Big Tits Zombie

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Avec toute la politesse, tout le respect et tout le calme dont il fait preuve en public, le Japonais a bien le droit de se laisser aller, dans l’intimité de son deux pièces, à quelques déviantes obsessions. Comme les poitrines de la taille d’une montgolfière, les pieuvres violeuses et on en passe des pires. Puisque leur terre peut à la fois être celle de la réserve et celle des petites culottes d’étudiantes mises à la vente, on ne tombe pas du tatami en découvrant sur leurs étals une oeuvrette comme Big Tits Zombie (Kyonyû doragon: Onsen zonbi vs sutorippâ 5, 2010), adaptée d’un manga dont vous ne retrouverez sûrement pas les chapitres dans Le Petit Spirou.

 

 

Qui d’ailleurs pour encore jouer les étonnés ? Car cela fait des lunes et des lunes que l’on sait que la Série B japonaise a l’habitude de dérailler et foncer dans le décor, proposant au passage des séquences folles, jamais vues ailleurs. On parle ici des revenants sortis des chiottes, des vers solitaires mutants et des héroïnes propulsées dans les airs à la force de leurs pets, du par ailleurs très chouette Zombie Ass. Des rayons lasers crachés par le vagin d’une spécialiste de la natation dans le très érotique Undead Pool. Des hommes harengs ou de ces sushis dentés virevoltant d’un bout à l’autre du cadre de l’ultra divertissant Dead Sushi. De cette chaise faite en chair humaine et urinant sur un public ravi dans Tokyo Gore Police, aussi connu pour planquer sous sa pellicule une femme dont l’entre-jambe mute en une gueule béante de crocodile. La foire au nawak, un tourbillon d’excentricités auquel le spectateur « de base », même en grande entente avec le fantastique, a parfois bien du mal à adhérer, rebuté par un manque de budget criant, des acteurs faisant exprès de mal jouer, des films trop longs (beaucoup de ceux-ci flirtent avec les deux heures) et un état d’esprit très galopin. Est-ce que Big Tits Zombie a les hanches assez solides pour prendre la place du Messie et faire voir la lumière à tout ce petit monde, pas encore passé du côté nippon de la force ? Sans doute pas, tant le travail de Takao Nakano se prive lui aussi de méninges, se roule dans la fange d’un gore cheap et se plaît à mettre tous les compteurs du cabotinage dans le rouge, à grands renforts d’actrices grimaçantes et heureuses d’en faire des tonnes. Sauf que cette fois l’affaire ne s’étire pas plus que nécessaire et ne dépasse pas les 70 minutes, sans jamais tenter de se trouver une respectabilité dans le dur passé de ses héroïnes, les films précités ayant, eux, tendance à se dramatiser inutilement, avec pour seul effet de perdre un peu de leur énergie dans l’opération.

 

 

Etant court, Big Tits Zombie se simplifie la vie et se garde bien de mettre tout le malheur du monde sur les épaules de ses protagonistes, cinq femmes plus ou moins jeunes, forcées de bosser dans un minuscule strip-club d’une ville de campagne. Autant dire qu’elles n’y gagneront qu’un maigre sou… Si Lena (Aoi Sora, venue du porno) se retrouve à s’effeuiller pour le plaisir de vieux pervers ou faire juter des yakuzas à la petite semaine, c’est parce que son voyage au Mexique ne s’est pas passé comme prévu, et que le retour au pays se fait difficile, la jolie ayant en outre la fâcheuse tendance, après un ou deux sakés, à coucher avec le premier venu. Plutôt que de se réveiller encore et encore dans le carton du clodo local, autant rejoindre le fameux foyer de strip-teaseuses, minuscule mais débordant de vie. L’intrigue s’en tiendrait là et se contenterait du modeste quotidien de nos poulettes qu’on ne s’en frustrerait pas, d’ailleurs, tant il est agréable de les suivre dans leur petite routine. Mais il faut bien que ça dérape, et sous leur niche se trouve un puits menant directement aux enfers, qu’elles découvrent en même temps qu’un antique bouquin servant de manuel pour ramener les morts à la vie. Après, ça vire Evil Dead pour un moment. Maria, la gothique aux bras lacérés de service (un stéréotype fréquent de ce type de productions), comme de juste attirée par la mort et la dévastation, récite quelques viles absoutes en latin et pousse les défunts de tout le Japon à sortir de leur humus. Se découvrant un caractère de dictateur et persuadée, à raison, que les zombies lui obéiront tant qu’elle sera en possession du sinistre grimoire, la suicidaire se fait cheffe des armées putrides, ce que Lena et ses anciennes copines n’apprécient que modérément. La riposte sera bien entendu musclée, à la tronçonneuse et au katana, histoire que gicle le sirop goût fruits des bois (un peu) et le sang numérique (beaucoup) de ces morts-vivants sommairement maquillés. Et que volent les têtes en plastique, rebondissent les masques de zomblard probablement récupérés à un magasin de farces et attrapes, et se répandent au sol les entrailles factices, faites de saucisses de Francfort et d’intestins en caoutchouc ! Quant au titre, il sera justifié par quelques plans des poitrines des demoiselles aspergées de gros rouge suite au démembrement de l’ennemi living dead. Notre habituel repas du lundi, et comme toujours c’est moins dans la qualité des mets, réchauffés, que dans le dressage que cela se jouera, dans la capacité qu’aura ou n’aura pas Nakano à nous éblouir par quelques bonnes idées, voire un peu de neuf.

 

 

Hourra, Big Tits Zombie se fait bonne pioche en la matière. Vif, rigolo, bien torché dans ses combats, attachant (les mamzelles sont sympas comme tout et ont un background bien dosé, puisque jamais envahissant), il se permet en outre, et comme tous ses compères du pays, quelques séquences que l’on ne trouvera que dans sa gargote. Comme l’arrivée tardive d’un démon bleu, sorti de la fournaise satanique pour régler une situation dramatique en deux lignes de dialogues. Fallait oser. Tout comme il fallait oser faire de la plus tendre et douce des filles le macchabée le plus indécent, dévoilant une vulve zombifiée crachant des flammes. Avant cela, et on aura mangé des sushis de luxe sur le corps dénudé d’une nymphe, et on retournera à table de la même manière mais cette fois pour planter des doigts bleutées par la mort dans les entrailles d’une pauvre maîtresse de maison. Joli. De toute la japan horror se la jouant manga délirant, on tient sans doute là le plus facile d’accès, Nakano s’inspirant en outre d’une vague Grindhouse alors très en vogue en y allant de son générique d’ouverture à la pelloche endommagée et aux sauts d’image. Pas de quoi faire du bidule la nouvelle coqueluche du fantastique, tant les éléments de ce gros plat de nouilles continueront de rebuter un public peu habitué à la méthode asiatique. Encore que, on me souffle dans l’oreillette qu’un remake de l’excellent One Cut of the Dead aurait été fomenté par Michel Hazanavicius. C’est dire si tout peut arriver, même si on voit mal Big Tits Zombie se faire vernir ses ongles incarnés par Abdellatif Kechiche pour une future montée des marches…

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Takao Nakano
  • Scénario : Takao Nakano
  • Production : Seiji Minami, Hideaki Nishiyama
  • Pays : Japon
  • Acteurs : Sora Aoi, Risa Kasumi, Mari Sakurai, Tamayo
  • Année : 2010

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