Scream Dream

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A tout auteur sa trilogie : Pagnol avait sa marseillaise, Leone conta trois fois « il était une fois… », Jackson forgeait de l’anneau à n’en plus finir, Coppola retombait encore et toujours ses magouilles mafieuses… Pourquoi Donald Farmer n’y aurait pas droit lui aussi ? Sa trilogie sera donc celle des mangeuses d’hommes, entamée en 87 avec Cannibal Hookers et ses putes viandardes, poursuivie la même année avec le tout aussi peu vegan Demon Queen, et conclue deux ans plus tard, en 89, avec Scream Dream, heavy metal movie particulièrement Z.

 

Thématiquement, aucun changement à signaler, Farmer nous livrant son habituelle cargaison, faite de vilaines filles croquant du mâle qui joue mal, de gore cheap et de maquillages supérieurs à la moyenne, de la nudité gratos offerte par de la fille facile et une patine toujours aussi amateure. La petite valeur ajoutée, le petit point de beauté qui permettra à Scream Dream de se différencier de ses grands frères, ce sera donc cette montée dans les décibels, Farmer tombant dans la fosse du rock fort en imaginant les déboires d’un groupe de hard étrillé par la critique. Faut dire que les nuques longues font tout pour se faire remarquer, car outre des clips vidéos orientés charcuterie (en fait une compile de scènes des précédents méfaits du Donnie) ou montrant une cocotte se faire arracher son chemisier par des mimines infernales, quand une tronçonneuse ne sort pas du matelas pour la fendre en deux dans le sens de la longueur (séquence servant largement à vendre la cassette vidéo du bidule, puisqu’elle est plaquée en couv’), le groupe se distingue de la masse par les frasques de Michelle Shock, sa chanteuse sulfureuse au possible. Soupçonnée d’être en liaison directe avec le diable, la hurleuse en chef est surtout suspectée d’être à l’origine des nombreuses disparitions de fans survenant après chacun de ses concerts, les admirateurs de la brune ayant tendance à se volatiliser après leur visite des backstages. Farmer n’étant pas homme à rivaliser de suspense, c’est dès l’intro qu’il met les babouches dans le plat et envoie un blondinet et sa copine passer le bonjour à la cantatrice soi-disant diabolique. Comme hypnotisé par la star, le gaillard en oublie sa petite amie trop ronchonne, et quand la frontwoman pour laquelle il fond lui balance un joli « je suis nulle pour les autographes, mais je sais tailler les pipes », y a plus à hésiter : on congédie bobonne, on baisse son froc et on se laisse sucer la bite. Le gonz aurait mieux fait de se la coincer dans une porte fenêtre, car la miss n’est pas diabolique à moitié et à tendance à claquer des dents, repartant avec le zob en bouche et laissant son adorateur avec un trou dans l’aine. Scream Dream ne sera peut-être pas fin, mais au moins commence-t-il bien.

 

 

