Satan’s Black Wedding

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Nous ne le cherchions pas particulièrement, mais nous l’avons trouvé quand même : le chaînon manquant entre les ricains loqueteux Al Adamson ou Andy Milligan et le français mi-poète mi-vicelard Jean Rollin rejoint notre musée, se nomme Satan’s Black Wedding (1975) et n’est pas cousu d’or. Petite diablerie d’une heure à peine, la cérémonie se prive donc de grand buffet et de lune de miel mais n’esquive pas les cryptes vampiriques et les mortels suçons, blood suckers et goules grignoteuses de chair obligent.

 

 

Il en allait ainsi dans l’usine indé des 70’s : d’abord on s’allongeait aux côtés d’Eros dans des draps au coton d’Egypte, et puis, après quelques années à gazouiller d’amour et de plaisir, on tombait du lit pour rouler jusqu’au caveau de Thanatos, où l’on libérait la Grande Faucheuse pour qu’elle fasse perdre la tête au bon peuple. Une route que suivit Nick Millar, né en 1941 et déjà actif à l’orée des sixties, décennie où il s’entoure de dévergondées et enchaîne les nudies, avant bien sûr de bifurquer un bon coup et d’aller voir si le confort est le même dans l’exploitation horrifique. Ses titres les plus connus ? Probablement Death Nurse et sa suite, deux shot-on-video vaguement cultes dans les milieux autorisés et les salles d’opération les plus crapoteuses. Avant de faire faire des heures sup’ à sa vilaine infirmière, c’était les cornes et sabots de Lucifer que s’en allait lustrer le bon Nick avec ce mariage noir de Satan (quel titre, bordel!) où nous sommes évidemment tous conviés. N’allez d’ailleurs pas vous imaginer par avance que le grand bouc est un coureur de dot et qu’on le verra passer la bague au doigt d’une cocotte, avant de lui rouler un gros palot devant l’autel. Non pas que ça nous aurait déplu, mais Millard préfère faire de son beau diable le maître de cérémonie plutôt que le fiancé. A ses ordres, le père Daken, un curé vampire ne craignant pas le soleil, parce que le réalisateur ne voulait pas s’en remettre aux règles habituelles sur les noctambules. Dans le viseur du clérical fou, Nina Gray, jeune journaliste ayant décidé d’écrire un roman sur la drôle d’église où elle et son frère Mark allaient jouer enfants, lieu moins saint qu’il n’y paraît puisqu’il se dit que nonnes et prêtres y pratiquaient le sacrifice de poupin pour obtenir les bonnes grâces du Démon. Alors qu’elle tente d’obtenir des informations sur l’histoire de ces lieux maudits, Nina tombe sous l’emprise de Daken, qui la pousse au suicide (très salissante scène d’ouverture de veines) puis en fait le bras armé de Satan.

 

 

Car Nina a dorénavant pour mission de retrouver les membres de sa familles et les pousser dans la tombe. Mark, de retour d’un tour du monde, est justement présent pour le faux enterrement de sa sœur, évidemment célébré par un Daken à la fois complice et instigateur. S’il a de faux airs de Ben Affleck et n’a donc pas l’air très fin, Mark n’en tarde pas moins à soupçonner un coup fourré, surtout lorsque la police lui apprend que l’auriculaire de Nina fut sectionné lors du meurtre. Un signe diabolique, signifiant que l’on priva la jeune femme du doigt par lequel l’humain s’associe au Christ par le mariage catholique. Se croyant dans un polar, le frangin mène l’enquête et s’en va questionner tante malade, cureton louche et meilleure amie de la décédée, avec laquelle il finit par nouer une relation enfiévrée. Et tout cela en ignorant qu’il s’enfonce dans un piège cruel, car le but de Daken et des forces obscures qu’il sert est de pousser les épousailles incestes entre Nina la morte-vivante et Mark le costaud, tout cela dans le but de faire naître un antéchrist difforme mais qui pourra prendre le contrôle des armées du Mal, du monde, que dis-je !, du système solaire tout entier ! Milligan/Adamson mixé à du Rollin disais-je en intro pour définir Satan’s Black Wedding, car des premiers Millard récupère un façonnage très Z, avec montage abrupt, prises de son aléatoires et comédiens raides comme des pylônes. Il faut le voir, ce sergent quasiment omniscient engouffré dans le caveau terrible et attaqué par des zombies aux dents longues, mais qui ne dessert pas la mâchoire, comme s’il faisait déjà face à des revenants tous les lundis.

 

 

Et au Jean qui nous offrit jadis Le Viol du Vampire, on emprunte un côté vaporeux, une forme de lyrisme lugubre et cette envie de flotter plutôt que de courir, de s’attarder dans les décors et de laisser l’ambiance s’installer. Le mariage n’est pourtant pas bien long : après soixante minutes, le DJ remballe ses disques, les serveurs retrouvent les cuisines et les jeunes époux rejoignent leur chambre. Satan’s Black Wedding serait-il lourdement censuré ? Improbable, car les passages sanglants ne le sont pas à moitié, et il ne semble manquer aucun plan violent. Peut-être le distributeur cherchait-il à raccourcir son affaire ? Difficile à croire là aussi, tant ceux-ci cherchaient au contraire des productions tournant autour des 80 minutes, quitte à rallonger de séquences additionnelles celles qui se montraient un peu courts. La plus crédible des possibilités serait encore de mauvaises manipulations en laboratoire qui auraient endommagé la pellicule, ou encore que Millard n’avait tout simplement plus les moyens de se racheter une bobine. On sent en tout cas le final très expédié : Mark découvre le pot aux roses, tente de prendre la fuite, est coursé par quelques suppôts de Satan et ramené dans la crypte pour y épouser sa sœur, et tout cela en quelques secondes à peine. Mais qui sommes-nous pour nous plaindre ? Moins brève, cette alliance maléfique aurait pu jouer sur notre patience, et dans son état actuel, si elle ne nous fascine pas non plus (malgré un beau contraste entre les décors gothique et des appartements dépouillés et modernes), elle se fait aimable bizarrerie. A condition, bien sûr, d’être en bons termes avec des films comme The Ghastly Ones, Dracula Vs. Frankenstein et Le Frisson des Vampires, sinon ce n’est pas la peine de se pointer pour le lancer de riz.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Nick Millard
  • Scénario : Nick Millard
  • Production : Frances Millard
  • Pays : USA
  • Acteurs : Greg Braddock, Lisa Milano, Ray Myles, Barrett Cooper
  • Année : 1976

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