Muckman

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Même lorsqu’il n’a pas un liard en banque, on peut toujours compter sur Brett Piper (They Bite !, Shock-O-Rama, Drainiac) pour relever le niveau de la Série Z. Muckman (2009) a beau être de son aveu même sa production la plus dépourvue (tout en étant la plus riche de son ami producteur/réalisateur Mark Polonia!), elle n’en enterre pas moins à la seule force du pouce le gros des troupes du low budget. Et tout cela sans même déballer un nibard ou faire pisser une jugulaire.

 

 

Malgré une carrière lancée dès 1982 avec Mysterious Planet et que bien des réalisateurs indépendants pourraient envier, Brett Piper semble devenir ronchon dès que l’on évoque son œuvre, à ses yeux principalement faite de regrets, comme si elle n’était qu’un amas d’actes manqués. Rarement tendre avec lui-même, jamais le dernier à balancer un petit missile sur ses comparses lorsque ceux-ci trahissent ses attentes ou s’assoient sur leurs promesses, le copain des monstres façonnés à l’ancienne n’a comme de coutume que peu de gentillesses à dire sur son propre Muckman, expérience encore une fois douloureuse pour lui. Pas tant la faute d’un script qu’il considère comme répétitif et pauvre, écrit à la va-vite par Mark Polonia et lui-même dans une volonté d’avoir un petit rien à filmer en quadruple vitesse dans les bois. Et le coupable n’est pas non plus ce budget ridicule, que même le franc Piper n’osait dévoiler à la sortie du film, de peur que sa maigreur face fuir d’éventuels acheteurs. Non, la faute du semi-ratage (selon le vieux Brett, on insiste) en incombe surtout aux deux zigotos embauchés pour incarner deux jeunes gens dans ce creature feature forestier. Un propre ami de Piper et le frère de cet ami, qui se rêvait de devenir un grand comédien, mais qui une fois sur le plateau n’a plus jugé bon de consentir au moindre effort, râlant pour un rien et arrivant en retard chaque jour. Sermonné, le duo finit même par passer une journée entière dans leur voiture à bouder, refusant de tourner alors que le reste de l’équipe s’affairait tout autour d’eux. La gêne… Après quelques jours à ce régime, et après que Piper ait en vain tenté d’arrondir les angles, les nazebroques finissent par se retirer du projet sous prétexte qu’ils s’y ennuient. De quoi bousiller tout un planning, puisque désormais forcé d’engager de nouveaux acteurs dans les mêmes rôles (dont son propre neveu), Piper doit retourner toutes les scènes où apparaissaient les deux couillons. Et d’un tournage éclair de six jours, Muckman finit par s’étendre sur plusieurs mois, le moral de l’équipe s’écaillant un peu plus au fil du temps, au point que Piper avoue « qu’à la fin, on voulait juste en finir le plus rapidement possible avec ce film. » La bonne humeur s’est certes fait la malle du set, mais elle reste bien accrochée au produit fini, film de monstre light hearted comme on dit chez les ricains.

 

 

C’est désormais une habitude chez lui, et certains ne la lui pardonneront sans doute jamais : Piper est de la vieille école, celle des années 50, à la science-fiction quasiment gaie et à l’épouvante légère. Méchant, Brett ne l’est que rarement, et c’est sans filtres qu’il admet n’avoir jamais été un grand fana du gore et du cinéma brutal, arguant qu’il n’est pas et ne sera jamais H.G. Lewis. Vœu pieux, donc, que celui d’espérer qu’avec Muckman le metteur en scène et spécialiste des effets spéciaux décide d’opter pour un cyclone de tripaille, et connu pour s’en tenir à des bodycount sacrément bas – si une ou deux personnes périssent dans ses œuvres, c’est déjà beaucoup – le freak maker fait une nouvelle fois la preuve de sa bonté d’âme en épargnant l’intégralité de son casting. Oui, même les plus pourris, même les meurtriers amateurs, même les arnaqueurs résisteront aux coups de patte d’un Muckman certes fétide, mais cachant un coeur gros comme ça sous ses épais pustules. Faut dire qu’une fois de plus les protagonistes sont tous attachants, et que l’on se plaît bien au milieu de cette équipe télévisée de pacotille, partie patauger dans la gadoue dans l’espoir d’en revenir avec des plans du démoniaque tas d’algues et de merde parcourant cette reculée région. Attaché à se marrer un bon coup, et jamais très éloigné des sentiers de la comédie qu’il sait qu’il finira par arpenter, Piper recrée son habituelle clique de losers magnifiques, qu’il aime tant qu’il ne saurait se résoudre à les envoyer ad patres. Présentatrice à l’égo surdimensionné (la belle A.J. Khan, spécialiste des softcores où elle léchouillait Misty Mundae, déjà présente dans le Shock-O-Rama de Piper), paire de rednecks pétomanes et débiles (dont Mark Polonia), cameraman et preneur de son gentiment pervers, producteur poltron, assistante de production plus maligne qu’elle en a l’air… Piper peut se reprocher toutes les bévues du monde, il lui faudra bien un jour reconnaître qu’il sait crayonner des personnages marquants, à mille lieues des teenagers sans charisme ni personnalité. Que personne ne se fasse éventrer d’un coup de griffes acérées n’est donc pas bien grave, tant on ne demande pas à Muckman de soudainement virer au grave défilé de têtes coupées, mais bien de maintenir sa joie de vivre.

 

 

Si certains films de Piper surent s’abandonner à la noirceur et au gore, comme le bien sombre Screaming Dead, Muckman va gentiment s’asseoir entre Bite Me ! ou Queen Crab, Séries B folâtre pour l’une, totalement dédiée à l’amour qu’elle porte à son monstre pour l’autre. Car comme dans sa salade de crabe maousse, Piper refuse de détruire ou ne serait-ce que blesser sa bestiole, gentil colosse malodorant ne demandant qu’à vivre tranquillement et sauvant les jolies blondes lorsque celles-ci boivent la tasse en bordure de rivière. Monster Maker ? Monster Lover, oui ! Et décidément incapable de faire les choses à moitié même lorsque les finances lui commandent de parer au plus pressé, le réal’ de A Nymphoid Barbarian in Dinosaur Hell ajoute de nouvelles chimères à sa collection, envoyant une petite pieuvre gélatineuse sur les cuisses d’A.J. Khan (en voilà du poulpe chanceux) et faisant sortir d’une mare une bêbête lovecraftienne, animée en stop-motion, qui ira s’en prendre à un camping-car. Sans faire plus de dégâts, car le propos n’est définitivement pas à la virulence. Un peu de tendresse dans le monde énervé du low budget ? C’est possible, et Brett Piper le prouve si joliment.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Brett Piper
  • Scénario : Mark Polonia, Brett Piper
  • Production : Mark Polonia, Ken Van Sant
  • Pays : USA
  • Acteurs : A.J. Khan, Alison Whitney, Danielle Donahue, Ian Piper
  • Année : 2009

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