Two Front Teeth

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S’en remettre au petit papa Noël pour remplir nos chaussettes de petits films d’horreur nous amène à des mises dangereuses. Avec le gros rougeaud, c’est 50/50. 50 % de chances d’avoir une vraie bonne Série B dans la besace, 50 de se ramasser un morceau de charbon. Nous n’avons probablement pas été assez sages cette année puisqu’on se retrouve avec Two Front Teeth (2006), récit chtarbé bien comme il faut d’un Père Noël vampire, ne disposant que de ses deux dents de devant. Heureusement, le charbon peut aussi réchauffer nos petits coeurs gelés.

 

 

Depuis que Don Dohler (The Alien Factor, Fiend, Blood Massacre) a fait tomber des nuées d’extra-terrestres guerroyeurs et réveillé quelques mauvais esprits dans le Maryland, Baltimore semble maudit, terre condamnée à voir se dresser les réalisateurs sans un sou, mais profitant toujours d’une réserve de faux sang bien remplie. Outre Dohler, on se souvient de son comparse Joe Ripple, qui tint la barre un temps après le regrettable décès du bon Don en tournant Sealed Fates, et de l’excellent et sympathique Chris LaMartina (WNUF Halloween Special, Call Girl of Cthulhu, President’s Day). Allons-nous devoir aussi compter avec Jamie Nash et David Thomas Sckrabulis, unis sous l’étoile nordique pour rougir la poudreuse et foutre en l’air la dinde aux marrons avec leur Two Front Teeth ? Avec Nash seulement alors, Sckrabulis ne tenant pas la distance et stoppant ses activités de vidéaste peu après ce christmas horror movie, tandis que son comparse continua son chemin glissant et se fit une petite place au chaud dans la scénarisation, écrivant par exemple une partie de V/H/S/2. On notera d’ailleurs chez Jamie un goût jamais démenti pour le foie gras des fêtes de fin d’année, lui qui signera les scripts de plusieurs téléfilms agenouillés devant le sapin, avec mouflets vivant mille aventures à l’air frais ou près d’un feu de cheminée. Nash n’a pas toujours tout misé sur le bon enfant, et avec Two Front Teeth le gazier et son pote Sckrabulis prenaient au contraire un grand soin à vicier autant de traditions hivernales que possible. A commencer par celle voulant que la fin décembre se passe en famille, le couple Snow ayant pris l’habitude de festoyer chacun de son côté. Gabe, pétrifié à la seule vue d’un jouet à l’effigie du gros barbu depuis qu’il a malencontreusement empoisonné ses parents (dont Leanna Chamish) avec des cookies à la mort au rat, se terre donc tout au fond de ses bureaux, repaire où il rédige les articles de sa petite gazette, entièrement consacrée aux faits divers et légendes sinistres entourant la saison. Quant à son épouse, justement nommée Noelle, elle pourfend sa solitude en invitant d’autres hommes dans leur petite maison, où elle pourra leur montrer ses jeux de cuisse et leur faire goûter à son pain de fesse.

 

 

Mais ces fêtes ne seront pas comme les autres, une horde d’elfes diaboliques, dont les fringues en cuir laissent supposer un réveillon SM organisé par Dodo la Saumure, s’infiltrent dans la maisonnée, décapitent l’amant de Noelle et attaquent Gabe et sa moitié. En fuite, les héros trouvent refuge chez un complotiste/cowboy/sous-Tony Todd, as de la gâchette persuadé que l’arrivée de ces petites teignes est due à Clausferatu, version Transylvanienne de Santa, pourri descendant des cheminées pour se nourrir de vos jugulaires. Le seul moyen de se débarrasser du gredin se trouverait peut-être dans le nez rouge et magique du rêne Rudolph, que le cowboy récupéra après que l’animal se mangea un Boeing alors qu’il galopait tout là-haut dans le ciel, causant une véritable catastrophe et un crash en pleine forêt. Ca ne s’invente qu’à Baltimore, des trucs pareils. Ne pouvant que difficilement échapper aux elfes, qui ont implanté un émetteur en forme de bonhomme de pain d’épice dans le pied de Noelle pour les suivre à la trace, et devant aussi composer avec des nonnes ninjas (!!!), les Snow n’auront d’autre choix que de prendre les armes et rendre coup pour coup dans un Two Front Teeth aussi délirant que Z. Une surprise pour personne, tant les pelloches misant sur des idées toutes plus folles les unes que les autres sont généralement vouées à la misère la plus totale. La différence se fera toujours en fonction des capacités qu’ont les auteurs à transcender leur budget, à fournir plus qu’une suite ininterrompue de dialogues sous-écrits dans un cagibi mal éclairé, avec de temps à autres l’arrivée d’un lanceur de couteaux sanguinaire.

 

 

Nous sommes en veine : Nash et Sckrabulis sont des passionnés, des vrais, dont le but n’est pas de plier vite faite une bande, la coller sur disque et se faire un peu d’argent de poche en la vendant à la sauvette. Non, ces mecs ont la foi brûlante, et l’envie de fournir le maximum alors même qu’ils n’ont que le minimum dans le maroquin. Deux ou trois lieux de tournage, le plus souvent en intérieur, les copains pour faire de la figu ou se maquiller en streum baveux, des effets spéciaux maison, un bricolage de tous les instants et de l’huile de coude comme s’il en pleuvait. Cela suffit bien si l’on sait insuffler la juste dose d’énergie dans son travail, et que les personnages se font attachants. Ce que Two Front Teeth parvient à faire sans trop de mal. C’est vrai que l’ensemble grince pas mal, que les acteurs ne piétineront jamais leur étoile sur Hollywood Boulevard, que la technique laisse un peu à désirer (même si les éclairages ne sont pas mauvais pour de l’indé amateur), que le tout se fait parfois un peu mou et que l’humour très juvénile peut lasser au bout d’un moment, surtout lorsque le véritable Père Noël déboule pour faire quelques prises de karaté à son alter ego vampire. Faut aimer, on va dire, ou au moins avoir gardé une âme d’adolescent. Ce n’est d’ailleurs jamais dans ces soubresauts stylistiques et totalement gratuits du script que ce petit film gagne ses médailles, même si cela ne nous dérange pas nécessairement de voir l’intrigue vaguement bousculée par l’arrivée de bonnes sœurs maniant le saï et le shuriken. Non, là où cette grosse boule de neige nous frappe en plein visage, c’est dans la relation entre Gabe et Noelle, qui part de la haine pure (Noelle méprise son conjoint trop absent, et Gabe songe à la liquider) pour peu à peu, au fil des combats avec les forces du mal, retrouver de ses couleurs d’antan, lorsque l’amour se faisait ardent. Rien d’extrêmement original, mais c’est touchant et ne saurait faire de mal à une Série Z de se garnir d’une pincée de bons sentiments. Cela va avec la saison.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David Thomas Sckrabulis, Jamie Nash
  • Scénario : Jamie Nash
  • Production : Jamie Nash, Rob Content
  • Pays : USA
  • Acteurs : Johnny Francis Wolf, Megan Pearson, Michael Brecher
  • Année : 2006

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