Christmas Evil

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Débarqué à l’orée des années 80, ce qui en fait bien malgré lui l’un de ces pionniers ayant creusé du bout de leur lame le genre du slasher flick, Christmas Evil (1980) est aussi de ces maniaques restés à se les geler sur le porche pendant que ses camarades plus fructueux faisaient à l’intérieur une bringue dont les échos se font toujours entendre aujourd’hui. La faute à un terrible quiproquo : malgré ses haches et poignards fermement tenus sur les différents visuels du film, celui qui fut tourné sous le titre Better Watch Out doit plus aux nocturnes flâneries de Martin Scorsese qu’aux coups de surins dans le névé de Bob Clark.

 

 

Et l’incompréhension de se répandre comme une mauvaise grippe dans les rangées des salles obscures, puis plus tard sur les étals de VHS ou dans les lecteurs DVD, et votre serviteur, encore loin d’être croulant mais qui a déjà son petit kilométrage, se souvient que la sortie de cette sombre nativité en combo avec le Mad Movies s’était accompagnée de nombreux commentaires de déçus, arguant que ce n’était pas là un film d’horreur. Vrai que Christmas Evil n’est pas la Saint Barthélémy et se satisfait d’un œil crevé, d’un étouffement et de quelques coups de hachette sur le toupet. Trop peu au regard du spectateur carnassier de base, et à plus forte raison de celui abonné aux buffets dont on ne voit pas le bout du slasher, où une pendaison avec les tripes ou un empalement au pique-feu tombe tous les trois pas. Dans ce Noël diabolique, il faut attendre cinquante minutes avant que quelqu’un s’effondre sous la violence d’un détraqué en maraude, et cela laisse tout le temps nécessaire aux pressés – qui, il faut le rappeler, constituent à vue de nez 85 % des fantasticophiles, souvent aimants d’un rythme enlevé – pour passer à autre-chose et retrouver les massacres des camps d’été, dont le jus d’airelles est toujours aspergé dès l’entrée. L’ennui, c’est qu’avec ses airs de brute épaisse faite film – les affiches dévoilent soit une main de Père Noël tenant un schlass, soit le même Santa Claus sortant de sa cheminée, des objets contondants plein la hotte – Christmas Evil repousse le public qui lui aurait été le plus fidèle, celui friand d’un cinéma un peu arty et ne goûtant que rarement au sel de l’exploitation. A Lewis Jackson de payer les pots cassés, le réalisateur et scénariste du film ne touchant plus une caméra après ce solstice enténébré, malgré des promesses de projets à venir. Qui ne viendront jamais… Le come-back de cette production indé en Blu-Ray grâce aux bons soins de Carlotta sera donc une bonne occasion de rattraper le retard pour ceux qui se tinrent à grande distance de la barbe blanche meurtrière.

 

 

Edition impeccable par ailleurs, comme souvent avec l’éditeur, qui a été piocher dans les précédentes sorties ses bonus (dont des entretiens orchestrés par Troma avec le réalisateur et son premier rôle Brandon Maggart), déterre les avis négatifs des spectateurs à la sortie du film dans les 80’s et se fend d’un commentaire audio naturel et très plaisant entre Jackson et John Waters. Du bon boulot, mais on en attendait pas moins. Reste évidemment le plat de résistance, le film en lui-même, qui a toujours eu belle presse dans la crypte. Cela ne changera pas cette année, Christmas Evil restant un beau petit monument d’étrangeté, un cas à part dans la production de l’époque, et évidemment une erreur de classification puisque cette tournée des cheminées à autant à voir avec le slasher qu’Aya Nakamura avec l’intellect. Lent, voire traînant, Christmas Evil rejette la frénésie adoptée par le genre à l’époque, et dégage bien loin les citrouilles creusées de Carpenter pour prendre pour exemple Taxi Driver, avec lequel il partage ses grandes lignes. Celles que parcourt un adulte à la dérive, le pauvre Harry, obsédé par les fêtes de fin d’année depuis qu’il a vu son père déguisé en Santa besogner sa mère, et ne comprenant plus le monde dans lequel il erre. Peu à peu persuadé d’être le Père Noël, il finit par arpenter les rues en quête de bons enfants à couvrir de cadeaux… et de mauvais garçons à punir. Travis Bickle avec un bonnet rouge, pour aller vite, et cette même façon de filmer un New York pâle et morose, même enguirlandé et décoré de loupiottes de toutes les couleurs. Comme De Niro en son temps, Harry traque la crasse, œuvre pour un monde meilleur, si loin de soupçonner la folie dans laquelle il patauge, à quel point ses actes dirigés par la recherche d’une bonté pure sont malsains. Et lui donnent des airs de pédophile endormi.

