La Mouche Noire

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Il y a des collectionneurs d’araignées, de papillons, de scarabées, mais de mouches ? Vu que ces bestioles sont moches, se baladent sur notre nourriture et font un boucan de tous les diables, il n’y a donc aucune raison de les épargner, à priori. Mais une raison, la pauvre Hélène Delambre en a trouvé une bonne, elle…

 

Quant on évoque « la mouche », on pense forcément au film de Cronenberg, parfois sans savoir qu’il s’agit d’un remake d’un film de 1958, tout aussi classique que sa version plus moderne. Un syndrome dont souffre aussi La Chose d’un autre monde, classique des années 50 éclipsé par The Thing de John Carpenter. Mais il y avait une vie avant les années 80 et ces films gardent leur force d’antan et il est sans doute temps de remettre le premier La Mouche sur le devant de la scène et le réimplanter dans l’esprit de tous. La bestiole fait d’ailleurs partie du patrimoine fantastique américain comme en témoigne les nombreuses apparitions de la bestiole dans des dessins-animés comme les Looney Toons ou les Simpsons. A la base de la légende se trouve un livre, du même titre, écrit par le français George Langelaan. Et oui, la Mouche avec un grand M est française, preuve que le pays du bon pain et de Cyril Hanouna a su pondre de purs concepts horrifiques avant d’engloutir le tout dans une nouvelle vague d’un ennui profond et un rejet du fantastique sous toutes ses formes. C’est en tout cas un américain qui va s’intéresser de plus près à l’insecte volant, un certain Kurt Neumann. Un producteur qui aime aussi tenir une caméra et est accessoirement un bourreau de travail qui peut réaliser jusqu’à six films en une année. Des films de guerre, d’espionnages mais aussi d’aventure, avec quelques Tarzan au compteur. Et bien sûr des films de SF et horreur, comme Kronos et sa machine cubique et extra-terrestre ou She-Devil et sa femme indestructible. Mais son œuvre horrifique la plus connue, c’est bien entendu La Mouche Noire, un classique intemporel dont il ne put mesurer le succès puisque décédant juste avant sa sortie. Mort naturelle ou suicide, les sources hésitent, mais si c’est la deuxième option qu’a choisie Neumann, elle fait un bien étrange écho à son dernier film…

 

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La Mouche Noire commence de manière surprenante, comme un véritable film policier. Le corps ? Un pauvre homme avec une la tête et un bras broyés par une presse, dans l’entreprise du pauvre François Delambre (Vincent Price), plutôt retourné par la nouvelle. Et les choses ne s’arrangent pas lorsque sa belle sœur Hélène (Patricia Owens, Ghost Ship) le prévient qu’elle est la coupable de cet étrange meurtre et que la victime n’est autre que son époux et frère de François, André (Al Hedison, Le Monde Perdu version 1960). Une annonce plutôt étonnante, Hélène n’ayant pas le profil de la tueuse sans pitié, d’autant que sa vie de couple avec son scientifique de mari se passait à merveille et qu’ils avaient un petit garçon. Si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, pourquoi avoir explosé la pastèque d’André sous la presse ? Et pourquoi Hélène est-elle si obsédée par les mouches ? Autant de questions intrigantes qui sont posées dans la première partie du film, qui a la bonne idée de se présenter comme un film à mystère et qui prend le parti de commencer lorsque tout est déjà terminé. C’est dès lors via un flashback, l’histoire racontée par Hélène, que nous allons apprendre ce qui est arrivé à André, qui était en train de travailler sur un téléporteur lorsque ses atomes se sont mélangés à ceux d’une mouche, le laissant avec une tête et une main d’insecte…

 

