House IV

Category: Films Comments: No comments

Clap de fin et permis de démolition délivré pour la lunatique saga House, qui débuta dans le savant dosage entre rire et effroi, alla plus loin dans le familial jusqu’à en flirter avec le juvénile via son second effort, et s’assombrit gentiment avec l’efficace troisième film, mixture entre psychokiller movie et body horror cracra. Retour aux fondamentaux pour le dernier opus, et nouvelle sarabande de drames familiaux, de fantômes plus ou moins agressifs et de comédie tous publics. Sans retrouver la sève du premier volet, malheureusement…

 

 

Quand un film met deux ans à se trouver une voie jusqu’au marché de la pelloche, c’est rarement bon signe. A plus forte raison lorsque son producteur est Sean S. Cunningham, pour qui un sou est un sou, et n’est donc pas du genre à s’asseoir sur un billet facile, que pourrait probablement lui amener un nouveau House. Pour qu’il s’octroie deux ans de réflexion quant au sort de ce House IV (sorti en 92, mais donc fini en 90), quitte à dégainer lorsque le public aura totalement balayé de sa mémoire la franchise, c’est que celui qui fit fortune en trempant encore et encore ses orteils dans les eaux de Crystal Lake n’était pas bien sûr de la qualité de sa production. Des efforts furent pourtant consentis dès l’étape de l’écriture, avec volonté de relier cette ultime histoire de bicoque maudite au tout premier film, beau succès en son temps. Quand bien même il ne fut présent que pour deux petites journées de tournage, William Katt reprend donc le rôle qui était le sien dans House premier du nom, même si on ne peut pas tout à fait considérer que le personnage soit tout à fait le même. Voilà effectivement Roger Cobb marié à une Kelly dont nous n’avions jamais entendu parler auparavant (mais ça, à la rigueur, pourquoi pas) et surtout père d’une mioche de douze ans (incarnée par une actrice de 18 piges, et ça se voit) dont il n’avait jamais été fait mention dans le premier film. Vu que ce quatrième chapitre fut pensé pour le marché de la vidéo et que personne n’espérait vraiment que le public d’alors se souvienne parfaitement de l’original, on imagine bien que l’équipe tout entière pensa que ces petites bifurcations sauvages étaient de la plus petite importance. Après tout, la présence de Katt n’est requise que pour faire bien à l’arrière de la jaquette, et pour ne pas avoir à glisser un trop gros chèque dans la poche arrière du comédien, le script de cette série B (en partie imaginée par l’ami Jim Wynorski), pas franchement endiamantée, décide de le liquider dans les dix premières minutes.

 

 

Alors qu’il visite la demeure abandonnée de ses défunts parents, Cobb s’engueule avec son demi-frère. Le premier voudrait s’installer sur place, dans cette cabane pourrie et perdue au milieu de nulle-part, mais où il grandit et dont il aime le charme rustique. Le second, on l’apprendra plus tard, veut revendre le terrain à un industriel mafieux désireux de balancer ses déchets toxiques dans la région. Evidemment, le fait que Cobb souhaite faire son nid sur place pose problème au frérot, par ailleurs mal vu par le vieil indien local, jamais à court d’un bon mot sur le destin, sur les esprits bons comme mauvais, sur le karma, les tourments des âmes perdues, le pain de seigle et les démangeaisons anales. Comme de par hasard, et comme pour servir les intérêts du demi-frère loubard, Cobb crève miraculeusement un pneu sur la route et renverse sa carlingue. Sa femme parvient à se sortir de la fournaise en tirant avec elle leur fille, rendue paraplégique par l’accident, mais le pauvre Roger reste prisonnier de sa cage de fer, bientôt incandescente. Relooké façon crème brûlée, dans le coma et raccordé à tout ce que la clinique compte d’appareils, le père de famille est débranché d’un coup de paperasse par sa dévastée Kelly, qui décide d’aller s’installer dans la maison d’enfance de son défunt mari. Yep, au beau milieu de nulle-part, en plein désert Mojave, où même les lézard suent des litres et les crotales s’éventent, avec une gosse en chaise roulante demandant des soins constants qu’elle n’aura pas puisqu’il n’y a pas un hosto à moins de six heures de route. Ne parlons même pas de la maison, inadaptée aux besoin de la petite – mais déjà grande, on rappelle que l’actrice était déjà majeure, et devait avoir bien honte de mimer une marmot se couchant avec ses nounours alors qu’elle était déjà en âge de se manger une foreuse dans le cul dans un sous-Slumber Party Massacre. Pas la peine de compter sur un ascenseur, donc. Evidemment, le beauf de Kelly en tire une de six pieds de long en découvrant que la veuve pose ses valises sur place et qu’il ne pourra pas bazarder des bidons d’uranium dans l’arrière-cour de la turne. Bizarre d’ailleurs la bâtisse, dont la cave est décorée d’une plaque d’égout probablement millénaire, capable de guérir les blessures physiques (vous la voyez venir, la petite qui parvient se remettre sur ses échasses en fin de partie) et répandant une lueur verdâtre nous donnant l’impression que les Tortues Ninja font la bringue deux mètres plus bas. Le vieil amérindien sait déjà tout ce qu’il va se passer, le spectateur aussi, Kelly affrontera des fantômes et découvrira ce que même mon chat soupçonnait déjà, que le frangin louche est à l’origine de la mort du pauvre Roger.

