Vendredi 13 part.2: Le Tueur du Vendredi

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Le meurtre, une affaire de famille ? C’est visiblement le cas chez les Voorhees puisqu’après le carnage perpétré par la mère, voilà que le fils s’y met. La daronne n’était déjà pas toute juste et les choses ne s’arrangent pas avec son rejeton, qui est bien décidé à jouer de la pioche pour honorer la mémoire de sa môman. Bon fils!

 

Rétrospectivement, on ne peut que se rendre compte que l’aura de culte qui enveloppe Vendredi 13 premier du nom tient plus à son sens du timing qu’à ses qualités intrinsèques. C’est qu’en prenant le wagon de tête avant que les portes ne se referment, le film de Sean S. Cunningham a réussi à se faire une place au soleil, réussissant à se placer aux cotés d’Halloween et Black Christmas dans le peloton du slasher. Leaders, not followers ! Un statut qui lui assura le succès, en dépit d’un aspect bancal, le réalisateur ne s’investissant pas outre mesure dans le massacre perpétré par Pamela Voorhees, une mère que la noyade de son fils Jason, handicapé mental, a rendu folle. Pas grave, les effets concoctés par Tom Savini se chargent de porter le film, dont le relatif amateurisme ne fait que rendre le tout plus sale, plus réel. C’est en tout cas le jackpot, les trois cerises alignées, « Félina tête de tigre », puisque cette toute petite production, presque filmée entre potes (ça n’a même pas couté un million), rapporte 40 millions de dollars. J’aime autant vous dire que ça a fait la fête chez Paramount et qu’entre deux parts de gâteau, trois rails de coke et six caisses de champagne les producteurs ont commencé à causer d’une suite, obligatoire. Et il n’y a pas de temps à perdre, il faut profiter de l’aura du film tant qu’il en est encore temps, histoire de ne pas se faire piquer la place par la marée de slashers qui est déjà prête à s’abattre sur les cinoches. Vendredi 13 sort le 9 mai 1980, sa séquelle est tournée à l’été de la même année. Réactifs, chez Paramount.

 

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Idéalement, les producteurs aimeraient réunir l’équipe du premier film, pas encore éparpillée et toujours dans le mood. La majorité accepte d’ailleurs, à l’exception de Tom Savini, sans doute trop occupé ailleurs, et Sean S. Cunningham, qui ne se sent pas de s’enfermer dans l’horreur et veut toucher d’autres genres. Il recommande alors Steve Miner, son assistant sur le premier film, qui s’empare donc du sujet avec les meilleures intentions, bien décidé à faire mieux que l’original. Le projet est d’ailleurs bien diffèrent à la base puisque l’équipe souhaite d’abord faire un Vendredi 13 par année mais avec des histoires totalement indépendantes, qui ne seraient donc pas forcément affiliées à la famille Voorhees ni même au slasher. Mais vu que la sortie des eaux de Jason à la fin du premier opus à marqué les esprits, tous s’accordent sur le point de son retour, qui deviendra un point de non-retour puisque la série sera désormais engluée dans le slasher jusqu’à la fin de ses jours. Commercialement, c’est sans doute une sage décision, il suffit de voir les réactions que se ramasse le pourtant excellent Halloween III: le sang du sorcier, là encore une tentative de laisser le genre derrière soi, ce qui ne plaira guère aux fans qui voulaient du Myers. Ceux de Vendredi 13 seront en tout cas ravis de retrouver leurs marques dans Vendredi 13 part 2: Le Tueur du Vendredi, qui rappelle ses deux actrices principales: la tueuse Betsy Palmer, qui accepte de venir pour une scène, et Adrienne King. Pas pour longtemps concernant cette dernière, qui ne tourne que deux scènes, dont celle de sa mort qui survient dès le début du film, avant même que le générique d’ouverture retentisse. Un choix qui peut paraître étrange mais qui est surtout dicté par la volonté de la comédienne de ne pas être trop présente à l’écran, la jeune femme ayant été harcelée par un fan du premier film il y a peu. De quoi refroidir un bon coup…

 

