Maya

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Lorsque Maya se répand sur le monde en 89, cela fait déjà quelques années que le fantastique italien a le pif qui coule, toussote et ne vit plus que par des restes d’acquis. Autant dire que la reconnaissance sera polie, voire timide, pour cet arrivage d’esprits ancestraux venus trucider du Mexicain d’invisibles manières.

 

 

Hé oui, c’est triste mais c’est comme ça. Né au mauvais endroit, au mauvais moment, notre Maya tourné au Venezuela par un Marcello Avallone ne réapparaissant que de loin en loin, pas vraiment fiché comme un gros dealer d’épouvante cracra, et arrivé pile poile quand le bis rital commençait à puer un peu de la gueule. Autant dire que dans ces conditions, cette petite Série B voulue exotique avait peu de chances d’aller tutoyer Frayeurs ou piquer une plume à L’Oiseau au Plumage de Cristal sur les étagères des fans, qui bien souvent ne connaissent l’affaire que de vue ou de nom. Sans crier à l’injustice, casser les vitres des magasins et brandir pancartes et poings serrés, reconnaissons tout de même que le second essai d’Avallone dans le genre – après le Spectre de 87 avec Donald Pleasance, autre horror movie mêlant puissance surnaturelle, archéologie et croyances anciennes, cette fois lié à la découverte de la tombe d’un empereur romain – mérite mieux que de croupir au fin fond de la fosse de l’oubli. Merci Marcello, d’ailleurs, faiseur on l’a dit resté assez méconnu même auprès des amateurs, mais néanmoins un technicien plus que capable emballant ici une petite chose ne manquant jamais de style. Ce n’est pas du Argento des grandes heures, et on pourra même reprocher quelques tics trop présents au réalisateur, comme cette manie de joncher son affaire de ralentis de chutes de lunettes. Mais Maya est troussé par quelqu’un qui a du métier et se débrouille pour donner du nerf à des meurtres jamais trop gore (mais systématiquement sanglant) en misant sur le mouvement de personnages secoués par une puissance imperceptible et en usant de plans énergiques, voire brutaux. Mexicaine féline noyée dans son bain après s’être brisé le nez sur la fonte de la baignoire, surfeur décapité par le capot de sa propre bagnole, violeur à la gorge transpercée par une barre de fer, chercheur poignardé par la matérialisation d’un esprit vengeur… On a même droit à quelques éclairs sortis de nulle-part et déchirant la chair d’un malheureux, dans un effet certes cheap et d’un autre âge, mais néanmoins satisfaisant.

 

 

Pas de quoi remettre votre tomate crevettes de ce midi et repeindre votre intérieur aux couleurs fruits de mer, et encore une fois, Avallone n’est pas tout à fait un garçon-boucher. Ce qui ne l’empêche pas de s’acquitte fort bien de sa tâche. La découpe est belle, la couenne est restée sur le plan de travail et plutôt que sur la sauce, c’est sur la présentation que le chef compte gagner des points. Irréprochable en la matière, car tout en gardant la crudité du bis transalpin, infortuné de nature, le bonhomme apporte un soupçon de finesse dans le mouvement, un œil que le genre semblait avoir perdu à force de The Murder Secret, Deep Blood et autres Killer Crocodile 2, tous moins perlés. Maya n’en est pas coquet pour autant. C’est juste que l’on devine chez Avallone une préférence pour le suspense rencontré par une femme rentrant à pas feutrés dans une remise où elle a entendu son chien couiner, plutôt que sur son dur trépas à base de hameçons plantés dans la nuque. Du boulot soigné en somme, et on notera d’ailleurs une bande-son de qualité supérieure pour le genre et l’époque. Qu’est-ce qui cloche, alors ? Car le « mais » tant redouté ne se fait bien sûr pas attendre, et dans une habitude typiquement italienne, le script a été bâclé dans les grandes largeurs, naviguant à vue au gré du minutage, rajoutant toujours plus d’intrigues parallèles à un récit censé causer du retour de guerriers maya, et bientôt ensevelis sous ses propres digressions.

 

 

Tenancière d’un bar cocufiant son mari, celui-ci noyant chagrin et déboires dans des alcools toujours plus forts, duo de surfeurs agressant et tentant de violer les jolies filles de la région, dont une chaude demoiselle éperdument amoureuse du héros et jalousant la nouvelle conquête de ce dernier, en fait la fille d’un chercheur décédé en intro et lançant l’intrigue. On se demande d’ailleurs où le premier rôle Peter Phelps (Alerte à Malibu et quelques autres shows tv) trouve le temps de penser aux pyramides maya (plutôt jolies d’ailleurs pour un petit budget) et aux ectoplasmes qui les habitent, tant il est tiraillé entre deux ou trois micmacs de sitcoms. Un personnage par ailleurs assez peu sympathique, en tous les cas jamais attachant, car jamais clairement défini : il nous faut attendre le dernier acte pour que soient disséquées ses pensées, craintes et désirs. Trop tard pour que son sort soit source d’inquiétude. Maya loupe donc le coche faute d’avoir su se structurer solidement, et ne se rattrape aux branches que parce que le style d’Avallone sait lui en tendre de bien feuillues. Le résultat ne saurait alors qu’être moyen, mais du moyen italien à la fin des années 80, c’est déjà pas mal pour l’époque.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Marcello Avallone
  • Scénario : Marcello Avallone, Andrea Purgatori, Maurizio Tedesco
  • Production : Maurizio Tedesco
  • Pays : Italie
  • Acteurs : Peter Phelps, Mariella Valentini, Cyrus Elias, Mirella D’Angelo
  • Année : 1989
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