Leprechaun

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Depuis que le père Joe Dante a défoncé les sapins de Noël avec ses malpolis Gremlins, le cinéma fantastique et d’horreur n’a eu de cesse de prouver que tout ce qui est petit n’est pas mignon. La preuve par neuf avec Leprechaun (1993), dans lequel Warwick Davis, vaguement starifié par Willow, se laisse pousser sourcils et rouflaquettes et adopte la mauvaise peau pour mieux aller estourbir le bon peuple, coupable selon lui de s’être emparé de ses piécettes d’or.

 

 

On a tous des lacunes, y compris dans nos passions les plus dévorantes. Pour votre serviteur en état de décomposition avancée, son talon d’Achille, son trou culturel, c’est la saga Leprechaun, forte de sept épisodes (huit si l’on compte le vrai/faux remake Leprechaun : Origins) qui virent tour à tour le lutin magique tout miser au bandit manchot à Las Vegas, s’envoler vers les étoiles et réviser ses rimes avec les rappeurs dans quelques ghettos. Une franchise dont je n’ai vu que des bribes, passées jadis à la télévision belge, et que je ne visionnais que d’un œil crevé, en faisant autre-chose le plus souvent, et jamais en entier, faute d’être arrivé à temps pour assister au départ. Bref, c’était pas l’idéal pour se faire une idée sur ce que vaut le diable avare, et comme il n’est jamais trop tard pour bien faire, c’est presque trente piges après la sortie du premier épisode que je décide de m’y coller sérieusement. En commençant par le commencement, orchestré par un Mark Jones jamais passé à la postérité malgré la création du personnage. Ce n’est d’ailleurs pas faute d’avoir essayé de lui concocter des copains avec lesquels folâtrer, puisqu’en 95 le réalisateur/scénariste retrouvait les vieilles légendes avec le rigolard Rumpelstiltskin, et qu’en 2008 il retournait à l’épouvante miniature via Triloquist. Pas de quoi devenir un Master of Horror, mais au moins le gazier peut-il compter sur les chèques tombant à intervalles réguliers, puisqu’en créateur du personnage Leprechaun il a bien évidemment droit à son petit billet à chaque nouvel épisode produit. Et l’un dans l’autre, sa carrière le bon Marky l’a de toute façon surtout menée dans le divertissement pour enfants, rédigeant les scripts de nombreux épisodes de séries pour la jeunesse, son stylo s’usant pour des épisodes de Scooby-Doo, Yogi Bear, James Bond Jr., Mr. Magoo, Megaman et la version animée de Police Academy. Une carrière dans le cartoon qui se ressent tout au long de ce premier Leprechaun.

 

 

Convaincu qu’un show portant le nom de sa star doit la mettre en avant, que dis-je, la plaquer à l’écran 90 % du temps, Jones met les petits petons de son monstre dans le plat et nous le présente dès l’introduction dans sa tanière, occupé à bredouiller tout l’amour qu’il porte à son or. Celui-ci ne lui appartiendra bientôt plus, un vieil Irlandais profitant du décès de sa pauvre mère pour faire venir ses cendres aux USA… avec dans l’urne funéraire les fameux écus étincelants. Conséquence immédiate, l’arrivée d’un Leprechaun pas prêteur et prêt à pousser des mamies dans les escaliers pour récupérer sa bourse. Le vieux parvient néanmoins à enfermer la radine créature dans une caisse en bois, posant un trèfle à quatre feuille, point faible des lutins, sur le caisson pour qu’il ne puisse s’en échapper. Mais lorsque dix ans plus tard l’ancêtre quitte sa bicoque pour la maison de retraite et qu’à sa place s’installe une jeune Jennifer Aniston, pas encore occupée à se disputer puis se rabibocher avec son Ross, le trèfle ne fait pas long feu sur la boîte, dont sort évidemment le diablotin guère assagi par les ans. Et le grippe-sou de repartir à la chasse au fric. Problème : l’un des ronds a été malencontreusement avalé par Ozzie, simplet de la région ayant trouvé l’or au bout d’un arc-en-ciel, comme le veut la légende. Et comme un sou est un sou, Leprechaun compte bien se frayer un passage jusqu’à l’estomac du pauvre homme pour que les comptes soient enfin bons. Que dire de Leprechaun si ce n’est qu’on tient là la Série B des années 90 dans tout ce qu’elle a de plus classique ? C’est-à-dire sous forte inspiration des aventures les plus colorées et hilares du vieux Freddy Krueger, auquel on va même piquer l’idée du téléphone possédé, dont ne sort certes pas une langue salace mais un main baladeuse. Warwick Davis, un Robert Englund miniature ? Un peu oui, mais sans le caractère effrayant que revêtait le grand brûlé à ses débuts, Jones, qui se croit toujours avec ses chiens peureux, ses ours rois du pique-nique et ses stars du petit-déjeuner faisant tout son possible pour que Leprechaun ne soit jamais pris au sérieux.

 

 

Les meurtres se feront donc rares et jamais trop violents (nuque brisée, mauvaise chute, ventre troué au pogo stick, griffures), et seront commis par un nabot que Jones s’obsède à mettre sur roues, lui faisant traverser des couloirs en fauteuil roulant, prouvant ses talents de skateur, lui permettant de dévaler les routes en rollers, lui offrant une bagnole à sa taille ou une bicyclette. On ne cherche pas la terreur dans Leprechaun, mais la risette, et il n’y a guère que quelques esprits trop impressionnables pour s’offusquer du gentillet spectacle proposé ici, de ce petit carnage arrangé par une bestiole si risible qu’elle ne peut s’empêcher de frotter toutes les godasses sur lesquelles elle tombe, statut de cordonnier oblige. On s’amuse donc bien au fil de ce qui, dans la grande tradition des cartoons, n’est jamais qu’une longue (et un peu répétitive, il est vrai) course-poursuite entre Leprechaun et ses cibles, une sorte de scooby gang (Aniston pourrait être Daphné, le sous-Kevin Bacon pour lequel elle fond un Fred, Ozzie le peureux idiot un bon Scbooby/Sammy et le jeune garçon à leurs côtés une sorte de Vera en culottes courtes) qui rendra les coups quand il le pourra, sortant le fusil de chasse pour dézinguer un démon caché dans les placards. Dommage que les dialogues soient si peu recherchés et que ça patine souvent, le script faisant du surplace durant un long moment. Et on peine, à ce stade, à voir en quoi Leprechaun méritait tant de séquelles, de revanches et de déclinaisons. Mais on ne s’en plaint pas non plus, le plaisir pris par Warwick Davis dans le rôle étant au final très communicatif.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Mark Jones
  • Scénario : Mark Jones
  • Production : Jeffrey B. Mallian
  • Pays : USA
  • Acteurs : Warwick Davis, Jennifer Anniston, Mark Holton, Ken Olandt
  • Année : 1993

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