Even the wind is afraid (Hasta el viento tiene miedo)

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Le Mexique, une terre de castagne ? Un gigantesque ring ? Où les catcheurs masqués n’en finiraient plus de faire passer des momies aztèques par-dessus la troisième corde, pendant que des Dracula aux airs de toréadors comptent les points ? Pas seulement les amis, et face au virilisme ambiant se dressa dès 1968 un Carlos Enrique Taboada fort de vingt réalisations et d’environ quatre-vingt scripts, prêt à ramener le fantastique local dans des contrées plus féminines avec Hasta el viento tiene miedo, alias Even the Wind is Afraid.

 

 

Vous pouvez donc balancer vos moule-bites à paillettes au panier à linge, et cessez de vous arracher les poils du torse d’une poignée et opter pour l’épilation à la cire, puisque l’on ne parlera pas ici de super-héros à la Santo ou de cowboys administrant des baffes à un quelconque vampire sorti de sa crypte. Les héroïnes de Even the Wind is afraid (quel beau titre!) auront donc la peau douce, seront le plus souvent en robe ou enfoncées dans de jolis petits tailleurs de lycéennes, et causailleront flirts d’été et premiers baisers. Des gentilles chipies aux chastes désirs, enfermées dans un pensionnat pour jeunes bourgeoises, où la gentille Madame Lucia leur apprend la vie tandis l’inflexible Bernarda, peu souriante directrice des lieux, veille à ce qu’elles ne vivent pas trop, justement. On ne rit pas, on ne rêvasse pas, et on ne peuple surtout pas ses nuits d’indécentes pensées. Celles de Claudia sont d’ailleurs peu rosées, son sommeil volant en éclats à chaque fois que s’y immisce une fille pendue, écolière retrouvée cinq ans plus tôt la corde au cou dans la tour, depuis abandonnée et cadenassée, se dressant au fond du parc de l’établissement. Curieuses, les filles s’approchent d’ailleurs de la tourelle interdite et se persuadent d’y avoir croisé le regard d’une jeune spectre. Des investigations peu au goût de Bernarda, qui punit la moitié de la classe, privant les jeunettes de vacances et donc de retour dans les maisonnées. Les voilà donc enfermées à l’école, et donc avec la fameuse Andrea, fantômette glissant hors de sa prison de briques pour faire souffler un vent tempétueux, et ces demoiselles s’affolent encore plus lorsque Claudia, somnambule, fait une mauvaise chute et se réveille avec une nouvelle personnalité… que Lucia assure proche de son ancienne élève décédée. Les sixties restent égales à elles-mêmes, et donc une période dorée pour qui aimait se perdre dans les dortoirs des internats de luxe, et l’on se souvient encore du beau Werewolf in a Girls’ Dormitory, et surtout du chef d’oeuvre La Résidence, cousin espagnol au présent Even the Wind is Afraid. Et parent moins optimiste, car chez Narciso Ibáñez Serrador on n’hésitait pas à étaler de la pucelle putréfiée, et loger dans sa pension un cruel assassin visant le tendron. En comparaison, la pelloche de Taboada ferait presque figure de petit loisir déjà désuet en ces années où les écrans commençaient à se rougir.

 

 

Pas de sang, pas vraiment de cadavres non plus, mais des bourrasques arrachant les branches, des hiboux hurlant à la nuit et un fantôme flottant ça et là sur le domaine, fixant les vivants à travers fenêtres et buissons. Pas la grosse pétoche, et on tremblera moins que la bise du titre, mais Taboada connaît son métier et pose quelques scènes du plus bel effet, comme celle voyant une Lucia paniquée traverser le jardin à minuit, alors que les arbres se plient sous le poids d’une petite tempête… et qu’Andrea la regarde à distance. La classique formule de la maison hantée, seulement transportée dans les palais du savoir, mais puisque celle-ci a fait ses preuves… Hasta el viento tiene miedo ne propose d’ailleurs aucun sursaut nouveau, pas plus qu’une ribambelle d’effets tapageurs, et plutôt que de s’essayer à des situations nouvelles, il préfère se reposer sur son caractère clair/obscure. Sinistre quand elle déploie tout l’attirail de la ghost story habituelle (remise poussiéreuse, mystérieuse porte fermée à double tour, secrets jalousement gardés par une maîtresse des lieux comme de juste coupable du trépas de la petite morte, de son côté évidemment en quête de vengeance), notre gentille bisserie mexicaine prend des couleurs et se fait lumineuse quand elle colle aux gaies journées de ses étudiantes, qui dansent, chantent, se croient au Moulin Rouge, regardent les photos de leurs beaux copains et les retrouvent en cachette lorsque ceux-ci ont le courage de braver les murs du pensionnant. Des filles un peu anonymes, si ce n’est la plus délurée et mature Kitty, déjà prête à accueillir le mâle en elle, et évidemment la Claudia bientôt possédée, mais qui forment un groupe avec lequel il est très plaisant de tuer le temps, et Even the Wind is Afraid jouit d’une ambiance bien meilleure que ce que son patronyme lugubre laisse suggérer. Les cocottes claqueront donc un peu des dents, mais on sent bien que le but premier de Taboada n’est pas de les précipiter dans la tombe, et il les récompense même de leur vaillance en concluant sur une journée piscine au soleil, signe de la libération des mœurs et de l’assouplissement des règles au sein de l’établissement. Elles les méritaient bien.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Carlos Enrique Taboada
  • Scénario : Carlos Enrique Taboada
  • Production : Jesus Grovas Ludewig
  • Pays : Mexique
  • Acteurs : Alicia Bonet, Norma Lazareno, Marga Lopez, Maricruz Olivier
  • Année : 1968

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