The Slumber Party Massacre II

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Toujours plus de trous dans les pyjamas pour la saga The Slumber Party Massacre, dans l’inconscient collectif l’incarnation même du slasher bas de gamme, direct-to-video de surcroît, très bête et un peu méchant. Les becs fins savent, eux, que la trilogie est plus intéressante qu’il n’y paraît, ne serait-ce que parce qu’elle est la seule à avoir été entièrement ouvragée par des femmes et que les tueurs rameutés pour la cause utilisent de grosses foreuses. Ce que The Slumber Party Massacre II (1987) prouve aussi, c’est que la franchise pouvait péter le dernier câble de la sanité et foncer tête la première dans des idées de plus en plus folles. Que celles-ci servent le propos général est bien évidemment une autre paire de manches…

 

 

The Slumber Party Massacre était un bon film. Pas un grand film, ni même un très bon film. Mais un bon film. De ceux qui contentèrent à peu près tout le monde, du fan confortablement enfoncé dans son sofa à l’équipe au turbin. Le premier avait entre les mains une bonne petite Série B certes dans les clous et reprenant à son compte le déroulé de La Nuit des Masques, mais aussi plus qu’efficace, parcourue de demoiselles charmantes et attachantes et ne souffrant jamais de la comparaison avec le reste de l’essaim slasher flicks venu piquer le bon peuple à la même époque. Pour la réalisatrice Amy Holden Jones, qui y était allée au culot et avait tourné dans son coin, avec les moyens du bord, quelques minutes d’un projet déposé sur le bureau de Roger Corman, c’était le point de départ d’une carrière bien remplie. Et pour le roi du stégosaure en caoutchouc et de la guerre des étoiles soldée, une superbe opération ne coûtant pour ainsi dire rien – le slasher, sous-genre cheap par excellence, car ne demandant que des soutien-gorge mal agrafés et un peu de coulis de tomates. Pas du genre à bouleverser ses habitudes si celles-ci lui remplissent les poches, Corman confie la tant attendue séquelle à une autre femme désireuse de passer à la réalisation, Deborah Brock. Lassée de n’être qu’une simple chargée de production, la demoiselle est à l’époque draguée par New World, ancienne maison du père Roger qu’il revendit quelques temps plus tôt pour une belle somme, et qui lui propose de passer aux choses sérieuses en faisant d’elle une réalisatrice à temps plein. Maligne, et sachant qu’elle pourra se servir de cette proposition comme d’un levier pour faire pression sur Corman, elle lui précise que si ce dernier veut la garder auprès de lui, il va devoir lui confier la mise en scène d’un film. L’intéressé accepte évidemment, d’autant qu’il est intimement persuadé que les nouveaux patrons de New World ne sont que des avocats ne connaissant absolument rien à l’industrie et qu’ils ne seront plus de la partie dans quelques mois à peine, que son Concorde jouit d’un tout autre avenir et que Miss Brock ferait mieux de rester au nid, bien au chaud sous les ailes de Tonton Roger. Qu’elle se charge de The Slumber Party Massacre II dans ce cas ! Encore une petite chose, qu’elle devra aussi écrire, mais c’est déjà bien. Dont acte en 87, année de sortie de cette séquelle qui parvient à être fidèle à l’esprit de l’original tout en versant dans le WTF le plus complet, souvent abhorrée par les adorateurs du genre et longtemps restée invisible chez les prudes Anglais pour cause de violence excessive.

 

 

Le premier volet jouissant d’un following conséquent et ayant écoulé son caisson de cassettes, le scénario décide, sans pouvoir compter sur le retour des comédiennes ayant échappé aux coups de mèches du maniaque alors de sortie, de se pencher sur les conséquences du premier film. Et sur la psyché tordue des survivantes du premier carnage, l’héroïne du premier volet étant enfermée dans un asile pour aliénés alors que sa petite sœur désormais grande doit souffrir de nuits moins belles que ses jours, car fracassés par des cauchemars où un assassin hilare la harcèle jusqu’au petit matin. Pour se changer les idées, et profiter pleinement de son anniversaire, la fatiguée Courtney accepte passer le week-end avec ses trois meilleures amies musiciennes, avec lesquelles elle a fondé un groupe, pour une gigantesque soirée pyjama où coulera à flots le champagne de qualité, où résonnera le rock du meilleur cru, où l’on dansera de manière débauchée et où on s’empiffrera de la pire des malbouffe. Sans rire, pour des gamines à la ligne parfaite, notre quatuor s’autorise un sacré régime fait de frites, corn dogs, hamburger et sandwichs inondés de ketchup. Pas un radis en vue, pas une feuille de chou vert à l’horizon, pas un cornichon dans l’assiette. Ces cocottes nous sont déjà sympathiques. Vite rejointes par leur mecs, qui se sentent obligés de jouer les voyeurs et les mater derrière la fenêtre alors qu’ils vont de toute façon se les faire, les fifilles doivent malheureusement composer avec les hallucinations de plus en plus sauvages de Courtney. Mimine tranchée dans sa tartine, copine dont l’acné se fait explosive (passage dégueulasse s’il en est, et donc forcément culte dans la crypte), baignoire débordante de mélasse sanguine, attaque d’un poulet rôti échappé de son frigo… La final girl toute désignée a le ciboulot craquelé de partout et peine à différencier ses songes sanglants et la gaie réalité, ruinant la fin de semaine de tout ce beau monde et se mettant à dos la marée-chaussée, lassée d’être appelée pour rien et de gâcher l’argent du contribuable pour des boutons pétés ou de la dinde farcie potentiellement possédée. Evidemment, lorsque le serial killer on the loose rappliquera, la police ne croira plus aux coups de fil de la paniquée Courtney, laissant au gaillard, à nouveau équipé d’une énorme foreuse, tout le loisir de perforer des torses, masculins comme féminins. Le slasher habituel, sans l’option siège pour enfants (du boobs, du gore, de la booze à l’écran) mais avec un léger feeling Griffes de la Nuit avec tous ces mauvais rêves, dont s’était par ailleurs déjà paré Sorority House Massacre, autre production Corman, une année plus tôt. Basique ? Vraiment ? Si Slumber Party Massacre II se veut basique dans ses grandes lignes et ne manque pas d’offrir à la gamine la plus dévergondée du lot l’occasion de dévoiler un peu de chair (la sympathique Juliette Cummins, habituée aux allées malfamées du genre puisque déjà traquée dans Psychose III et Vendredi 13 part.5) et va abattre du jeunot avec une belle régularité dans son dernier acte, Brock a des idées visuelles qui extraient notre B-Movie du tout-venant.