 

 

Pris dans son rôle de petit papa Noël, Harry descend du ciel pour surveiller les mômes de son quartier, se postant sur les toits environnants, jumelles en mains, scrutant les faits et gestes des petits dans leur chambres. Moss, le garçonnet d’en face à l’hygiène douteuse et qui nourrit ses pensées impures en lisant des magazines pornos ? Un sale garnement qu’il faudra corriger. Susie, toujours polie et obéissante ? « Une petite chérie » comme l’écrit Harry dans ses énormes livres, recueils des comportements, bons comme mauvais, des enfants du quartier. De quoi vous gelez l’échine. Plus voyeur que tueur, Harry passe le gros de son temps aux rebords d’une fenêtre à observer son frère Jeffrey DeMunn (The Mist, The Blob, The Walking Dead), qui le méprise et le considère comme la honte de la famille, coucher avec son épouse, ou les mômes et familles fêter Noël dans leur fausse intimité. Si Christmas Evil est un slasher, alors il est un passif, et Lewis Jackson admet lui-même que les rares séquences brutales ne forment pas le meilleur du film, même si celles-ci, presque inattendues après cinquante minutes très Strip-Tease dans l’esprit, où Harry chantonne dans son appartement, frappent avec leurs gros plans presque gore. N’empêche que le meilleur de Better Watch Out, c’est ces scènes étranges, comme un final qu’il serait malheureux de dévoiler mais qui fait basculer le récit dans le surréalisme le plus complet, ou encore cette entrée en la matière. Un bon père de famille s’extirpe d’un âtre pour déposer des jouets sous un sapin, sous le regard émerveillé de ses deux enfants – dont Harry à son plus jeune âge – et de son épouse, qui semble se mordiller les lèvres d’envie en voyant son mari en costume de vieux bonhomme. Le ton est donné, et on comprend immédiatement pourquoi John Waters fit du film un rendez-vous régulier : le sexe bizarre, le rythme digne d’un documentaire, ce personnage de doux dingue moulant des soldats de plomb dans son appartement et se persuadant qu’il est le Père Noël pour ensuite devenir l’ennemi public numéro un… Il fallait y penser, puis oser. Lewis Jackson l’a fait, sans jamais faire de petits anges dans la neige en battant des bras.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Lewis Jackson
  • Scénario : Lewis Jackson
  • Production : Pete Kameron, Burt Kleiner
  • Pays : USA
  • Acteurs : Brandon Maggart, Jeffrey DeMunn, Dianne Hull
  • Année : 1980

5 comments to Christmas Evil

  • Denis  says:

    Rien à voir, mais a force de de censurer les commentaires, supprimez le forum directement.
    J’ai connu ça sur Libération.
    Pourtant on rigolait bien, et de

  • Denis  says:

    Salut Rigs, il y a vraiment un problème.
    J’ai dû te reprendre sur Opéra.
    Impossible de poster.
    Google m’oblige à poster avec leur mail et envoie des commentaires qui n’ont rien à voir avec ton site.
    De plus si j’essaie de te supprimer pour te recharger, ils me disent qu’ils vont supprimer mon compte Google.
    Faut que je vois ça, mais ca devient le dawa.

  • Nami  says:

    Test

  • Denis  says:

    Na

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