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C’est donc avec une séquence très tendue que débute Le Tueur du Vendredi, la pauvre Alice (Adrienne King, donc), se réveillant en pleine nuit après avoir fait d’horribles cauchemars qui permettent à Steve Miner de caser des flashbacks du premier film. C’est désormais dans la peur que vit la jeune fille, persuadée que Jason est toujours en vie et va venir la chercher. Après tout, il l’a agrippée à la fin du premier film dans une scène particulièrement culte. Elle a en tout cas bien raison de piquer un stress puisque le gaillard débarque chez elle et lui enfonce un tournevis dans la tempe. Ca démarre sur les chapeaux de roue, tous les slashers ne se permettant pas forcément d’éradiquer leur héroïne dès le départ. Sans doute la scène au suspens le mieux géré du film, d’ailleurs, mais qui pose également un problème. De toute évidence, Alice ne vit pas à coté de Crystal Lake, et l’on se demande bien comment Jason a fait pour la retrouver. Pour rappel, il est mentalement limité et on a du mal à le voir chercher l’adresse de la jeune fille dans le bottin, quand bien même il a son numéro de téléphone puisqu’il lui sonne avant de la tuer. On voit mal le tueur prendre la voiture et se rendre chez la jeune femme, ni même prendre le bus ou le train, son sac à patates sur la tête (car oui, pas encore de masque de hockey dans ce deuxième film !). Une idée tellement peu raccord avec le personnage que certains sont persuadés qu’Alice est tuée par un stalker lambda, ce qui ne tient pas non plus puisque cette dernière retrouve dans son frigo une tête que l’on suppose être celle de Madame Voorhees. Bref, ce n’est pas très clair et ce début ressemble fort à un bébé girafe qui aurait encore du mal à tenir sur ses deux jambes, prêt à se casser la gueule à tout moment.

 

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Heureusement, Steve Miner ramène bien vite son tueur baraqué dans les environs du camp Crystal Lake, là où une bande de jeunes se prépare d’ailleurs pour les colonies de vacances, qui ne seront pas si jolies que ça, n’en déplaise à Pierre Peret. Pas très poli avec le voisinage, Jason va très vite se mettre à décimer la troupe, pas très partisan des parties de jambes en l’air et du joint. C’est que c’est l’icône la plus rabat-joie de l’horreur, le Voorhees. Inutile de chercher plus profond niveau scénario, d’ailleurs, on à là le script de base de n’importe quel slasher, cette séquelle se calquant sur le premier film pour être sûr de ne pas perdre le public en route. Si vous avez aimé le premier, il n’y a à priori aucune raison que vous n’appréciez pas ce number 2, rigoureusement identique à son aîné. La seule grosse différence se trouve au niveau du gore, la MPAA n’ayant pas été aussi laxiste qu’avec le premier film, ne s’attendant visiblement pas à son succès. Elle prend donc les devants avec Vendredi 13 part 2 et le coupe dans tous les sens, ce qui va devenir une habitude, tous les films suivants subissant des coups de ciseaux dans leurs pellicules meurtries. L’opus de Steve Miner est donc moins visuel que celui de Cunningham, qui avait pour lui des haches en pleine gueule ou des gorges transpercées en gros plan. Retirer le gore d’un slasher n’est jamais lui rendre service, c’est un peu comme se retrouver devant un Kaiju-eiga dont aurait viré tous les combats de monstres, ça n’a aucun intérêt. Le Tueur du Vendredi a donc un peu de mal à se relever de ce tacle qui l’aura propulsé au sol, mais heureusement le film ne lâche pas l’affaire.

 