 

 

C’est d’ailleurs généralement là que Slumber Party Massacre II se fâche avec son audience. Pas tant à cause du petit côté onirique dont Brock tente de se faire la spécialiste, parce que personne n’a jamais craché sur des jeux de lumière criards et une utilisation exagérée de la smog machine : tout cela apporte un cachet et vaut toujours mieux que les grisâtres et peu inspirés psychothrillers qui s’emparaient du marché dans les mêmes eaux. Non, le problème, le caillou dans la chaussure, l’épingle dans la sandalette, c’est le tueur en lui-même. A trop avoir voulu être originale et livrer du jamais vu, Brock s’est perdue dans les méandres du ridicule : le scélérat aux trousses de Courtney et de ses potes, le saligaud échappé de ses pires rêveries, est une veste en cuir typée rockabilly, une sorte de version diabolique et obscène des Forbans lancée aux trousses de la jeunesse américaine, une foreuse en forme de guitare de métalleux dans les pognes. Imaginez la fusion entre Fonzie de Happy Days et Driller Killer, obligez le sagouin à y aller de ses pas de danse risible, engagez un « acteur » de toute évidence plus à l’aise avec son jeu de jambes qu’avec ses grimaces de vieux cabot, et vous obtenez un bourreau sacrément inoubliable, et ce pour de très mauvaises raisons. Impossible de prendre ce gland au sérieux, et Brock n’essaie d’ailleurs même pas, lui collant dans la bouche des blagues référentielles de mauvais goût (« I can’t get no… satisfaction ») tout en tentant de noircir le tableau en jouant des hallucinations, rarement joyeuses en effet, de la pauvre Courtney, dont on apprendra en fin de partie (et attention, spoilers inside) qu’elle vit dans une cellule capitonnée et que le film dans son entièreté n’était qu’un affreux fantasme. Un twist bien sûr fait pour rendre plus colérique encore une audience déjà en très mauvais terme avec notre Dick Rivers démoniaque. (Fin du spoil, vous pouvez reprendre une vie normale)

 

 

Destiné a une vie de banni, loin, si loin du paradis des surineurs où Jason Voorhees se remémore auprès d’un Michael Myers en train de tailler une citrouille comment il a fait passer le père Krueger par la fenêtre, Slumber Party Massacre II mérite mieux qu’une vie de renégat. D’abord, niveau gore, Brock n’a de leçon à recevoir de personne tant elle tranche dans le lard, et nous offre une magnifique perforation de buste, parvenant même à nous surprendre en liquidant en premier lieu le beau gosse de service, celui pour qui les belles-mères fondent en secret. En agissant de la sorte, la réalisatrice fait passer le message que les plus chastes ne seront pas forcément les derniers à tomber, et elle fait bien. Ensuite, même si le maniaque fan d’Elvis est proprement risible, force est de reconnaître que chacune de ses apparitions hypnotisent et que l’on attend chaque démarche chaloupée, chaque déhanché ollé-ollé, chaque oeillade mal délivrée par un Atanas Illitch humilié à tout jamais et dont la carrière s’arrêtera nette deux films plus loin. Dans sa nullité comme dans ses qualités, bien réelles, Slumber Party Massacre II ravit (en tout cas il ME ravit). Les filles sont agréables (Cummins, encore), la petite touche féministe est bien pensée et jamais martelée (malin d’avoir fait des héroïnes les membres d’un garage-band, et d’avoir fait des mecs leurs groupies), Brock s’autorise quelques séquences originales pour le genre (la fuite à travers les toits), le décorum – un lotissement de maisons encore en construction, perdues dans le désert – change de nos bosquets maudits et l’ensemble à un rythme de croisière ultra confortable. Bien suffisant pour mériter une poignée de main bien franche et les félicitations du jury. Voire même pour devenir un séance régulière dans notre caverne putride… Oui, j’aime à ce point.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Deborah Brock
  • Scénario : Deborah Brock
  • Production : Deborah Brock, Roger Corman
  • Pays : USA
  • Acteurs : Crystal Bernard, Juliette Cummins, Heidi Kozak, Cindy Eilbacher
  • Année : 1987

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