Diary of the Dead

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Rec, Paranormal Activity, Chroniques de Tchernobyl, la mode est clairement au found-footage qui semble être le truc de djeunz par excellence. Vraiment ? Pas du tout puisque des vieux briscards s’y mettent aussi comme Barry Levinson avec The Bay. Et n’oublions pas l’ami Romero qui est passé par là lui aussi…

 

Car Georges A. Romero est un ami de tous les fans de cinéma fantastique. Comment percevoir autrement celui qui nous a offert les zombies tels qu’on les connaît aujourd’hui ? Il devrait être honoré à jamais pour avoir créé La Nuit des Morts-Vivants, Zombie et le Jour des Morts-Vivants, mais aussi les trop souvent oubliés Martin, Creepshow et Incident de Parcours. Bien sûr, sa filmographie ne contient pas que des perles mais rien qui ne vienne entacher l’affection que l’on est en droit de porter à ce grand monsieur. Alors oui, si votre serviteur se fout de la grande majorité des found-footage et n’en verra pas les trois-quarts, si Romero en fait un, ça l’intéresse. Blair Witch Project ça m’emmerde, Rec ça se laisse voir une fois, Paranormal Activity je n’arrive pas à tenir 40 minutes sans pioncer, mais Diary of the Dead, ça me tente clairement. Oui, c’est terriblement injuste pour les autres réalisateurs du style, mais c’est ainsi, il y a des genres qui ne peuvent nous attirer que s’ils parviennent eux-mêmes à attirer quelques vieilles connaissances… Ce qui ne veut pas dire que je vais être particulièrement tendre avec ce Diary of the Dead

 

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Soyons honnête malgré le respect infini qu’on peut porter à Romero, ses dernières livraisons n’étaient pas forcément géniales. Bruiser n’a pas trouvé son public et est souvent raillé des amateurs de fantastique, qui ont préféré Land of the Dead, un retour au film de zombies peu convaincant qui, en dépit d’un casting sympa, peinait à passionner. Sans s’attendre à un chef-d’œuvre digne de la trilogie d’origine, on était en droit d’espérer un peu plus que ce film assez fonctionnel, un brin fadasse. Mais bon, il fallait bien que l’ami Georges se refasse la main, lui qui avait laissé passer quelques années entre Bruiser et ce Territoire des Morts. Mais on attendait plus de sa livraison suivante, d’autant que le principe était plutôt alléchant. Imaginez, un film de zombie vu par une caméra amateur. A l’époque, on n’avait pas encore des Paranormal Activity qui nous sortaient de tous les trous, on en avait pas encore marre de la mode des images tournées à l’arrache et qui te collent une migraine carabinée pour trois semaines. Et, grande joie, cette fois il ne faudra au réalisateur que deux ans pour sortir son nouveau brûlot. Mais par contre il ne pourra pas compter sur le même budget que pour Land of the Dead, Diary revenant au cinéma indépendant, produit par la boite de Romero, Romero-Grunwald Productions et Artfire Studio. On est bien loin d’Universal…

 

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Tourné pour un montant oscillant entre deux et quatre millions (cela dépend des versions) sur une vingtaine de jour, Diary of the Dead ne permettra pas à Romero de nous sortir un film ambitieux comme pouvaient l’être Zombie ou Land of the Dead. Mais après tout, qu’importe ? Il a lancé sa carrière grâce à un petit film de morts-vivants n’ayant couté que 114 000$, alors il devrait pouvoir se démerder avec quatre millions. Histoire d’alléger son budget d’effets gores fait sur plateau qu’il ne pourrait pas se payer ou n’aurait pas le temps de tourner, il décide de s’assurer des effets spéciaux en post-production. Même si cela peut paraître bizarre de voir le maestro recourir aux ordinateurs alors qu’il a lancé avec Tom Savini les effets spéciaux gores sur Zombie, il faut avouer que ceux de Diary of the Dead valent le coup d’œil. Entre un zombie coupé en deux et un autre qui a le crâne qui fond suite au contact avec de l’acide, on a de quoi se régaler niveau viande morte. Le papa des morts-vivants modernes sait toujours créer des zombies originaux et leur trouver des morts amusantes là où la majorité de ses élèves se contentent de simples zombies ambulants… Déjà un bon point ! Le problème, c’est que c’est l’un des seuls…

 

