Bangin’Vengeance!

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Les poitrines ne sont jamais assez lourdes, c’est bien connu, et l’actrice dont le balconnet déborde de chair laiteuse peut être sûre que sa place de parking est déjà réservée devant chaque studio donnant dans la Série B. C’est pas avec ça qu’elle deviendra la cent-cinquantième petite copine du père Di Caprio, et c’est plutôt dans un star system au rabais que la mamzelle paradera un temps. Mais c’est déjà ça. Et surtout ce à quoi aspire l’héroïne de Bangin’ Vengeance (2011), prête à se faire gonfler les mamelles si cela peut l’aider à se trouver une place dans de petites productions. Mais lorsque l’opération lui écorche les seins plutôt qu’elle les embellit, all hell breaks loose

 

 

Si Richard Mogg était un grand fan des épopées épiques du Mordor, où trolls et preux chevaliers se mettent sur la gueule pour un anneau d’or, ou de ces joutes stellaires voyant des fleurettistes se chamailler à l’ombre des étoiles noires, eh bien cela voudrait dire que ce Richard Mogg cache bien son jeu. Car ce n’est ni aux adaptations de Tolkien, ni aux escrimeurs échappés de l’esprit de George Lucas, ni même héroïques périples de chez Marvel que le bonhomme offre de son temps. Quand Mogg écrit un livre, que dis-je !, un bottin pesant son poids, c’est sur les shot-on-video fétides sortis entre les années 80 et l’an 2000. Oui, ceux qui voient des hardos ou petits pervers badigeonner leur voisine de Sirop Teisseire à la framboise dans un terrain vague, tout ça pour le bien de leur invasion zombiesque bientôt encastrée dans une VHS. Et quand Monsieur s’accroche à son tour à la caméra, c’est pas pour filmer des vieux en train de nourrir les canards au parc, préférant aux amourettes et drames de la vie le doux son d’une foreuse vrillant une cuisse adolescente. On l’avait d’ailleurs bien vu ici avec son Eastern Bunny Bloodbath (2010) : Mogg est prêt à casser des œufs de Pâques si ça peut lui permettre d’avoir dans l’assiette une grosse omelette cheesy as fuck. Vu les goûts du gaillard et sa dévotion au genre dans ce qu’il a de plus Z, on se doute bien que son Bangin’ Vengeance ne va pas soudainement le voir singer Ingmar Bergman, d’autant que le thème de ce deuxième méfait (sur une petite dizaine), c’est le nichon pendant, le boobs saillant, le nibard sautillant. Celui de la comédienne Amber Rain (Paula Burrows), ou plutôt celui qu’elle n’a pas encore. Tentant de décrocher sa petite étoile lors d’un casting pour une micro production, la jeune rousse se fait méchamment recadrer par la dame en charge du casting, la violente lui assénant qu’avec une paire de binocles au nez et un bonnet de raie manta, la cocotte ne risque pas de faire carrière dans la Série B, où le sex-appeal prime sur le talent. D’abord persuadée que son seul talent pourra lui permettre de passer outre cette absence de formes, elle finit par se laisser convaincre par son agent, un loser baignant dans son huile et dont le bureau se situe dans une chambre d’hôtel, de se faire poser des implants mammaires. Même qu’il connaît le cabinet idéal pour ça. Et qu’il se situe dans les égouts… De toute évidence peu à son aise avec un bistouri, la chirurgienne, si elle fait bien grossir les seins de sa cliente, elle les lui laboure si sévèrement que la pauvre n’osera plus les montrer à quiconque… Elle se rêvait Lolo Ferrari, la voilà Néné Twingo.

 

 