N’empêche que si elles ne sont pas encore vérifiées, ces accusations de satanisme et sorcellerie commencent à peser lourd sur le groupe, et leur manager vulgaire (Farmer lui-même) pâlit à la seule idée que les concerts finissent annulés par des mouvements cathos ou que les polémiques enflent à lui en coller des ulcères. Mieux vaut donc se séparer de la Michelle et tourner casaque. Ce qui n’émeut que fort peu Derrick, le guitariste et leader du groupe, pour qui seul comptent succès et renommée, que ce soit avec une cantatrice ou une autre. D’ailleurs, ce n’est pas les remplaçantes qui manquent, et plusieurs jeunes gorges sont déjà prêtes à prouver leur profondeur en avalant des pieds de micro. Le gratteux va donc annoncer la mauvaise nouvelle à celle qu’il ignore être une démone, pour qui le renvoi a du mal à passer, la vile bouffeuse de mecs se rebiffant comme de juste face à ce licenciement sans ménagement. Dérangée alors qu’elle priait Satan devant des crânes en plastoc, Shock laisse ses griffes s’allonger et tente de poignarder son ancien musicien avec une dague sacrificielle… avec pour seul effet sa propre mort, Derrick lui mettant une volée et la finissant avec les armes médiévales que la sadique gardait chez elle pour décorer. Pas plus ému que ça d’avoir liquidé un membre de son propre groupe – ou peut-être l’acteur ne savait-il pas jouer ? Oh bah on se demande, tiens… – Derrick va immédiatement annoncer à Jammie, une blonde à gros boobs (Melissa Moore, qu’on retrouvera dans Samurai Cop, Sorority House Massacre II et Hard To Die), qu’elle récupère le poste vacant. Pensant qu’il serait bon pour elle qu’elle dispose de tout l’attirail de la parfaite dominatrice avant de monter sur scène, elle entreprend de retourner dans la bicoque de la trucidée pour lui piquer ses chaînes, ustensiles de fouetteuse et autres tenues incendiaires. Ce qu’elle ignore, c’est qu’une chaussette échappée des enfers (un démon en fait, mais il ressemble vraiment à une chaussette) vient de sortir de la cheminée de la mauvaise fille et lui a grignoté la nuque, que le Mal va maintenant passer d’un corps à l’autre comme un mauvais rhume, et c’est évidemment au tour de Jammie de finir possédée. Le comment du pourquoi, on ne le comprend pas trop. Mais on s’en fout : ce n’est jamais que de Scream Dream dont il s’agit et il ne faudrait pas placer plus de réflexion dans le bazar que Farmer n’en eut lui-même.

 

 

N’empêche que si l’affaire divertit convenablement son homme, à condition que celui-ci soit du genre à se coucher avec son magnétoscope dans les bras et ne soit pas trop difficile, cela se corse assez vite pour le père Donald, coupable dans sa deuxième partie de s’en remettre à l’habituelle tournée du monster on the loose. Jammie se change en succube dégueulasse (mais le costume est plutôt cool) et s’en va égorger, mordiller ou lacérer tous ceux qui emmerdèrent la précédente chanteuse, que l’on devine aux manettes de cette nouvelle enveloppe charnelle. Le manager se fait ouvrir la gueule, les journaleux paient leurs mauvais papiers, les fans périssent sur le parking, un caméraman finit zombifié pour faire bonne mesure… Pour mettre fin à la série noire, Derrick récupère la dague précédemment citée et va tailler un nouveau nombril à l’incube. Tout ça pour plus tard découvrir que la chaussette luciférienne s’est glissée sous ses draps de lit et compte bien le dévorer. En commençant sous la ceinture, sans doute. Scream Dream s’achève alors, après une heure à laquelle il convient d’ajouter un long et coloré générique de fin, étiré pour gagner ses galons de long-métrage. N’ajoutez pas des barreaux à votre chaise, vous ne risquez pas d’en dégringoler, même si question Shot-on-video moins cher qu’un caramel prémâché, pire fut déjà croisé. C’est juste qu’une fois le démon sur pied, tout cela devient aussi prévisible qu’un buffet mexicain : on ne sait pas qui de la tête ou du cul aura la cuvette, mais on sait qu’on en aura pour un moment. Reste que le milieu métallique n’est pas trop mal utilisé, que les chansons du groupe ne sont pas mauvaises dans leur genre, que Farmer a placardé un poster d’Iron Maiden pour faire bonne figure et que ces quelques riffs enclumes à la Black Sabbath entendus lors des passages souhaités horrifiques font le taf’. Associez tout cela à quelques tétons qui mettent de bonne humeur et à une bestiole dont on ne voit pas la tirette et vous avez votre petit samedi Série B cheesy d’assuré.

Rigs Mordo

 

 

 

  • Réalisation : Donald Farmer
  • Scénario : Donald Farmer
  • Production : Bob Allison, Barney Griner, Donald Farmer
  • Pays : USA
  • Acteurs : Carol Carr, Melissa Moore, Nikki Riggins, Jesse Raye
  • Année : 1989

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