Zombie Rampage

Category: Films Comments: No comments

Plutôt calme dans les années 2000 après des eighties et nineties bien remplies question bifteck saignant, Todd Sheets semble désormais très décidé à rattraper le retard pris lors de sa décennie sabbatique, et enchaîne les projets depuis 2013. Clownado, Bonehill Road, Hi-Fear, Final Caller… et un certain Zombie Rampage 2 ficelé en 2018, signe d’un retour espéré dans un charnier qu’il avait visité à ses tout débuts. Et dont il ne gardait pourtant pas un souvenir impérissable…

 

 

« Zombie Rampage est mon premier film, mais aussi mon pire. Ca m’a pris une année et demie pour le finir parce que j’étais pris en otage par un cameraman complètement dingue, persuadé qu’il était le chef sur le plateau et me demandant toujours plus d’argent. Sans compter le tenancier d’un bar local qui devait financer le film mais a disparu sans donner de nouvelles, et un casting composé d’étudiants d’une école de théâtre du coin qui sont partis en vacances alors que je tournais, et pour certains jamais revenus ! D’autres sont partis parce qu’ils n’en pouvaient plus d’avoir à passer trois ou quatre heures avec ce con de cameraman. J’ai donc été forcé de couper dans mon script, dont il ne me restait que 68 %, et j’ai donc fais comme j’ai pu. C’était mon premier long-métrage, c’était une expérience misérable et j’ai bien failli ne plus jamais tourner de film après cela. » Il n’en fut bien évidemment rien et Todd Sheets ne s’est clairement pas laissé abattre, puisqu’il a au jour d’aujourd’hui signé quelques cinquante pelloches, et griffonné autant de scénarios. Des petits riens pour la plupart, il est vrai, avec une première partie de carrière dédiée aux délices cheap du shot-on-video, à l’arrière des jardinets ou dans les studios des copains, en rameutant les filles pour qu’elles y crachent du potage rougeaud sur la moquette, et une deuxième centrée sur des DTV low cost, avec tornades de pierrots meurtriers et loups-garous croqueurs de teenagers emmanchés. Sorti en 89, Zombie Rampage appartient bien sûr à la première catégorie, et ne nous étonne à aucun moment en déroulant toutes les tares habituelles du SOV : comédiens amateurs à côté de la plaque, éclairage fait à la lampe torche, prise de son malheureuse, caméra captant l’action n’importe comment (ça valait bien la peine de se la péter et faire chier le monde, Monsieur Cameraman).

 

 

Sheets ne nous surprend pas non plus en se servant de sa maigre histoire comme d’une banale excuse pour répandre de la tripaille partout où il passe. Un peu comme dans Les Guerriers de la Nuit – que le bon Todd doit probablement avoir en haute estime vu les quelques clins d’oeil qu’il lui envoie comme la présence de vandales grimés – différentes bandes de loubards se mènent une guerre sans merci dans les rues malfamées de Kansas City, au point de se suriner lorsque l’occasion se présente. Dépité de voir l’un des siens s’effondrer sur ce front crasseux – et peut-être s’agit-il de son véritable frère, mais vu que les dialogues sont souvent engloutis dans un brouhaha permanent ou le bruit du vent, rien n’est moins sûr – le chef de l’une des deux factions opposées met la main sur un bouquin occulte soi-disant capable de réveiller les morts. Les deux groupes rivaux finissent par en user, et le Missouri se retrouve très vite envahi par d’horribles figurants portant des masques de squelette, dégottés dans une boutique de farces et attrapes, et de pauvres connaissances du Sheets forcées de se plaquer de la crème fraîche et du maquillage bon marché sur la face pour se grimer en mort-vivants. Plus que la terrible lutte à laquelle s’adonnent quelques jeunes gens à la dérive, c’est l’arrivée des cadavres affamés qui intéresse le jeune auteur, certes aimant du cinéma de Walter Hill mais aussi et surtout très tenté à l’idée de trotter dans les catacombes bâties par Romero, et peut-être même Fulci. On l’avait vu dans son Goblin de 1993, notre petit énervé du caméscope aimait zoomer sur la viande lacérée et le pus dégoulinant des carcasses de ses suppliciés, comme le père Lucio se plaisait à le faire quelques lunes avant ça. Bon, une production Sheets ne pouvant ni se payer les services d’un Tom Savini ni même d’un Gianetto de Rossi, il faudra se contenter de chair à saucisse et d’aiguillettes de poulet plongées dans l’andalouse. N’empêche que pour du fait maison à trois dollars cinquante, Zombie Rampage délivre quelques dégueulasseries effectives et n’hésite pas à faire suinter des humeurs jaunâtres des fronts gâtés de ses macchabées. C’est cheap et sponsorisé par le rayon boucherie de Wallmart, mais un effort a été consenti, c’est évident.

 

 

Sheets n’est de toute façon pas du genre à vous vendre une sardine pour un saumon, et s’il vous promet un massacre, alors massacre vous aurez. Et personne ne sera épargné, pas même cette pauvre mère de famille et son poupin, attaqués par un petite groupe de zombies alors qu’ils se baladaient tranquillement en rue. Arrachage de langue pour la môman, et démembrement pour le bébé, parce que c’est comme ça que ça passe au Missouri, man ! Bon, le gosse n’est jamais qu’une poupée achetée dans un magasin de jouet, et la lavette un morceau de steak que crache la pauvre actrice, mais vous savez ce qu’on dit : c’est l’intention qui compte. Et elle est plutôt belle dans Zombie Rampage, petit Z promis aux notes de bas de page plutôt qu’aux longs paragraphes, pétris de problèmes de productions et de carences diverses et variées, mais dans lequel on a injecté une grosse dose de passion. Les racailles ne sont pas forcément très réussies, avec leurs vieux t-shirt des Misfits ou Harley Davidson, leurs nuques longues et leurs dégaines de hardos (il y en a un qui ressemble carrément à Dave Mustaine de Megadeth), Zombie Rampage ayant au final une culture très heavy metal. Et le chef se prenant pour un grand nécromancien a plutôt l’air d’être un cadre du Front National qu’un bagarreur cognant les clodos à l’ombre des bennes à ordures. Mais le poto Todd a au moins le mérite de ne pas s’en remettre à l’habituelle clique d’ados propres sur eux, et imagine des backgrounds assez développés à certains de ses protagonistes, comme ce vaurien rondouillard devenu fou depuis les maltraitances commises par son propre père. Pas si conne non plus, cette idée que parmi le petit gang de survivants, où se mélange canailles, gérant de bar et pères de famille, se cache un tueur en série ganté éventrant de la prostituée en douce. Encore un petit hommage à l’horreur ritale, celle peinturlurée de jaune ? Bien possible. Dommage que les difficultés d’un tournage en mode guerilla nous privent d’une véritable fin, Sheets emballant une dernière séquence brouillonne, où des zombies surgissent de toutes parts sans que l’on comprenne vraiment ce qu’il se passe à l’écran… Peut-être est-ce là le résultat d’un remontage pour le « director’s cut » proposé par Sheets, la première version du film, qui affichait quinze minutes supplémentaires, pouvant éventuellement clarifier les choses. On en doute cela dit, et on ne poussera pas le vice jusqu’à aller vérifier, car il ne faut quand même pas exagérer…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Todd Sheets
  • Scénario : Todd Sheets, Erin Kehr
  • Production : Louis Garrett
  • Pays : USA
  • Acteurs : Dave Byerly, Erin Kehr, Stanna Bippus, Beth Belanti
  • Année : 1989

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>