Hauntedween

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Peu en ont parlé, et personne dans le microcosme horrifique ne l’a pleuré, mais Doug Robertson s’est éteint le 31 mai 2020 là où il s’était éveillé, à Bowling Green dans le Kentucky. Une indifférence qui s’explique par le fait que le bonhomme n’a en tout et pour tout signé qu’un seul B-Movie, un Hauntedween (1991) pour lequel il mouille ses terres du jeune sang d’adolescents montant une attraction horrifique… dans une piaule où traîne véritablement un psychopathe sanguinaire.

 

 

De son petit nuage gris, là haut, tout là haut dans le ciel, Doug Robertson ne verra peut-être pas sa tombe devenir un lieu de pèlerinage pour les fantasticophiles, mais peut-être qu’avec un peu de chance quelques acharnés de la Série B crieront sur les toits que son unique méfait a pour lui un point de départ aguichant. Belle idée effectivement que d’aller se caler dans un train fantôme, repaire de monstres à deux francs et de démons en papier mâché où nous aimons tous nous perdre, mais aussi un lieu étrangement peu représenté dans le genre. Même si l’on se figure assez vite que Robertson ne fera pas aussi bien que Tobe Hooper avec son Massacres dans le Train Fantôme, au moins pouvons-nous lui reconnaître qu’il avait de l’idée. Hauntedween, qui malgré son titre n’a que peu à voir avec les festivités qui nous occupent à la fin octobre, se penche sur le cas du petit Eddie Burber, dont la famille tient au beau milieu de la campagne une bicoque qu’ils ont transformée en attraction d’épouvante, dans laquelle elle accueille les plus courageux pour les faire sursauter à coups de fantômes factices. Forcé de tenir la billetterie, Eddie s’ennuie et rêve de distribuer des frousses lui aussi, et peu avant la fermeture de la mini foire aux goules, le garnement s’y infiltre et commence à courser une gamine. Terrifiée par le marmot masqué, elle oublie de regarder où elle va et s’empale sur un piquet de bois. Enragé, Ed en rajoute une couche de violence et décapite la gosse d’un bon coup de machette. Au moins Hauntedween n’épargne-t-il personne, couettes ou non, jupette ou pas. Et au moins la patine générale ne se fait-elle pas dégueulasse, Robertson, pour le simple débutant qu’il était alors (et qu’il est donc resté), savait placer ses éclairages, autrement plus travaillés que chez le direct-to-video moyen. Un peu comme dans le piètre Hollow Gate, le coup de sang du petit Eddie le pousse à une vie de reclus, et sa pauvre mère se résoud à l’élever à l’abri des regards dans la brousse américaine. Vingt ans plus tard, Burber a certes bien grandi mais n’en a pas pour autant abandonné son envie de faire flipper le chaland. Voire même de lui faire rouler la tête au sol. L’occasion de jouer aux boules avec les membres humains lui sera bientôt donnée, car non loin de chez lui une fraternité désespérément en besoin de liquidité cherche une activité leur permettant de remplir leurs caisses. Pourquoi ne pas leur proposer d’aller coller quelques frousses dans sa baraque abandonnée, dès lors ? Car tout le monde sera content, au fond : les jeunes de lever quelques fonds, et Eddie de les trucider par derrière et faire passer ses meurtres pour un spectacle grand guignolesque.

 

 

Hélas, si Hauntedween a une bonne idée de départ et sait déjà comment remplir son troisième acte, il ne sait pas trop quoi faire de son second. Que ce soit pour meubler ou parce qu’il pense qu’il y a là matière à renforcer le potentiel commercial de son œuvre, Robertson opte pour le teen movie à tendance sexy comedy, et va rejoindre le banc des cancres avec tous ces Porky’s, Screwballs et Joystick en vogue dans les 80’s. Burber et ses turpitudes s’effacent alors, et laissent la place à tout un amas de clichés issus du cinoche estudiantin. Beuveries où ça rote bruyamment, déballage de poitrines féminines, amourettes triangulaires, petites blagounettes entre amis, journées en bord de lac… Patient devra être le slasherophile venu dans cette turne avec l’espoir de s’y salir les chaussettes à force de patauger dans les viscères chaudes de la jeunesse américaine. Et clément il devra être envers cette peu passionnante histoire de séparation/remise en couple du beau gosse de service et de sa blonde, qui hésite entre son premier amour et un autre beau brun très entreprenant. C’est chiant, pas plus original qu’un épisode de série espagnole sur Disney Channel, mais il faut bien atteindre la ligne d’arrivée, comme toujours située à 80 minutes de pelloche… On fait néanmoins bien de tenir bon, car le final retrouve ses belles couleurs, lorsque Burber arnaque ses étudiants et construit une nouvelle maison hantée en parallèle de la leur, puis les y tire pour les torturer et les exécuter. Robertson pique ici un meurtre à Halloween, et là le sous-bois aux étangs brumeux des Vendredi 13, mais remonter à H.G. Lewis et son The Wizard of Gore lui permet d’avoir une petite dizaine d’années d’avance sur Hostel et le torture porn, et lui offre la chance de se distinguer du tout venant du slasher flick. Décapitation nette à la batte de baseball, ouverture des veines d’une cocotte, chaise électrique, tronçonnage de nuque façon chainsaw massacre

 

 

Gentiment gore, joliment sévère, Hauntedween gagne ses galons quand son Burber fait le show et offre à un public en demandant toujours plus des carnages bien réels. Pas de quoi crier « venez voir ! » ni oublier que le chemin est long et rocailleux jusque-là, d’autant que le jeu d’acteur très limite (les spectateur de la tuerie, tous ridicules) et une conclusion à la fois grotesque et poétique (le héros tire au fusil de chasse dans le coffre du van de Burber, et cela suffit à le faire exploser… mais l’assassin continue sa route dans la nuit noire, dans son véhicule enflammé!) tirent l’ensemble vers le bas. N’empêche qu’on a vu bien pire en matière de low budget cheesy du début des années 90…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Doug Robertson
  • Scénario : Doug Robertson
  • Production : Cory Lash, Doug Robertson
  • Pays : USA
  • Acteurs : Brien Blakely, Blake Pickett, Brad Hanks, Leslee Lacey
  • Année : 1991
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