Schoolgirls in Chains

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Contrairement à la croyance populaire, la mode de la salopette poussiéreuse et du tablier souillé n’a pas été lancée par Massacre à la Tronçonneuse (1974), et une petite année avant que Leatherface ne montre de quel croc de boucher il se chauffe, c’était déjà journée portes ouvertes aux fermettes de la terreur. Les bouseux voyaient donc rouge dans Schoolgirls in Chains (1973), et kidnappaient déjà de la mamzelle pour former un harem dans leurs caves et celliers.

 

 

Jusqu’à présent, Don Jones nous avait autant soufflé le chaud que le froid. Le chaud, c’était son réussi The Love Butcher (1975), chronique des mauvais gestes d’un faux laideron mais vrai bellâtre, occupé à liquider de la MILF séduisante et de la housewife imprudente. Et le froid, c’était le mal foutu The Forest (1982), slasher sylvestre et fantomatique, jamais bien loin de tomber dans le ridicule le plus total. On se souvient encore de ce flashback voyant l’assassin se téléporter encore et encore devant sa proie, comme par miracle… Heureusement pour nous, le plus ancien Schoolgirls in Chains tient du bien cuit plutôt que du congelé, même s’il part mal en tentant de se faire passer pour un très lugubre film de donjon. Son poster frôle en effet la pub mensongère en annonçant le sadisme d’un bossu chargé de dénuder des femmes enchaînées, alors qu’un rat festoie dans son coin. Pas tout à fait une imposture, car il y aura bien un doux dingue qui sort le canif pour forcer ses captives à s’effeuiller, et leur prison n’aura rien d’une suite de luxe et sera effectivement parcourue par quelques rongeurs. Mais cette petite production d’abord nommée Playdead puis Abducted ! sera nettement moins salingue que ce que sa peinture suggère. Pire – ou mieux, c’est selon – Don Jones fait résonner les battements du petit coeur caché sous les bretelles de ses rednecks, dangereux mais pas forcément maléfiques. Oui, John (John Parker) et Frank Barrows (Gary Kent) enlèvent des petites étudiantes, attrapées sur les routes et ramenées dans leur maison reculée. Et le premier, simplet dont l’âge mental ne dépasse pas les sept ou huit ans, les force à participer à des jeux glissant progressivement vers le salace. Et lorsque la fureur s’empare de lui, Frank s’adonne au viol pour punir celles qu’il considère comme de véritables diaboliques. Mais comme souvent lorsque l’on parle mabouls, c’est là la faute de leur mère indigne, marâtre que l’on dit responsable de la disparition de son époux, qu’elle remplaça au lit par le beau et musclé Frank, le privant par la même occasion de véritables relations avec la gent féminine, définie comme néfaste et fourbe par la mère perverse. Toujours sous son influence, John et Frank voient donc les femmes comme des animaux de compagnie tout juste bons à occuper l’hyperactif autiste de la famille, et deviennent à leur manière des victimes eux aussi.

 

 

Schoolgirls in Chains, une Série B misogyne ? Moins que sa jaquette, car ici les filles se rebellent, pas toujours avec succès, mais toujours avec intelligence, usant de toutes les tactiques possibles et imaginables pour se tirer du pétrin puant dans lequel on les a fourrées. On essaie donc de devenir les confidentes d’un Frank peu à l’aise avec un sexe moins faible qu’il le croit, on joue les jeux dangereux de John (d’où le titre original Playdead, évidemment) pour le distraire et prendre la fuite, voire l’assommer dès qu’il se retourne… Ces Ginger, Bonnie et Sue ne sont pas là pour se laisser faire, même si celles enfermées depuis trop longtemps perdent de leur vivacité et ont tendance à abandonner une guerre pourtant pas perdue d’avance : à quelques mètres de la maison des Barrows se trouve un chemin de fer, et par-delà celui-ci, la civilisation. Reste que bien qu’attachantes et toutes très crédibles (le casting venait du théâtre, Don Jones ne se servant pas de son maigre budget comme d’une excuse pour s’entourer de débutants), les damsels in distress sont éclipsées par la fratrie terrible, garnie d’acteurs de premier plan. Venu lui aussi des planches mais disposant d’une formation de danseur, John Parker trouble dans le rôle de John, gosse d’une quarantaine d’années, au sourire angélique de celui qui vient d’entrer dans un magasin de bonbons, et n’ayant aucune compréhension des pulsions sexuelles qui l’assaillent. Beaucoup repose sur son interprétation, et de lui dépend l’équilibre tout entier du film, dont le principe est de vicier des récréations à priori innocentes (saute-mouton, faire le train) virant au cochon lorsqu’il ordonne à ce qu’il croit être des camarades et non des prisonnières de jouer au docteur. Et le voilà en train de les tripoter ou leur piquer les fesses avec des seringues de fortune, prenant son pied sans même le savoir. Parker a sa place chaudement gardée au carré VIP des dingues, et que gloire soit rendue à sa gestuelle, parfaite retranscription de ce que donne un enfant coincé dans un corps d’adulte. En cela, saluons l’excellent choix de la part du réalisateur d’avoir refilé le rôle à un danseur.