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L’histoire du film n’est pas particulièrement originale: un groupe d’étudiants en cinéma font un film sur une momie alors que le monde est envahit par les zombies. Très vite, le réalisateur décide de filmer le périple de son petit groupe et leur survie, désireux de montrer la réalité des faits. Mais contrairement à un Projet Blair Witch, Romero ne se limite pas à la seule caméra portée par le héros. Une deuxième apparaît très vite, permettant des champs/contre-champs, tout comme des vidéos de téléphone portable, d’autres postées sur internet ou même des caméras de surveillance. L’aspect linéaire du found-footage se voit donc un peu bousculé ici, d’autant que le film est bien monté, évitant intelligemment l’ennui car bien réparti entre phases d’attaques de zombies et celles plus calmes montrant la survie. Le film ressemble un peu à Walking Dead dans son ambiance et sa façon de voir les zombies, la douleur ressentie face au réveil en monstre de l’un de ses proches. Romero aurait lu la bande-dessinée que ça ne surprendrait personne !

 

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Romero nous montre que ce média à priori ingrat du found-footage lui permet pourtant de faire une mise en scène réfléchie et souvent bien sentie. On ne va pas parler de suspense pour, mais tout de même, Diarrhée of the Dead, les Coliques des Morts-Vivants (je devais la faire, j’étais obligé) nous venge de Projet Blair Witch et son campement soporifique. La caméra est ici tenue par un « héros » qui ne passe pas pour le plus agréable des personnages puisqu’il semble plus spectateur de sa propre survie qu’il en est l’acteur, comme hypnotisé par les images qu’ils tournent, qui finissent peu à peu par le déshumaniser. Car un film de Romero sans une critique acide de la société n’est pas vraiment un Romero. Il est évident que les médias prennent un sacré coup dans les couilles avec le film, accusés d’être de vils menteurs et cachant aux gens la dangerosité de la situation. D’autres qui prennent une belle trempe en passant sont les militaires. Après être passés pour des enfoirés violents dans Le Jour des Morts-Vivants, les voilà propulsés au rang de pillards. Romero a gardé sa colère envers les injustices et nous l’imprime une fois de plus sur sa pellicule, même si elle est en HD. Ce qui ne l’empêche pas de faire preuve d’un humour qu’on avait déjà décelé dans ses films précédents, Romero n’étant pas le dernier à nous faire rire en coin.

 

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Mais il y a tout de même un gros problème dans ce cinquième volet de la saga des zomblards mécontents: les personnages et leurs réactions. Erreur de casting ou d’écriture, on ne sait pas, sans doute les deux, mais il faut bien avouer que ça ne fonctionne pas. Ces pauvres survivants n’ont en effet rien à proposer, ne constituent même pas un enjeu particulier, ne génère aucun suspense. Ils meurent ? Tant pis pour eux, ils n’auront pas une larme de notre part. Pire, alors qu’on était inquiète pour Ken Foree et ses amis dans le deuxième opus, on se prend même à souhaiter voir ces glandus se faire becter sans attendre, histoire de ne plus avoir à subir leur jeu d’acteur proche du néant. Ces derniers réagissent et parlent d’un ton souvent monocorde, à l’instar de ce voleur de téléviseur qui se met à réciter un dialogue stupide avec si peu de conviction qu’il nous ramène au temps des cinématiques de la première Playstation et leurs doublages atroces, sauf qu’ici c’est en VO. Si cela peut passer dans un film classique un peu neuneu, ça ne pardonne pas dans un Found-Footage qui se veut plus réaliste que le réalisme lui-même. Et c’est bien là tout le problème de ce Romero, le film s’enterrant peu à peu par une suite de maladresses et de un manque d’intérêt. Car si c’est nettement plus regardable que la moitié des films du style, cela manque tout de même de cœur, d’âme, et on ne peut que déplorer de voir Romero se contenter de si peu. Pas la honte intergalactique, mais ce n’est certainement pas le film à voir en priorité pour découvrir le maître. Pire, il est clairement à déconseiller aux fans de la saga d’origine. A croire que les trilogies feraient mieux de rester sans suite…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario: George A. Romero
  • Titres: Chronique des Morts-vivants (FR)
  • Production: George A. Romero
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michelle Morgan, Joshua Close, Amy Lalonde
  • Année: 2007

2 comments to Diary of the Dead

  • Seb  says:

    Belle critique. Fan de Romero et des quatre premiers, j’avais un peu peur de celui-ci. Et effectivement, si ça se laisse regarder parce que bon c’est quand même Romero, c’est clairement en dessous des précédents.

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