The Killer Eye

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Promis, on va tenter de ne pas aligner trop de mauvais jeux de mots sur les mirettes alors qu’on se penche sur The Killer Eye (1999), production mal assumée par un Charles Band planqué sous pseudonyme, et réalisée par un David DeCoteau lui aussi caché derrière un nom de guerre. On n’a de toute façon pas envie de rire à la sortie de ce creature feature oculaire, nouvelle évidence que cela ronflait sévère sous la pleine lune du père Band, et ce malgré les déshabillages réguliers qui profitaient de sa lumière.

 

 

Mine de rien, cela faisait une belle et grosse année que nous n’étions pas allés voir ce qu’il se passait dans la réserve de slips blancs du père DeCoteau, que nous avions laissé sur Sorority Slaughterhouse (2016), flasque film de poupée tueuse tout sauf appelé à entrer dans la légende. Le temps nécessaire pour se remette de cette énième apparition de la barrique de vin Eric Roberts dans un gros Z budgété à 100 dollars, sans doute. Plutôt que d’inutilement prendre le pouls du David en 2021 – une visite sur sa page Imdb nous affirme qu’il a tourné cette année toute une série de téléfilms qu’on a pas envie de voir – on se commande l’un de ses travaux entrés dans la vingtaine : The Killer Eye. Pas forcément l’un des plus vus, mais sans doute l’un de ceux dont le joli visuel attira le plus les regards, rendus par le gros œil faisant ici office de monstre, des braves gens ayant pris leur carte d’abonnement à leur vidéoclub local. Probable que si ce 519 357éme film de son réalisateur a vendu quelques unités, c’est plus grâce à cette jolie jaquette qu’à un bouche à oreille que l’on devine peu fameux… Car ladies and gentlemen, nous sommes ici face à du Full Moon tout craché, à la bonne vieille bile visqueuse et dégueulasse de Charlie le Bandit, le mec qui ferait presque rêver lorsqu’il s’entoure de toutes les créatures sorties de ses ateliers pour quelques photos promo ou quand il compile leurs apparitions dans des trailers à la gloire de sa boîte, mais nous précipite dans des cauchemars d’ennui une fois le bouton « Play » enfoncé. C’est ainsi avec le patron qui vécut la chute de son Empire, dont le travers est d’avoir visualisé l’univers Full Moon comme un ensemble, séduisant lorsqu’il forme un grand tout regardé de loin, mais inefficient en tous points une fois chaque film pris séparément. Je sais, je sais : les quatre ou cinq premières années de la firme donnaient dans la Série B plutôt valeureuse, et c’est à partir de la fin des années 90 que l’affaire s’est méchamment gâtée, avec les attristants The Creeps et Le Cerveau de la Famille. Vrai qu’entre ces tristes exemples et les premiers Puppet Master et Subspecies, il y a un monde, mais reconnaissons aussi que les meilleures sorties Full Moon avaient surtout pour elles de débarquer dans des nineties quasiment désertes niveau horreur, et qu’arrivés en pleine tornade fantastique des eighties elle auraient été soufflées au loin et auraient marqué bien moins d’esprit. Pour le dire autrement, Charles Band gagne ses batailles quand les armées ennemies ont quitté les champs, et installé depuis trop longtemps dans ses petites tranchées où personne n’est venu l’embêter durant des années, Monsieur et ses quelques soldats, dont DeCoteau était alors le plus fidèle, ont pris leurs aises et sont devenus fainéants.

