I Was a Teenage Werewolf

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Si cette AIP versant aussi bien dans les nuitées macabres au caveau de Poe que dans les invasions de grosses bébêtes à pinces, eut l’image d’une maison de retraite où les Peter Lorre, Boris Karloff et en moindre mesure Vincent Price venaient profiter de leurs vieux jours, elle n’en goûta pas moins au jeunisme en lançant sur le marché I Was a Teenage Werewolf (1957), fer de lance de toute une vague de teen monsters ravagés par l’acné. Ou les premiers poils.

 

 

 

Cela aurait causé une sacrée descente d’organes à toutes les grands-mères des années 70 et 80, mais Michael Landon, le gentil Charles Ingalls de La Petite Maison dans la Prairie, avant d’être le père de famille modèle et l’incarnation même d’une vie simple passée devant le feu de cheminée, fut un louveteau assassin rôdant dans les gymnases pour y écorcher de l’acrobate. Oubliez donc le souriant paysan, Landon incarne ici Tony, jeunot rendu bagarreur par cet âge ingrat venu mettre le souk dans ses humeurs. Envoyez lui une tape amicale dans le dos et le petit gars vous collera son poing dans le groin. Faites mal votre travail en sa présence, et vous serez bon pour une soufflante mémorable. Et surtout, ne faites pas de lui un sujet de moquerie ou de blague, sinon c’est la soirée aux urgences assurée, à se faire poser des ratiches en céramique par un dentiste fatigué de jouer au potier. Tony franchit d’ailleurs la ligne rouge lors de la soirée d’Halloween qu’il passe avec sa petite copine et quelques camarades, où les uns et les autres se foutent la frousse à coups de masques de vieillard, de seau d’eau jetés à la figure et de coup de trompette dans les tympans. Et quand vient son tour de subir les rires adverses, le grand garçon voit son faible sang-froid voler en éclats et tabasse le petit chanteur de la troupe, non sans avoir repoussé violemment sa girlfriend. Conscient qu’il est temps de consulter, Tony se rend au cabinet du sinistre Dr. Brandon (Whit Bissell, Creature from the Black Lagoon), savant fou dont le travail porte sur les instincts bestiaux enfermés au fond de l’Homme. Le fauve que l’on cache en nous, Brandon veut donc le réveiller d’un coup de sérum et d’un peu d’hypnose, et sous couvert de se charger des sautes d’humeur de Tony, le praticien le transforme en vérité en un sauvage loup-garou, incapable de contrôler ses pulsions de mort.

 

 

Sous son poil de low budget anecdotique et simple comme une addition de niveau maternelle, I Was a Teenage Werewolf cache en vérité un lanceur de mode, puisque après ses hurlements à la lune – enfin pas vraiment à la lune, ce lupus ne sortant pas spécialement de nuit et n’étant pas un wolfman classique – les maisons de production orientées fantastique allèrent zoner du côté des casiers, de la cantine et des terrains de foot des universités et lycées, histoire d’y revigorer quelques vieilles légendes. Éphèbe changé en créature de Frankenstein, homme des cavernes dans la fleur de l’âge, petits hommes verts aux airs de bacheliers… Une petite invasion, principalement des drive-in puisque les pontes d’AIP, les éternels Samuel Arkoff et James H. Nicholson, savent que c’est là que se réuniront les jeunes pressés de s’échanger un peu de salive entre deux coups de pattes du teen wolf. Comme souvent dans le genre et à l’époque, il faudra se montrer patient avant que le streum ne sorte de sa niche, le réalisateur Gene Fowler (I Married a Monster from Outer Space) offrant à son malheureux Tony une exposition confortable. Une bonne opération, car on finit par s’attacher à cette tête brûlée, devenue violente suite aux frustrations ressenties depuis la mort de sa mère, et sur lequel le sort s’acharne encore en mettant sur sa route un scientifique dément, qui plutôt que d’apaiser sa rage la démultipliera. Et si nos yeux ne libéreront pas des rivières salées lors du final, évidemment dramatique, on quittera cette jolie fourrière en se disant qu’elle ne manque pas de coeur pour un B-Movie fait à la va-vite, et que l’équipe avait de toute évidence très envie de bien faire. Tout cela est certes extrêmement classique, des tourments du héros maudit à la malveillance du docteur, en passant par ces soirées dansantes des ados bien ancrées dans les années 50, et donc sages et sans mains baladeuses. Mais tout cela est fort plaisant et Fowler a quelques idées de mise en scène (la découverte du monstre par une gymnaste qui a la tête à l’envers), pas toujours très bien exécutées certes, et la créature évoque plus volontiers les petits chiots qui montrent les dents pour montrer leur petite bravoure. Mais vous savez ce qu’on dit : c’est l’intention qui compte. Quant à Landon, s’il se dit qu’il était gêné lorsque quelqu’un évoquait I Was a Teenage Werewolf en sa présence, il n’en tournera pas moins un épisode parodique dans la série Les Routes du Paradis, dans lequel il se grimera en homme-loup pour effrayer quelques petites frappes. Le nom de l’épisode ? I Was a Middle Aged Werewolf. Bien trouvé.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Gene Fowler Jr.
  • Scénario : Aben Kandel, Herman Cohen
  • Production : Herman Cohen
  • Pays : USA
  • Acteurs : Michael Landon, Whit Bissell, Yvonne Lime, Barney Phillips
  • Année : 1957

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