Le Survivant d’un Monde Parallèle

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Le Survivant d’un Monde Parallèle (1981), pépinière à idées où le M. Night Shyamalan des débuts faisait son marché ? Il est permis de le penser tant le long-métrage de David Emmings – oui, le comédien passé dans Les Frissons de l’Angoisse tient ici la caméra – évoque le futur Incassable, et même un certain Sixième Sens. Avec une grosse louchée d’horreur en plus, cela dit, car nous sommes dans les années 80 et le fantastique d’époque, même relativement tous publics, se devait d’arroser son audience de quelques frissons parfois violents.

 

 

Opération époussetage pour l’éditeur Rimini, qui récupère les droits d’un The Survivor auparavant disponible dans un antique DVD proposé avec le Mad Movies, et lui offre un petit rajeunissement, obtenu par le passage à la HD et une édition luxueuse avec livret d’une vingtaine de pages. Du signé Marc Toullec, justement la meilleure arme de Mad depuis de nombreuses lunes maintenant, et l’occasion de plonger dans les coulisses de cette production australienne connue pour avoir été la première à dépasser le million de budget au pays des kangourous. Rajoutez quelques suppléments sur le tournage, une version longue restaurée, la courte (non-restaurée, par contre), un joli packaging et l’affaire est dans le sac et l’édition dans le panier. On peut donc se concentrer sur le plus important : le film en lui-même, chouette adaptation d’un bouquin de James Herbert, et audacieux mélange entre épouvante et thriller industriel, puisqu’il est ici question de la recherche d’un responsable suite à un crash d’avion ayant emporté 300 âmes. Seul survivant du drame, dont il ressortit quasiment intact malgré la violence du choc et de la déflagration, le pilote Keller (Robert Powell, Harlequin) se voit bien évidemment pointé du doigt par les familles des victimes et doit subir les regards obliques du chargé de l’enquête. Keller est d’autant plus douteux qu’il couchait avec la femme de son copilote, laissant planer le soupçon que ce triangle amoureux lui aurait fait perdre les pédales, et fait piquer l’avion dans un centre commercial… Emmerdé de toutes parts, il doit en plus supporter les délires de Madame Hobbs (la belle Jenny Agutter, Le Loup-Garou de Londres), médium bien branchée sur l’au-delà venue lui annoncer que les esprits des accidentés rôdent toujours et cherchent, eux aussi, le responsable de leur trépas. D’ailleurs, et c’est là que Le Survivant d’un Monde Parallèle glisse vers des terrains plus macabres, toute personne profitant d’une manière ou d’une autre du désastre subit la visite d’une petite fillette blonde au faciès brûlé, ainsi que des désormais invisibles passagers morts.

 

 

Un photographe se fait de belles petites sommes sur le dos du drame en revendant de scandaleux clichés des cadavres ? La blondinette lui courra après et lui fera perdre ses sens au point qu’il aille s’allonger sur un chemin de fer. Son épouse récupère les négatifs ? Elle sera rabotée par son propre outillage dans sa chambre noire. Un curieux parcourt les décombres et récupère quelques reliques sur le lieu du crash ? Il ira avaler de la vase au fin fond d’un lac. Emmings montre d’ailleurs qu’il a gardé des cicatrices de ses vacances en Italie dans la villa Argento, et il les expose via un égorgement particulièrement graphique, couleur rouge profonde, si vous voyez où l’on veut en venir… Ailleurs, il remonte même jusqu’à Mario Bava et son Opération Peur via ces plans de blondinette flottant dans un cimetière, telle un sombre présage. Emmings prend donc bonne note de la radicalité dans laquelle s’est engouffrée le cinéma fantastique depuis quelques années, mais n’en oublie pas pour autant de dérouler un certain spleen, lié à l’incompréhension d’un personnage principal miraculé, mais complètement perdu parmi les vivants, et trouvant comme seule guide une originale que même le prêtre local (incarné par Joseph Cotten) regarde en biais. The Survivor frappe à la gorge, mais a aussi à coeur de renouer avec une certaine tradition du fantastique malheureux, aux protagonistes presque livides suivant des fantômes dans la brume pour trouver des monstres bien réels. Toute proportions gardées, car le décorum n’est pas le même et la force des sentiments non plus, on pense un peu à Ne Vous Retournez Pas, dans lequel Donald Sutherland traversait les rues les plus blêmes de Venise dans l’espoir d’y retrouver son enfant disparu, et faisait face au Mal absolu. Il y a de ça dans le dernier acte du Survivant d’un Monde Parallèle, titre français tirant un peu trop vers la science-fiction : Keller, nez à nez avec la vérité, découvre un être infâme, tuant pour tuer, sans état d’âme, sans scrupule. Un final noir, intéressant car parvenant à être intimiste tout en sortant les flammes et explosions. Et un final qui se noircira encore dans sa conclusion, amère. Mais on s’imposera le silence là-dessus, car The Survivor mérite d’être vécu, pas d’être raconté.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David Hemmings
  • Scénario : David Ambrose
  • Production : Antony I. Ginnane
  • Pays : Australie
  • Acteurs : Robert Powell, Jenny Agutter, Peter Sumner, Joseph Cotten
  • Année : 1981

2 comments to Le Survivant d’un Monde Parallèle

  • Denis  says:

    Ooouuuiii.
    Je m’en souviens.
    Je l’avais vu étant gosse.
    Génial, hypnotique et un Robert Powell au top.
    Il m’avait collé une frousse mémorable.

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