 

 

Et c’est ainsi que l’on en arrive à des bazars comme The Killer Eye, faux film d’horreur – il n’y a pas plus de coulures sanguines ici que dans le panty de votre grand tante ménopausée depuis trois décades – mais vrai film de charme. Certes, la grosse prunelle, venue nous dit-on de la huitième dimension et ayant utilisé le globe oculaire d’un jeune éphèbe androgyne pour prendre forme, a l’oeil revolver puisqu’elle envoie des lasers capables d’hypnotiser ses victimes, voire même de les désintégrer complètement. Mais si DeCoteau et Band la sortent de son orbite, c’est surtout pour user de son nerf optique comme d’une perverse tentacule, et s’en aller masser les épaules, et plus si affinités, des demoiselles sous la douche ou alitées. Imaginez un hentaï ou film porno japonais qui n’irait pas au bout de ses promesses et évite les entrejambes et vous aurez une certaine idée de ce sur quoi The Killer Eye base tout son sel. Ridicules, d’ailleurs, ces séquences où Jacqueline Lovell et Nanette Bianchi (Killers de Mike Mendez) prennent les appendices pour les mains de leurs petits copains, et les frottent sur leur poitrine ou les laissent s’enrouler autour de leurs cous, comme s’il était possible de confondre patte d’homme avec tentacule de poulpe. M’enfin, il faut bien justifier ces passages érotiques, et surtout expliquer pourquoi ces dames acceptent de se faire peloter par le big eye salace… Pas de quoi en déchirer son slip, même si la Bianchi donne d’elle-même et se dénude en full frontal, tandis que la belle Lovell, dont les courbes rarement couvertes étaient le seul et unique intérêt des pauvres Le Cerveau de la Famille et Hideous, ne laisse s’échapper d’une couverture qu’un timide téton. Le problème vient surtout de DeCoteau, peu inspiré par ce softcore hétéro, qu’il parvient parfois à draper d’une ambiance homo-érotique en zoomant sur les caleçons des quelques musclés invités aux festivités. On ne refera pas le metteur en scène, connu pour avoir débuté dans le porno gay, et on parie un billet que les mectons ici présents furent pour certains croisés dans un bar gay plutôt que dans une agence de casting.

 

 

Longues, affreusement longues (et visiblement pas encore assez pour atteindre une durée convenable, puisque le générique se déroule encore au ralenti pour faire gagner cinq minutes à l’ensemble), les séquences de touche-pipi dévoilent le manque d’inventivité du pauvre Dave, qui se contente des trois mêmes plans, rabâchés jusqu’à la nausée. Au moins il y a les filles, oui, et c’est toujours mieux que lors des parties censées faire avancer le brouillon d’histoire que se coltine le film, pourtant écrit à six mains. Ce qui fait beaucoup de doigts pour pas grand-chose à l’arrivée, l’épouvante, on l’a dit, étant ici résumée à la découverte de cadavres borgnes, le killer eye passant d’un crâne à l’autre pour se nourrir de la matière grise de ses hôtes. Vu leur niveau mental, la bestiole doit avoir une fringale de tous les diables… Encore une fois, et malgré sa relative pudeur, c’est à Jacqueline Lovell de tirer son épingle du jeu en incarnant une riche épouse d’un savant fou, regrettant que le petit chimiste ne lui fasse pas plus souvent son affaire au lit, et draguant dès lors tout ce qui bouge. Marrant cinq minutes, parce que Jacqueline joue un peu mieux que le reste des troupes et met du coeur à l’ouvrage. Mais du reste, The Killer Eye prouve surtout une chose : que la Full Moon a toujours été trop professionnelle (encore que le perchiste vient ici passer le bonjour) pour que ses productions aient la saveur du Z amateur, mais reste trop fauchée pour proposer plus que de trop prudes effeuillages de comédienne sous-payées. Si vous voulez de l’horreur, allez fouiller partout ailleurs, ça ne manque pas. Si vous voulez du softcore rigolo, Seduction Cinema en usinait à la même époque, et souvent des moins tièdes. Mais de grâce, cessez les balades au clair de lune avec le vilain Charlie, il ne les mérite plus depuis longtemps…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : David DeCoteau
  • Scénario : Neal Marshall Stevens, Matthew Jason Walsh, Rolfe Kanefsky
  • Production : Charles Band, Sky Sharp, Michael Catalano
  • Pays : USA
  • Acteurs : Jacqueline Lovell, Nanette Bianchi, Jonathan Norman, Costas Koromilas
  • Année : 1999

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