Shriek of the Mutilated

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C’est bien connu : le yéti, personne ne l’a jamais vraiment vu, et d’ailleurs ceux qui l’ont vu ne l’ont pas vraiment vu non plus. Le bourlingueur des cinémathèques branchées Z et des vidéoclubs les plus pisseux sait bien qu’il ne trouvera pas la bête à poil long dans une VHS, puisque les Séries B des 70’s branchées snowbeast et compagnie, et il y en a, se sont le plus souvent refusées à le mettre sur le devant de la scène, le laissant à l’ombre des conifères. Plus courageux que le reste du peloton duveteux, Shriek of the Mutilated (1974) ose le filmer sans détour… pour mieux dévoiler les imperfections du costume. Surprise, c’est très volontaire de la part des époux Findlay.

 

Attention gros spoilers inside!

 

Il y a des soirs comme ça, où on tournicote, on flotte dans nos antres sans trop savoir ce que l’on va y faire, nous autorisant deux petites heures que l’on ne sait comment remplir. Le temps que l’on se décide, il ne nous reste déjà plus qu’une heure et demie. Alors on se presse, on se décide à la hâte et, forcément, on se rate. Nos sens d’ordinaire aiguisés ne sont plus, et on empoigne le mauvais film, on mise sur le mauvais poulain comme Arachnicide (2014), zéderie à la jolie jaquette (mais à l’époque de Photoshop et compagnie, tel maquillage ne veut plus rien dire) et récit de la lutte acharnée entre quelques soldats bien équipés en plomb et des tarentules de la taille d’une Twingo. Mouais… On sent que la fine équipe derrière ces mandibules a voulu bien faire les choses, les araignées ne sont pas les plus mal fichues vues dans un DTV déshérité et un effort a été consenti pour torcher un script vaguement cérébral. Dommage qu’on s’y fasse tant chier, que ces colloques entre généraux et scientifiques nous rappellent les pires heures de nos cours de biologie, que les bestioles prennent dix plombes à quitter leur toile, et que visuellement notre bazar s’en tienne à une triste pénombre. Et puis, et c’est tout personnel, mais je n’en peux plus de ces B-Movies militaristes, où des bidasses peinturlurées vident des chargeurs entiers sur les murs et passent plus de temps à ramper dans des couloirs déserts ou des jungles de moins de deux kilomètres qu’à croiser du streum. Alors on martèle sa zapette, on accélère comme des beaux dingues, on se rend compte que l’on perd notre temps et on passe vite à autre-chose avant que ne sonne l’heure du coucher. Mais sur quoi se rabattre ? Razorteeth ? Les frères Polonia ont belle presse dans cette crypte vénéneuse, mais je n’ai pas mon maillot et le petit laïus de départ laisse présager la présence d’arquebusiers des temps modernes dans cette histoire de manheater fish. On garde ça pour une autre fois, donc. Vampire Vixens from Venus ? On garde au chaud aussi, d’autant que le mélange Vénusiens / Michelle Bauer a de quoi soulever la curiosité. Mais c’est finalement dans la fourrure de Shriek of the Mutilated que je suis allé me rouler. Ne me demandez pas pourquoi. Peut-être un nom tintant joliment à l’oreille, ou la présence des époux Findlay à la barre, le couple étant plutôt intéressant lorsque l’on accepte de se pencher sur son cas. Et puis dans un monde de bigfoot movies et de pelloches sur des bonhommes des neiges que l’on n’aperçoit que derrière un voile de flocons, à l’arrière de blizzards masquant le monstre pour lequel les masses s’étaient déplacées, le beau poster du film, sur lequel le chaînon manquant entre l’Homme et le singe lève la patte en faisant coucou, nous laisse supposer que la snowbeast fera plus que de la figuration.

 

 

Lorsque Shriek of the Mutilated sort, cela fait quelques années que les Findlay sont sortis de derrière le rideaux pourpres de la pièce interdite aux moins de 18 ans. Les époux ont débuté dans le dénudé, veulent maintenant se faire une petite place au chaud dans l’exploitation sanglante, et on les retrouvera plus tard, ensemble ou séparés par la mort (Michael décédera, on le rappelle, dans un accident d’hélicoptère en 77), sur Snuff ou Blood Sisters. La mode étant au sasquatch depuis 1967 et le documentaire Bigfoot, autant envoyer sa propre boule de poils poussiéreux dans les jambes d’étudiants en voyage d’étude, et dont le but est de revenir avec quelques clichés du grand singe, parait-il installé dans la large réserve naturelle d’un riche bonhomme ressemblant à John Carpenter. Le fortuné gugusse n’étant pas contraire, il autorise le professeur et ses ouailles à passer leur mois d’avril, étonnamment froid, à traquer la bête sur son sol. Méfiance, cependant ! Car sept années auparavant – ce qui nous amènerait en 67, pile poil pour se cramponner au documentaire précité – une précédente expédition, menée par le même professeur, ne laissa que peu de survivants derrière elle. Le seul rescapé crie d’ailleurs à qui veut l’entendre à quel point les sautes d’humeur du yéti sont mortelles et qu’il vaut mieux se garder de le chatouiller. Rendu fou et alcoolique par cette sinistre expérience, le bonhomme finit par user du couteau à pain sur sa petite copine, qui en réponse vient lui ruiner son dernier bain en balançant un grille-pain dans l’eau. Une séquence assez gratuite, plutôt risible (le fil du grille-pain est sacrément long, et voir la demoiselle ramper au sol en le poussant jusqu’à la salle de bain ne plaide pas pour le sérieux de Shriek of the Mutilated), dont le seul but est évidemment d’apporter un peu de violence dans un petit budget pas décidé à dégainer trop vite son animal.