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« Suspense » est le maître mot du film de Neumann, cela ne fait aucun doute. Le suspense rencontré au départ par le mystère entourant la mort d’André et le secret que garde précieusement Hélène, mais aussi le suspense du récit de cette dernière. Car on a beau savoir que tout cela se finit par la mort du savant, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il va se passer. Car contrairement à la version de Cronenberg où la métamorphose se faisait lentement et donnait l’impression d’une longue et inévitable chute, tout peut encore s’arranger pour André dans La Mouche Noire. Créateur de deux téléporteurs, son problème est que ses machines l’ont désintégré en même temps que la mouche et ont reconstitué leurs atomes n’importe comment. Mais si Hélène retrouve la mouche et l’amène à André, il lui reste une chance de redevenir normal en repassant avec la bestiole dans les téléporteurs ! Bon, il lui faudrait une veine de cocu car au final rien ne lui garantit que cela ne va pas empirer les choses et qu’il ne va pas se retrouver avec des ailes ou une bite de mouche, mais au point où il en est… La chasse à la mouche est donc ouverte, la bestiole étant parait-il facilement reconnaissable puisqu’elle a une tête et une patte plus blanches que celles de ses congénères. Hélène va donc mettre tout en œuvre, pressée par la déprime que se paye André, qui menace de se donner la mort. Le film devient donc une course contre la montre, plutôt difficile car on n’attrape pas une mouche comme ça…

 

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Le moins que l’on puisse dire c’est que La Mouche Noire a de solides bases scénaristiques. Ecrit par le romancier/scénariste James Clavell, le film nous met d’emblée dans nos petits souliers, dans une intrigue bien racontée, qui prend son temps pour tout mettre en place, ce qui est particulièrement confortable. Un film classique, oui, mais dans le bon sens du terme. Pouvant se reposer sur un script parfait, Neumann peut donc fignoler le reste, d’une réalisation encore une fois classique mais efficace à une direction d’acteur et artistique de premier choix. Les comédiens sont tous à leur place, même ceux qui n’ont pas grand-chose à défendre. Car si nous voyons Hélène dans la majorité des scènes et qu’une grande partie du film repose sur ses épaules, Vincent Price est plutôt là en tant qu’accessoire, comme un alter-égo du spectateur, qui ne peut que se questionner. Est-ce qu’Hélène dit vrai ? Comment vérifier ses dires ? Le personnage de Price se pose toutes ces questions et doit y répondre rapidement car, accusée de meurtre, Hélène risque l’asile, voire la pendaison, si rien ne prouve se version… Car avant de disparaître, André a effacé toutes les traces de ses expériences… Une nouvelle preuve, s’il en fallait encore, que le script est très malin puisque rebondissant toujours d’un problème à un autre. Si le but des personnages est d’abord de rendre à André son apparence humaine, cela bifurque ensuite vers la nécessité d’innocenter Hélène. Price s’attèle donc à la tâche, toujours très charismatique, même quand il en fait un peu trop. Mais c’est ainsi: Vincent Price c’est le sur-jeu et c’est pour ça qu’on l’aime !

 

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Al Hedison a forcément un peu moins à composer puisqu’il se trimballe avec un drap sur la tête une bonne partie du film. Mais il est crédible lorsqu’il est à visage découvert, incarnant un savant fou au départ plein de bonnes intentions mais qui va glisser peu à peu dans la démence. Espérant pouvoir régler tous les problèmes du monde, il devient finalement obsédé par son invention, au point de prendre des risques énormes. Il nous le montre en la testant sur un pauvre chat qui sera désintégré pour de bon, avant de l’essayer à son tour, avec le résultat que l’on sait. Un véritable génie mais qu’un grain de sable aura fait basculer totalement… Bien évidemment, les effets de cette version de 1958 ne peuvent rivaliser avec ceux du film de Cronenberg, véritable déluge gore, ultra efficace et impressionnant. Mais la tête de mouche du pauvre André fait toujours son petit effet malgré les 55 années qu’a le film, une vision culte qui aura traversé les âges, la bestiole étant toujours utilisée pour des figurines. Finalement, cette Mouche Noire garde tout son intérêt face au remake des années 80, privilégiant une histoire parfaitement rodée aux effets en tout genre et misant plus sur le mystère que l’horreur. Et si le film avec Jeff Goldblum est toujours un grand moment, il faut bien admettre que le final de cet original des années 50 est largement plus dérangeant… On vous laisse le découvrir car il vaut clairement le coup !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Kurt Neumann
  • Scénario: James Clavell
  • Titre original: The Fly (USA)
  • Production: Kurt Neumann
  • Pays: USA
  • Acteurs: Patricia Owens, Vincent Price, David Hedison
  • Année: 1958

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