 

 

N’y allons pas par quatre chemins : House IV se fait sacrément emmerdant, même s’il lui arrive d’avoir des éclairs de génie. Pas façon Albert Einstein ou du genre à redéfinir les mesures et votre façon de bouffer de la pelloche. Plutôt le génie des mecs de Jackass quand ils décident de relier un nain à un obèse par un élastique et les faire sauter d’un pont. Car oui, c’est une marque de génie de simplement y songer. Lewis Abernathy, comédien passé sur Titanic et scénariste de DeepStar Six (thématiquement, c’est presque raccord), réalise ici son seul long-métrage et s’assure de ne plus jamais être embauché dans le futur en balançant quelques banalités (la douche de sang) et quelques séquences valant le détour pour leur absurdité. Oubliez donc les spectres vaguement flippants d’antan, dans les haunted houses d’Abernathy, la terreur vient d’une pizza avec un visage crachant de la bolognaise au visage d’une MILF, qui en guise de représailles poignardera et balancera au broyeur cette quatre fromage diabolique. Yep, voilà à quoi en est réduite la saga House, le cul constamment coincé entre le tabouret rose bonbon des téléfilms Nickelodeon et celui de la Série B qui a déraillé il y a bien longtemps déjà. Symptomatique de cette inconsistance tonale, l’arrivée des deux bras droits du beauf magouilleur, envoyés faire peur à la gamine en portant des masques de mouche et de serpent, et qui terroriseront la gosse jusqu’à la faire tomber dans des escaliers… après avoir été pourchassés par un lampadaire transformé en clebs. L’infantile en plein twist avec le sleazy le plus pur, et qui trouvera sa résolution quelque-part entre la farce pour faire marrer le public des Home Alone et la punition sévère. Envoûtés par la maison, les malfrats seront pris de visions, imaginant d’abord des vipères au sol et des insectes dans leur boîte à allumettes, puis se voyant l’un et l’autre comme de véritables monstres, l’un avec une tronche de punaise, l’autre avec une tête de cobra. Et les amis effrayés de s’entre-tuer en vidant leurs chargeurs dans une conclusion étrangement brutale pour ce qui avait débuté comme une petite farce.

 

 

Ne vous faites cependant aucune fausse idée sur la capacité que pourrait avoir House IV à faire bonne figure dans le genre de la maison hantée. Bien que jamais honteux en la matière, il ennuie sacrément lorsqu’il s’en remet à ses mains griffues sortant des cendres des morts ou des matelas. Par contre, il parviendrait presque à nous ravir quand il vire au cartoon le plus complet, dévoilant des mafieux trafiquant des bidons radioactifs en rajoutant à la peinture la mention « PAS radioactif » et en imaginant un chef des opérations nain, dégueulant de la bouillie nucléaire qu’il fait ensuite bouffer à l’un de ses sous-fifres. Répugnant, et suffisamment dingue pour que l’on se souvienne alors d’une petite production sans cela vouée à un oubli mérité. Comme quoi, un peu de gerbe et des nains vous changent un film.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Lewis Abernathy
  • Scénario : Deirdre Higgins, Geof Miller
  • Production : Sean S. Cunnigham
  • Pays : USA
  • Acteurs : Terri Treas, William Katt, Denny Dillon, Melissa Clayton
  • Année : 1992

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>