Thankskilling

Category: Films Comments: 3 comments

Hasard des errances cinéphiliques et du calendrier, c’est à quelques jours d’intervalles que les grilles du zoo du slasher animalier s’ouvrent à nouveau à moi. Il y a deux semaines, je galopais donc avec un petit cheval de manège particulièrement massacreur dans le rigolo CarousHELL, et en cette fête de la moisson c’est le dindon égorgeur je m’en suis allé déplumer au fil de Thankskilling (2009), Série Z à la Troma et donc jamais contraire à la giclée sanguine, à la vanne pétomane et au déploiement de nichons.

 

 

« Warning !!! Boobs in the first second ! » s’écrie non sans fierté la jaquette DVD de Thankskilling. Et le film de s’exécuter et de s’ouvrir par un extrême gros plan sur un téton tout rose, celui de la pornstar Wanda Lust, blonde cougar habillée (ou plutôt déshabillée) de la tenue traditionnelle de Thanksgiving, adossée contre un arbre en regardant avec effroi la forêt qui l’entoure. C’est alors que saute du hors-champ un dindon au faciès diabolique et dont un rictus sadique est constamment plaqué sur le bec, criant de sa grosse voix « Nice tits, bitch ! » et tuant la terrorisée demoiselle d’un bon coup de hache. Un court passage dans les années 1600 que termine un générique d’ouverture au son très hip hop, avec ses titres en 3D et ses coulures rougeâtres, venues souligner pour qui en doutait encore que le premier long-métrage de Jordan Downey aura une main dans le décolleté de la voisine et l’autre enfoncée dans ses entrailles. Nous n’aurons cependant plus de tits and ass à palper, Mister Downey n’ayant que 3500 dollars en poche pour donner forme à son chef d’oeuvre, et la nudité coûtant toujours plus que l’habillé, le gazier préférera s’en remettre aux œillades incendiaires et aux sous-entendus cochons pour faire monter le mercure. Ca lui sera facile, puisqu’il décide très tôt de miser sur la parodie de tout ce que la production B-Movie aura craché de plus crétin ces trente dernières années, et donc de croquer cinq héros tous plus stéréotypés les uns que les autres, dans la bouche desquels il ne glissera que des allusions salaces et des rêves de tamponnages de cul sur la banquette arrière. Faites un peu de place, braves gens, car voilà le beau gosse sportif ne quittant jamais son ballon de football américain, son pote le redneck ventru allergique aux douches et ne pensant qu’à se goinfrer, la final girl pleine d’esprit et ne desserrant jamais les cuisses (à moins que cela soit demandé par le footeux…), le nerd bigleux calé en trigonométrie mais que l’incapacité à séduire le sexe opposé condamne à la branlette éternelle, et bien sûr la cruche de service, stupide au possible mais rendue populaire auprès des costauds pour sa capacité à ne jamais refuser de jouer au docteur avec eux, à condition que ce soit eux qui amènent leur thermomètre tout dur. En route pour la giga-teuf, ce beau monde est malheureusement forcé au bivouac lorsque la carlingue du bellâtre rend l’âme au beau milieu de nulle-part. Sale timing, car à quelques mètres de là, le clebs d’un ermite ne trouve rien de mieux à faire que de pisser sur un petit totem planté dans le sol, la chaleur de l’urine libérant la dinde, vieille de 500 ans mais à la virulence toujours aussi fraîche.

 

 

Invoqué jadis par des indiens pour qu’il les venge de l’homme blanc, le poulet du Mal se remet donc en chasse et ne va avoir de cesse de voler dans les plumes d’une jeunesse américaine plus crétine que jamais. L’intello ne peut s’empêcher de l’ouvrir sans faire ruisseler des litres de bave, la brunette chaudasse pense que le pneu de la voiture est crevé alors que c’est de toute évidence le moteur qui a claqué, le footeux et son daron ne s’adressent plus la parole parce que le premier a perdu un match deux semaines auparavant, et le bouseux vivant dans les bois avoue à demi-mot que son chien est aussi son amant. Downey vise sous la ceinture, a vos scrotums dans le collimateur, et armé d’un humour à la South Park c’est tout naturellement qu’il imagine une bobonne chiant dans le café qu’elle sert à son époux pour lui annoncer leur divorce, ou que le vilain coq s’en ira sodomiser une cocotte dans une scène là encore très proche de ce que CarousHELL proposera sept années plus tard. La comparaison entre les deux DTV ne s’arrête d’ailleurs pas là, tous deux s’en remettant à une courte durée de 65 minutes et jouant du fait que cheval comme poulet usent d’armes de poing que ni leurs sabots ni leurs ailes ne devraient leur permettre de tenir. Et bien sûr, tous deux s’en remettent aux ancestrales lois du slasher, liquidant le casting de manières diverses et variées (dans Thankskilling, on se fait becqueter à mort, on a la cervelle qui saute à la chevrotine, on se fait déchirer au coupe-viande et on termine la nuque brisée) alors que la volaille, tel un Freddy Krueger low cost, balance ses bons mots. Downey se vautre sans retenue dans le fantastique rigolard des 80’s et 90’s, reprenant ici l’idée du quatrième Nightmare on Elm Street et son clébard pissant sur un lieu maudit et réveillant par la même occase un petit démon, et là le second degré perpétuel de la franchise Leprechaun. On ne s’étonnera d’ailleurs pas que le second volet promis (mais jamais sorti, dans un ultime gag le réalisateur passe directos au troisième film) se vante de se dérouler dans l’espace, ni que Downey tourna avant cela un court-métrage situé dans l’univers de Critters.

 

 

Tout décérébré soit Thankskilling, il n’en fonctionne pas moins parfaitement. Le filet de dinde fond sur la langue, ravit par son gore de bricolo, généreux et à l’ancienne. Et puis, on rit franchement à certaines tirades et nous nous amusons du ridicule, voulu, de certaines situations. Comme lorsque le dindon arrache le visage du père de l’héroïne, se le plaque sur la tête et accueille dans sa propre maison la jeune fille, qui n’y voit que du feu alors que son pauvre papa mesure désormais 70cm et a plus de plumes qu’une danseuse du Crazy Horse. C’est con comme la lune, oui. Et il ne faut pas être très intelligent pour se gausser de pareille affaire, c’est entendu. Mais faudrait être un sacré connard pour ne pas reconnaître au bidule son bon esprit et le fait qu’il divertisse sans forcer. Et ça sera volontiers qu’on plantera fourchette et couteau dans le blanc de Thankskilling 3, à priori un glorieux mélange entre Massacre à la Tronçonneuse 2, Mad Max 2 et Les Muppets. Dès la note d’intention, on bande.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jordan Downey
  • Scénario : Jordan Downey, Kevin Stewart
  • Production : Jordan Downey, Kevin Stewart
  • Pays : USA
  • Acteurs : Lindsey Anderson, Natasha Cordova, Lance Predmore, Ryan E. Francis
  • Année : 2009

3 comments to Thankskilling

  • Denis  says:

    Houa!on dirait du Uwe Boll.
    Je suis preneur.

  • Denis  says:

    Pas de Boll.

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