The Forest

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Que l’épouvante ricaine court après la japonaise, ce n’est certes pas nouveau, pas plus que l’habitude prise dès les années 2000 par l’Oncle Sam d’aller planter son drapeau au beau milieu des rizières nipponnes (remember le The Grudge de 2004, tourné sur place par Takashi Shimizu). Nous ne sommes donc pas tombés de notre chaise en découvrant que The Forest (2016), production toute yankee, s’en alla aux pieds du Mont Fuji pour enquêter sur Aokigahara, mer d’arbres où vont se donner la mort les âmes désenchantées.

 

 

Belle idée d’ailleurs que de transformer le lieu préféré des futurs pendus en une ghost story, décors et background historique se prêtant on ne peut mieux à un petit tour de flippe, discipline particulièrement pratiquée durant les années 2010, depuis que James Wan se planqua sous un drap blanc pour remettre les spectres au premier plan. Et logique au fond d’aller traquer l’inspiration au pays du Soleil Levant, puisque l’un dans l’autre, c’est là-bas que se trouvent les racines de la résurrection, quelque-part entre un magnétoscope engloutissant des VHS maudites et un puits où pourrit lentement une demoiselle aux longs cheveux de jais. The Forest envoie donc aux bois des morts Sara (Natalie Dormer, connue pour plein de trucs que je n’ai jamais vus comme Game of Thrones), inquiète de ne plus avoir de nouvelles de sa sœur jumelle Jess, soupçonnée d’être allée s’ouvrir les veines à Aokigahara. Courageuse et prête à tout pour retrouver sa frangine, Sara s’engouffre dans la sylve faite nécropole, accompagnée d’un guide local et de Aiden (Taylor Kinney, Chicago Fire ; imaginez un Di Caprio low cost croisé avec une courgette et vous aurez une idée à peu près précise du charisme du zig, plus à sa place en fond d’écran dans le téléphone de votre petite nièce qu’ici), journaliste australien désireux de coucher quelques mots sur la folle histoire de Sara et Jess. Après une longue journée de marche, ils retrouvent la tente de la disparue, signe que celle-ci hésitait encore à adopter la solution suicide. Mais plutôt que de revenir sur ses pas et continuer les recherches le lendemain, Sara choisi de passer la nuit sur place et y attendre Jess. Soucieux de ne pas laisser une jolie fille, ainsi qu’un bon sujet d’article, seule dans une nature peut-être hostile, Aiden reste à ses côtés, laissant leur guide repartir. Rapidement, hallucinations et illusions causées par cette forêt dit-on hantée transpercent Sara, qui voit courir une étudiante et se persuade que le beau Aiden n’y est pas pour rien dans la disparition de Jess.

 

 

Certains films peinent un peu au départ puis montent en puissance au fil de leur avancée, d’autres démarrent joliment et montrent leurs limites après seulement une petite demi-heure. Vous me voyez venir, The Forest, accouché par le quasi inconnu Jason Zada et trois scénaristes (dont celui de Strangers : Prey at Night) fait hélas partie de la deuxième catégorie. La faute au Zada en question d’ailleurs, pendable pour avoir décidé d’importer au Japon (ou plutôt en Serbie, où furent tournées les scènes forestières) la méthode amerloque alors qu’il lui aurait été plus profitable de s’inspirer de la technique asiatique qu’il avait sous le nez. C’est-à-dire prendre son temps, poser un climat, jouer avec un décor dans lequel pourraient se cacher de vicieux ectoplasmes, et donner un bon coup de latte dans la nuque du spectateur lorsqu’il ne s’y attend pas ou que sa nervosité a atteint son niveau maximal. Las, Zada n’est pas un Hideo Nakata, et encore moins un Kyoshi Kurosawa, et du genre il n’a retenu que les plans où un revenant hurlant surgit face caméra, et qui forment le gros de son œuvre ici présente. Le bonhomme n’est certes pas le premier à confondre peur et sursaut, ni à caviarder son film d’effets sonores assourdissants pour faire bondir des rangées entières dans les multiplexes. Mais contrairement au reste de ses petits copains occupés à nous projeter des grands-mères spectrales ou des gosses au teint de zombi à la gueule, lui avait un terreau fertile pour faire pousser un vrai bon film d’épouvante, et des bases scénaristiques intéressantes. Comme la culpabilité de Sara, qui petite, et contrairement à Jess, n’a pas su ouvrir les yeux en découvrant le carnage commis par son père, responsable du meurtre de leur mère et qui s’est tiré une balle dans le caisson après son crime. En se cachant d’une scène horrible, Sara s’est protégée là où Jess n’a cessé de flirter avec l’au-delà, prenant régulièrement de fortes doses de cachetons pour aller tutoyer la mort. Un début de caractérisation, mais dont il ne ressort pas grand-chose, pas plus que de la gémellité, outil choisi pour simplifier le voyage de Sara au Japon : elle ne s’y rend pas suite à un message désespéré de sa sœur ou aux confidences d’un proche inquiet, mais parce qu’elle « sent » le danger qui flotte autour de Jess. Trop simpliste pour convaincre.

 

 

Pire encore, non seulement Zada ne laisse pas fleurir la sombre poésie qui aurait naturellement dû découler d’une randonnée dans un magnifique flots d’arbres où vont pourtant mettre fin à leurs jours les plus démoralisés, mais il fout carrément en l’air la noirceur de son final en s’en remettant à un ultime jump scare, suivi d’une musique rock moderne en totale opposition avec l’ambiance du spectacle qui vient de se dérouler. On évite certes le gros neo metal d’hooligan décérébré à la Disturbed et compagnie, mais le cliché de l’horreur mainstream du début des années 2000 n’en est pas loin pour autant. Et c’est bien là le principal problème : The Forest, malgré ses airs de divertissement supérieur profitant d’un soupçon d’âme supplémentaire, n’en est pas moins constamment rattrapé par son statut de simple produit misant tout ses yens sur le soubresaut de l’instant, sur la courte pétarade et l’oubliable tressaut. Espérons que des auteurs plus transportés reprendront le mythe d’Aokigahara, celui-ci méritant mieux qu’un tour de train fantôme sans feu, indigne de ceux plus colorés de la Foire du Midi.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Jason Zada
  • Scénario : Nick Antosca, Sarah Cornwell, Ben Ketai
  • Production : David S. Goyer, David Lindle
  • Pays : USA
  • Acteurs : Natalie Dormer, Taylor Kinney, Yuriri Naka, Eoin Macken
  • Année : 2016
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