 

 

Dans un registre moins pétillant, Gary Kent se démarque également. Force tranquille, pilier de la maison veillant au grain, celui qui dû devenir le père de son frère est aussi l’âme la plus torturée de la maisonnée, puisqu’il est toujours hanté par le souvenir de la perte de sa première vraie petite-amie. Flashback : fier mais inquiet de présenter sa copine à sa vieille et vilaine maman, Frank apparaît devant elle la queue entre les jambes, et lorsque la jeune demoiselle s’éclipse pour aller faire le café, la maîtresse des lieux en profite pour annoncer à son fiston qu’il est trop bien pour celle qu’il a choisi et mime un malaise cardiaque pour s’assurer de sa bienveillance. Elle va jusqu’à lui demander un massage du sein, alors que la petite copine revient les tasses en main, découvrant que « seuls les doigts de son fils la soulagent ». Plus fort, plus fou, la cheftaine propose à son rejeton de s’éclipser (« pour aller jouer », comme s’il avait six ans) et annonce à la jeune fille qu’elle couche avec son propre fils, qu’il est son amant depuis ses quinze ans. La condamnation à une vie de célibataire pour Frank – sauf à compter que sa propre mère serait sa femme – et la privation d’une sexualité normale et la naissance de névroses que payeront les filles de la ville… Schoolgirls in Chains est donc bien moins simple que son titre de basse bande d’exploitation suppose, et tranche d’ailleurs avec ce que l’on attendait de lui par une ambiance solaire et apaisée (beaux décors d’orangeraies, à mille lieues des cabanons crasseux du genre) ainsi que par une bande-son originale, un peu ironique ou s’adressant directement aux personnages (« Ruuuun ! Ruuuun ! » hurlent les paroles).

 

 

Fort bien réalisé et profitant d’un rendu plus pro que bien des productions du même acabit sorties au même moment, Abducted ! n’en souffre pas moins de certains défauts. D’un en particulier, en fait, à savoir ce catapultage soudain d’un professeur de psychologie couchant avec l’une de ses élèves, le bonhomme, inquiet de ne pas retrouver sa bonne élève sous ses draps enquêtant alors sur sa disparition. Un changement de décorum et d’ambiance arrivant trop tard, car une fois le film arrivé à son troisième acte, nous avons trop pris nos habitudes à la fermette pour vouloir la quitter pour découvrir un héros tardif. Rien de grave néanmoins, et Jones confirme ses intentions empathiques via un final rattrapant les menues bévues qui le précèdent, marquant de par sa profonde tristesse plutôt que par sa violence, ici très en sourdine. Nous voilà donc loin de la fureur d’un Texas Chainsaw Massacre ou du glauque Z de The Barn of the Naked Dead, et Don Jones fait d’ailleurs plutôt les poches de Psychose. Mais sans jamais tomber dans la vile copie, sans jamais oublier d’apposer une sensibilité propre. Car il s’agit bel et bien de sensibilité dans Schoolgirls in Chains

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Don Jones
  • Scénario : Don Jones
  • Production : Don Jones
  • Pays: USA
  • Acteurs: Gary Kent, John Parker, Suzanne Lund, Lynn Ross
  • Année: 1973

 

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