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Car aussi chastes soient-ils, les meurtres ne sont pas mal. Bien sûr, on ne peut pas parler de ceux-ci sans mentionner La Baie Sanglante de maître Bava, le double-meurtre à la lance étant repris tel quel par Miner. Hommage, plagiat, Jason avait vu le film dans la semaine ? Peu importe, même déplacé dans un autre film et avec moins de force (faut dire que la censure n’a rien renforcé), ce lancé du javelot reste bien planté. On appréciera également le coup de la machette qui vient faire un bisou à un pauvre paraplégique, qui se retrouve poussé en arrière par la force du choc et dévale des escaliers. Une scène brutale encore renforcée par un zoom agressif et un effet sonore explosif. Fallait oser ! Jason commence donc sa carrière avec panache, même s’il est assez diffèrent de celui qu’on va côtoyer durant trois décennies et neuf films. C’est qu’il débute dans ce deuxième film, ses mouvements ne sont pas encore bien assurés, il manque de pratique et cela se sent. Car outre son look qui manque un tantinet de classe (le sac à patates sur la tête, c’est spécial), le tueur olympique est également très maladroit, se cassant la gueule en essayant d’attraper sa proie, qui en plus lui envoie un coup dans les valseuses, l’immobilisant un moment. C’est que le gaillard n’était pas encore le char d’assaut impossible à stopper que l’on connaît, preuve en est la scène assez incroyable de la chaise. Installez-vous, je vous raconte ! Notre héroïne, Ginny, a Jason au cul et décide de se planquer sous le lit, ce qui lui permet de ne pas être vue par Monsieur Patate. Mais, comme de par hasard, un rat débarque, comme sorti de nulle part, et vient se coller contre la pauvre fille qui, apeurée, se met à pisser dans son froc. Un psychopathe avec une pioche qui me court après, même pas peur, mais un rat, c’est trop horrible ! Et on dirait que Jason a un bon odorat car il se retourne justement à ce moment-là, remarquant la flaque jaune qui s’écoule de sous le lit. Comptez sur lui pour passer à coté de sa future victime mais une goutte de pisse ça il la repère direct ! Soudain traversé par une idée géniale, ce qui ne lui arrive pas souvent, il se met debout sur une chaise, attendant que Ginny sorte de sa cachette pour lui donner un bon coup. Et ça marche puisque la gamine se croit en sécurité et sort de sa planque dans la seconde ! Enfin, ça AURAIT marché si la chaise sur laquelle le grand con se trouve n’avait pas plié sous son poids, se brisant en une dizaine de morceaux, faisant tomber notre tueur favori, qui s’écrase au sol sans avoir ne serait-ce qu’effleuré Ginny, qui en profite pour s’emparer d’une tronçonneuse et lui refaire la boutonnière. C’est ballot…

 

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Parlons-en un peu de la Ginny, d’ailleurs, incarnée par une Amy Steel qui mériterait le prix de la meilleure héroïne d’un Vendredi 13. C’est effectivement l’une des plus sympathiques, des plus naturelles, intelligentes et, surtout, meilleure actrice que la saga se sera offerte. Elle est crédible et, pour une fois, on n’a pas trop envie que Jason en fasse de la saucisse. Elle n’a aucun mal à s’élever au-dessus de la masse que constituent ses petits copains, pas nécessairement énervants, mais pas franchement attachants non plus. Ils sont là pour se faire trucider, ou se dénuder pour les filles, rien de plus, il est donc inutile de leur en demander trop. On n’en demandera pas plus à Steve Miner, qui n’est de toute façon pas là pour enfanter un film plastiquement parfait. Il vaut d’ailleurs mieux surfer sur l’aspect un peu sec du premier film, ce qu’il fait en se permettant tout de même une meilleure réalisation générale. Plus habile pour manier une caméra et structurer son film, il parvient à réparer les erreurs de Cunningham, qui ne parvenait pas toujours à insuffler du rythme à son œuvre maîtresse. Pour autant, Vendredi 13 Part. 2 reste un slasher standard, pas vraiment meilleur que la moyenne, trop handicapé par une censure castratrice. C’est bien simple, le tournage a été plus sanglant que le film lui-même puisque le cascadeur jouant Jason a eu un doigt éraflé par une machette tenue par Amy Steel. Finalement, ce deuxième opus est-il plutôt dans les bons ou mauvais films de la franchise ? Ni dans l’un ni dans l’autre ma bonne dame, il se classe plutôt dans la bonne moyenne, se distinguant surtout par quelques idées assez déviantes et glauques. L’idée la plus sympathique du film est certainement la tête de Pamela Voorhees, entourée de bougies et placée sur un autel par son fils, ce qui donnera une idée à Ginny qui empruntera les habits de la morte pour troubler Jason. Pas de quoi transformer un slasher quelconque en modèle du genre, mais suffisant pour donner un peu de goût à un spectacle pas déplaisant, qui arrive à surpasser son modèle sans trop de mal.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Steve Miner
  • Scénario: Ron Kurz, Phil Scuderi
  • Titre original: Friday the 13th part II (USA)
  • Production: Steve Miner, Paramount Pictures
  • Pays: USA
  • Acteurs: Amy Steel, John Furey, Adrienne King, Kirsten Baker
  • Année: 1981

One comment to Vendredi 13 part.2: Le Tueur du Vendredi

  • Seb  says:

    Jolie critique, je me suis bien marré. Assez d’accord sur le contenu du film, même si j’ai été bien moins indulgent que toi. Je devais être dans un mauvais jour quand j’ai écrit mon texte. Ce qui est sûr, c’est qu’effectivement tout le battage fait autour de Vendredi 13 n’est pas franchement mérité.

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