Witchboard 2 : La Planche aux Maléfices

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Kevin Tenney n’a jamais vraiment poussé mémé dans les orties, mais ça ne l’a jamais empêché de divertir son homme via quelques Witchtrap, Night of the Demons, The Cellar et surtout Witchboard. Sans conteste le meilleur du lot, c’est ce dernier qui se vit offrir une continuité en 1993 avec Witchboard 2 : La Planche aux Maléfices. Une suite respectant évidemment le mauvais esprit de l’original, et épelant à nouveau de faux mots doux à l’aide de sa planche occulte, non sans apporter quelques menues nouveautés à sa spirit party.

 

 

L’avantage du temps qui passe, c’est qu’il efface toute langue de bois, et désormais bien conscient que sa carrière est désormais derrière lui, Kevin Tenney dit ce qu’il pense et avoue du bout des lèvres que Witchboard II a collé un petit coup de frein à sa montée en puissance au début des années 90. Car alors qu’on le prévoyait déjà aux commandes d’un Witchboard III qui ne manquerait pas d’arriver, et arriva d’ailleurs bel et bien, le Kev’ décide sur le set du deuxième de se mettre du côté de son premier rôle féminin plutôt que de taper du poing sur la table avec ses producteurs. Ceux-ci voulaient en effet que la mignonne Ami Dolenz (Pumpkinhead 2) se débarrasse de ses laines et délivre un peu de nudité, histoire de flatter un marché international jamais contraire à un face-à-face avec de jolies poitrines. Impensable pour l’actrice principale, et en bons termes avec elle, Tenney décide de lui faire garder la doudoune, sans se douter que cela lui coûtera sa place de réalisateur sur le moins prude troisième chapitre de la saga. Pour ne pas perdre la main, le metteur en scène ira tailler du bois maudit dans Pinocchio’s Revenge trois années plus tard. Mais avant cela, La Planche aux Maléfices, que découvre la blonde Paige (Dolenz, donc) dans son nouvel habitat, un grand appartement où elle pourra s’adonner à sa passion première : la peinture. Puisqu’elle vient de trouver la planche de Ouija dans un placard, autant la tester, et la voilà en liaison direct avec Suzanne, une ancienne locataire dont on ne sait trop ce qu’il en est devenu. Selon le fantôme, elle fut horriblement assassinée, et sous-entendrait que sa dépouille fut enterrée dans une forêt à quelques kilomètres de là. Selon les autres habitants, Suzie aurait simplement disparu, serait allée vivre on ne sait où avec on ne sait qui, et allez savoir avec quel ectoplasme converse notre mignonne. Tout au plus Paige apprend-elle que la précédente maîtresse des lieux était diablement sexy et faisait tourner bien des têtes… Dont celle de l’homme à tout faire, accessoirement l’époux de la propriétaire, qui quelques jours plus tard est retrouvé ébouillanté dans la cave.

 

 

Pas de mystères inutiles, pas de grandes révélations : Suzanne flotte bien dans la bâtisse et règle ses comptes, tandis que la petite Paige mène l’enquête et arrondit les angles du triangle amoureux dans lequel elle s’est coincée. Car pour mieux mettre les mains dans la gouache, la jeunette a plaqué son flic de petit copain, trop autoritaire à son goût, et le courant passe mieux que bien avec le frangin de sa proprio, dont elle a fait la connaissance dans son nouveau loft. A cheval entre son amitié avec la spectre, dont elle veut découvrir le sort, et les battements de son petit coeur tantôt dirigés vers le costaud policier, tantôt vers le sensible photographe (John Gatins, plus tard scénariste de gros bidules comme le Power Rangers de 2017, Flight et Real Steel), la courageuse se transforme peu à peu, comme si celle qu’elle voulait aider prenait possession de son corps. Car après des cauchemars violents où elle assiste à des coups de poignard et voit la planche Ouija muter en une main étrangleuse, Paige change, se met à jurer, menace une concurrente pour une promotion au travail (vrai que la vilaine le méritait en cachant ses dossiers) et change sa garde-robe, portant des fringues de plus en plus short. Paige devient aussi hot que l’invisible Suzanne avec laquelle elle semble cohabiter, comme si la défunte se servait du corps de la vivante pour venir quérir vengeance. Ca nous change un peu du barbu assassin du premier film, le big bad ghost d’alors étant une véritable boule de haine liquidant du quidam pour le simple plaisir de répandre le Mal. Moins direct, Witchboard II tente de faire planer un petit mystère, pas tout à fait policier mais pas loin, preuve que Tenney, aussi scénariste, essaie tant que faire se peut de ne pas donner dans le bis repetita. D’ailleurs, les tueries sont ici rares, comme si l’auteur s’intéresse plus à ses secrets qu’à son spectacle. Un calcul assez peu savant, car on voit venir toutes les révélations bien avant leur atterrissage : on se doute bien de qui est à l’origine de la mort de Suzanne, et on ne doute pas qu’une fois en possession des courbes de la pauvre Paige, la chaudasse ne rendra plus les clés.

 

 

Sans doute aurait-il été plus judicieux d’ajouter quelques séquences visuellement fortes, le gros de Witchboard II étant composé de jeunes gens discutant un peu de ce qu’ils savent et beaucoup de ce qu’ils ignorent. Entre les coups, on a le rappel que Tenney a beaucoup aimé les films de Sam Raimi, et il fait donc virevolter sa caméra dans tous les sens, la faisant traverser une voiture, suivre une scie flottante, flotter dans le large studio de Paige et filer à toute allure à travers une rue. Dommage que ça ne remue pas toujours de la sorte, d’autant qu’il y a de l’idée ici (un protagoniste finit écrasé par un boulet de démolition) et que le budget permet quelques carambolages tout sauf indignes. Mais Tenney semble vouloir prouver ses qualités de scénariste avant tout le reste, et si ceux-ci sont bien réels (belle galerie de personnages, script bien construit), il oublie un peu vite qu’une petite Série B y gagnera toujours à aller droit au but. Witchboard II traîne donc un peu trop des pieds, mais ne démérite jamais vraiment non plus et confirme que malgré une filmo inégale, Tenney était un faiseur auquel il était permis de s’attacher.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Kevin Tenney
  • Scénario : Kevin Tenney
  • Production : Walter Josten, Jeff Geoffray
  • Pays : USA
  • Acteurs : Ami Dolenz, Christopher Michael Moore, Timothy Gibbs, Laraine Newman
  • Année : 1993

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