 

 

Car il ne nous faudra pas être trop pressés dans cette nature gelée, Michael Findlay souhaitant dérouler des bases scénaristiques plutôt saines, s’attardant sur la psychologie du fameux professeur, prêt à tout pour revenir avec la preuve de l’existence du yéti. Y compris à récupérer des membres arrachés des victimes de la créature pour mieux l’appâter, ou à agrafer des cadavres aux arbres pour la faire sortir de son trou. De quoi créer une sale ambiance, encore alourdie par un indien mutique et à la lèvre tombante, très doué lorsqu’il s’agit d’apparaître dans le dos des étudiants, comme de juste tous sur les nerfs. Fille à Lunettes, Etudiante Sérieuse, Bon Elève et Beau Brun – n’attendez pas de moi que je me souvienne des blases des cocos, mon attention ne va pas jusque-là, surtout après la plaie Arachnicide – tremblent donc à chaque cri nocturne de la bête, et n’en mènent pas large lorsqu’ils partent à sa poursuite. Si Shriek of the Mutilated donne l’impression de vouloir s’en remettre à une tradition orale de l’épouvante, chacun des personnages prenant le micro à un moment ou un autre pour conter ses mésaventures avec le yéti (ça coûte moins cher et demande moins d’effort que de filmer tout cela), Findlay se veut aussi rassurant et dévoile assez vite son monstre, d’abord en vue à l’arrière-plan, puis de plus en plus visible au fil du film. Entre deux rires, dirais-je, car on tient là l’une des créatures les plus cheap et hilarantes du genre, tant celle-ci ressemble au croisement entre un homme de Néandertal à la gueule enfarinée et un bichon maltais sortant de sa toilette. Et je ne parle pas de sa splendide démarche, mal assurée tout en étant sautillante, digne d’un gamin malicieux prêt à faire une bonne blague, et dans tous les cas très éloignée du démon simiesque que l’on veut nous vendre. N’empêche qu’il cogne du jeunot, que les Findlay balancent quelques gros plans sur des cadavres ensanglantés, et que l’atmosphère générale fait plutôt le taf’. C’est pas Byzance, mais le genre en a connu des moins mûrs. Et surtout des moins culottés.

 

 

Peut-être parce qu’ils se rendent compte que leur bestiole ressemble plus à un père-noël de supermarché bourré au Martini qu’à une terreur sur pattes, la fine équipe bifurque brutalement à vingt minutes de l’arrivée et prend les petits chemins rocailleux. Celui du twist qui remet tout en question, modifie notre vision totale du long-métrage et vire de genre au moment où on ne s’y attend pas. Accrochez-vous, copines lectrices et amis lecteurs, car Shriek of the Mutilated quitte la grotte du sasquatch flick pour devenir… un film de secte cannibale. Car non, il n’y a jamais eu de yéti dans le bosquet de notre richard, et tout cela est une manigance de ce dernier, de son indien pas si mutique que ça et du professeur des écoles, qui appartiennent à un culte mondial de bouffeurs d’hommes. Chaque année se réunissent ainsi rois africains, empereurs indiens, et dirigeants européens pour un banquet organisé à tour de rôle par l’un ou l’autre, et où seront servis les adolescents réquisitionnés, terrorisés autant de possible avant la découpe et la cuisson. Sans doute la chair en est-elle rendue plus tendre… La chasse au poilu mute donc en une surprise party carnassière à la conclusion très noire, puisque les héros finiront dévorés, les bourgeois du bout du monde se jetant sur eux la fourchette en avant pour en faire leur bâfrée. Une bonne opération pour les Findlay, car si leur abominable snowman movie n’était pas dérangeant mais pas passionnant non plus, leur bombance tardive a le chic pour enjoliver l’image de Shriek of the Mutilated, dès lors pas le moindre des films de leur filmographie.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Michael Findlay
  • Scénario : Ed Kelleher, Ed Allum
  • Production : Ed Adlum
  • Pays : USA
  • Acteurs : Allan Brock, Jennifer Stock, Tawm Ellis, Michael Harris
  • Année : 1974

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