Dans les Griffes de la Momie

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Peut-être pour tromper sa routine prise en Transylvanie, la Hammer décidait à intervalles plus ou moins réguliers de quitter les cryptes vampiriques pour aller se dorer la raie à quelques mètres des pyramides. Osiris ne veillait cependant pas toujours sur les Anglais, et pour un La Malédiction des Pharaons immédiatement entré au panthéon de la terreur égyptienne, le studio a ensuite souffert de mummy movies certes jamais détestables, mais jamais ébouriffants non plus. Et du lot, Dans les Griffes de la Momie (1967) est malheureusement le moins intéressant.

 

 

Sans l’imprudence, point de cinéma fantastique/horreur ! Car oui, en vérité je vous le dis, le genre tout entier ou presque est fondé sur l’inconscience de ces randonneurs frappant à la porte du cabanon du saucissonneur des Appalaches. Sur l’audace de ces voyageurs n’écoutant pas leur cocher et s’engouffrant dans une forteresse habitée par de gigantesques Vespères de Savi. Sur cette hardiesse de cosmonautes prenant leur pause-café sur une planète à la sinistre réputation. Et donc sur la hâte qu’ont ces archéologues à se laisser avaler par des tombeaux où des panneaux « Warning : malédiction au bout du couloir » hurlent dans tous les recoins, où chaque pierre crie au malheur et à la catastrophe. André Morell, remis depuis beau temps des morsures du Chien des Baskervilles que la Hammer lui avait lâché au cul, ignore légendes et menaces de l’Egyptien aux dents cariées lui promettant la damnation s’il continue à s’enfoncer dans une grotte où fut enterré un jeune pharaon, jadis trahi par les siens et dès lors forcé de trouver un pauvre repos dans une caverne perdue au milieu du désert. Et ce qui devait arriver arriva : à peine les aventuriers revenus au Caire avec la dépouille asséchée, le gardien du tombeau courroucé s’allie à une vieille voyante pour réveiller la momie du protecteur du petit roi, alors en marche pour briser la nuque des profanateurs de tombeau. La Malédiction des Pharaons avait pour lui son classicisme (et c’est dit dans le meilleur sens du terme) et la prestance de Peter Cushing et Christopher Lee, Les Maléfices de la Momie avait la belle idée de changer le décorum (un tas de bandelettes dans les égouts de Londres ? Vendu!) et le bizarre La Momie Sanglante pouvait compter sur son mysticisme et la grisaille de sa Grande-Bretagne, et si seul le premier film mérite d’être considéré comme incontournable, les numéros 2 et 4 avaient chacun un petit truc à eux et valaient bien qu’on avale quelques scarabées pour leurs beaux yeux. Plus compliqué pour cette troisième tentative de nous faire rouler dans le sable, les bons gens de la Hammer enclenchant pour le coup le pilote automatique et nous livrant le film de momie dans ce qu’il peut avoir de plus basique. Des fouilleurs de pyramides viennent récupérer du bibelot antique et de la carcasse de légende, l’enturbanné fâché voit rouge et récite quelques absoutes diaboliques, et le titan de poussière se relève pour châtier l’occidental, incapable de respecter le sommeil des morts. Pas plus, pas moins.

 

 

On se rassure néanmoins en se disant que John Gilling se fait maître de cérémonie, et que son Invasion des Morts-Vivants comme sa Femme Reptile faisaient partie de ce que les Britanniques avaient sorti de plus chouette à l’époque. Nous n’avons visiblement pas prié Anubis assez fort, car le réalisateur fournit ici un boulot assez peu excitant. Pas lorsque la momie se met au travail et multiplie les meurtres, par ailleurs variés (défenestration, caboche broyée, front cogné contre un mur, fiole d’acide balancée sur un pauvre photographe). C’est vrai, en ces moments Gilling décide bien souvent de détourner le regard et évite de faire sombrer The Mummy’s Shroud dans un festival gore qui aurait pourtant joué en sa faveur, mais au moins jouit-il aussi d’un éclairage de qualité et parvient-il à mettre en valeur un monstre sinon pas terrible (on voit clairement la tirette dans son dos). Le final ne déshonore pas l’auteur non plus, avec une belle désintégration du revenant, qui retourne à sa poussière. Le problème, c’est tout le reste. Studio modeste, ce que l’on oublie parfois un peu vite, la Hammer n’a pas tout à fait les moyens de ses ambitions, et de la ville où rôde la momie on ne verra finalement que trois bouts de rue. Dès lors, et pour couper dans les dépenses, il est décidé d’assigner le casting à résidence, de cloîtrer tout ce beau monde dans son hôtel, où comme lors d’une pièce de théâtre filmée les uns et les autres se croiseront dans le hall ou feront claquer la porte de leur chambre, reléguant la vengeance d’outre-tombe au tout dernier acte. Pas tout à fait ce pour quoi on avait signé…

 

 

D’ailleurs, à la compagnie de son monstre poudroyant, Gilling semble préférer celle de John Phillips, équivalent filmique de Bernard Henri Lévy puisque lui aussi est un millionnaire désireux de se faire passer pour un baroudeur bravant le danger tous les trois pas. Un pompeux cornichon, comme dirait le petit prince de l’attentat pâtissier Noël Godin, dont la femme est tout de même moins conne qu’Arielle Domsbale, puisque celle-ci se plaît à lui jeter des regards réprobateurs, comme si elle découvrait toujours un peu plus de la bassesse de son riche époux, premier au front lorsqu’il s’agit de passer pour un courageux alors qu’il s’est contenté de siroter des jus de mangue à l’ombre lors de l’expédition. Après tout, lui coller aux basques vaut toujours mieux que de traîner aux côtés du jeune premier Paul (toujours des Paul avec les Hammer) et de sa peu mémorable Hammer Girl, d’autant que Gilling s’amuse à ridiculiser son sale richard et rit du pauvre Michael Ripper, homme à tout faire, mais surtout bon à rien encore ridiculisé en VF par la voix de Bugs Bunny. Reste que le temps s’étire dans le très mineur The Mummy’s Shroud, et l’on aurait apprécié que les griffes promises s’abattent un peu plus tôt sur nos chercheurs de trésor…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : John Gilling
  • Scénario : John Gilling, Anthony Hinds
  • Production : Anthony Nelson Keys
  • Pays : Grande-Bretagne
  • Acteurs : John Phillips, André Morell, David Buck, Michael Ripper
  • Année : 1967

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