La voilà bien avancée, notre Amber : sans son monde au balcon, pas de boulot. Mais maintenant qu’elle a tout ce qu’il faut là où il faut et que les offres pleuvent, elle ne peut accepter le job de peur de dévoiler les stigmates qui gâtent ses courbes. De plus, elle se rend compte que le gros de la production est faite de fieffés dégueulasses lui faisant miroiter des premiers rôles pour augmenter leurs chances de glisser une main dans son décolleté. De plus en plus misandre, Miss Rain finit aussi par se laisser couler dans les abysses de la folie, persuadée que ses seins dévastés lui parlent, et visiblement hantés par le spectre d’Alice Coffin ceux-ci lui susurrent que tous les hommes sont des violeurs en puissance et qu’elle serait bien inspirée de les liquider avant qu’ils ne fondent sur elle. Dont acte ! Vous avez adoré L’Ange de la Vengeance, le petit classique du thriller urbain dans lequel une muette fait parler la poudre pour se venger des viols subis par des cambrioleurs ? Eh bien ça ne veut rien dire, car même si Banging’ Vengeance récupère sa profonde aversion pour la gent masculine et n’aura de cesse d’envoyer sa cocotte à la chevelure de feu castrer le mâle inconscient, la comparaison s’arrête naturellement là, Mogg ne buvant pas à la source Ferrara mais plutôt dans les water-closets des productions W.A.V.E (Sleepover Massacre, Female Mercenaries on Zombie Island), dans le vieil évier de Todd Sheets (Goblin, Prehistoric Bimbos in Armageddon City) ou dans le bidet de Donald Farmer (Cannibal Hookers, Vampire Cop, Demon Queen). Ca vous pose un film. Et vous donne une idée de la teneur des effets gore, tous sponsorisés par le jus de canneberge et la confiture aux cerises, voire même par les saucisses de Francfort de chez Stoeffler, puisque lorsque notre vengeresse amie s’en va raccourcir un zob au couteau à pain, c’est une simple saucisse pour hot-dog qu’elle tranche d’un coup sec. Ce que Mogg n’essaie jamais de cacher, bien au contraire : fier du rustique de ses effets pas si spéciaux, il zoome et s’attarde quelques secondes, se foutant bien que la crédibilité de l’ensemble (quelle crédibilité? Bangin’ Vengeance n’en a jamais eue) en prenne un coup tant qu’il peut hurler son amour sans frontières aux SOV de sa jeunesse. Nous n’irons donc pas chercher les débordements de fluides corporels ici bas, et plutôt que d’écœurer, cette avalanche raisonnable de produits de cuisine pousserait presque à s’en tartiner une petite, tiens.

 

 

Est-ce à dire que Mogg n’est là que pour se bidonner un coup ? Pas seulement, pas seulement… Cela va de soi, Bangin’ Vengeance est une farce avant d’être un film d’horreur, une petite chose heureuse d’aligner autant de bévues techniques que faire se peut : post-synchro risible, comédiens nazes, filtre immonde pour donner un aspect de vieille péloche à l’ensemble, cadrages tout sauf savants, éclairages médiocres… Tout est là pour mériter un redoublement, mais encore une fois, c’est probablement voulu ou à tout le moins assumé. Mais il y a un petit quelque chose derrière, comme une critique voilée sur ce milieu du Z qui accueille toujours plus d’actrices désespérées, forcées de se rabaisser à des softcore qui ne disent pas leur nom pour vivoter de leur art (« I’m a A-list actor in a Z-grade movie ! » déplore Amber). Mogg réglerait-il quelques comptes ? Peut-être, et la peinture qu’il fait de la production indépendante n’a certainement rien de glorieuse, entre managers pourris et crados, producteurs vicieux, agences de casting cruelles et docteurs illégaux profitant des rêves de ces hirondelles pour se faire de l’argent sur leur dos, contre quelques prothèses qui les enlaidissent et les enferment à tout jamais dans ce que le low budget a de plus grivois et sordide. D’ailleurs, l’ultime rôle proposé à Amber est dans film porno, où elle devra subir les assauts humides de trois mectons lors d’un gangbang improvisé. Inutile de dire qu’ils prendront plus cher qu’elle. Même si l’on se marre bien (surtout lorsque Mogg prend le temps de scruter les causeries entre acteurs X, toutes centrées autour du rasage de pubis), on sent que Bangin’ Vengeance tire à vue sur ses pairs, jusqu’à représenter un avertissement pour les actrices en devenir, celles pensant qu’il leur est incapable de réussir sans un coup de bistouri. La bonne humeur reprend évidemment ses droits lors du final, où l’on découvre que le seul gars respectant véritablement Amber a en fait subit la même chose qu’elle, élargissant son pénis pour obtenir plus de rôles et se retrouvant avec une lance à incendie difforme dans le caleçon, mais cette douce amertume aura trop marqué la zéderie pour se faire oublier. Surprenant dans tous les cas.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Richard Mogg
  • Scénario : Richard Mogg
  • Production : Richard Mogg, A.M. Hunter
  • Pays : USA
  • Acteurs : Paula Burrows, Brian Steel, Laura Hope, Ted Stuart
  • Année :  2011

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