottes, ses décors déjà utilisés dans ses autres productions, son sens du dialogue bien réel (Assmonster n’est pas fin, et même très joufflu, mais on y ri parfois si l’on accepte le délire), ses figures récurrentes et sa manie de se pencher sur des sous-prolétaires glandeurs un peu salauds mais pas dénués de coeur en général, Bill Zebub se crée une œuvre. Qu’il lui soit permis d’en être fier est une toute autre histoire, mais une œuvre tout de même, personnelle, unique. Nauséabonde diront ses détracteurs, et dans la crypte nous ne sommes nous mêmes pas bien certains d’avoir envie d’encourager le mecton dans ses délire à base de viols, tout comme on y goûtait déjà fort peu chez W.A.V.E Productions. Mais Zebub est malin, au point de cacher sa roublardise derrière une grosse couche de conneries et un air bêta. Assmonster en apporte la preuve : véritable mise en abyme dans une mise en abyme, Bill y critique ces metteurs en scène improvisés… tout en laissant volontairement traîner une perche à l’écran, comme s’il voulait en premier lieu se moquer de lui-même. Pas illogique : le gazier a souvent déclaré que ce qui l’insupportait plus que tout autre-chose étaient ces culs serrés se prenant trop au sérieux. Espérons pour lui que personne ne prendra son film au premier degré, même si cela semble difficile à faire avec le deuxième chanteur de Cannibal Corpse dans le cadre, retenant des rires pas même coupés au montage, les improvisations de Zebub et le ton général, porté sur la gaudriole et la libération des seins. 99.9 % de la population détestera. Les 0.1 % restants savent, eux, que le plaisir de Bill Zebub tient justement à les voir se plaindre de son caractère de poil à gratter. Si on l’accepte, que l’on s’intéresse aux coulisses de la production indé – le portrait fait par Assmonster est probablement peu éloigné de la réalité, surtout lorsqu’il s’attaque à des scream queens écoeurées par leurs fans mais ravies de vider leur larfeuille pour trois photos signées – et que l’on sait apprécier une pelloche uniquement constituée de causeries sur canapés entre vrais fans (leurs t-shirt affichent Autopsy et non pas Trivium, The Story of Ricky plutôt que The Walking Dead), tout cela est on ne peut plus plaisant. En tout cas plus que les bazars chiants pondus par Kevin Smith, dans un genre pas si éloigné.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Bill Zebub
  • Scénario : Bill Zebub
  • Production : Bill Zebub
  • Pays : USA
  • Acteurs : Bill Zebub, Rocco Martone, Ed Bowkey
  • Année : 2006

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