Till Death

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Jusqu’à ce que la mort nous sépare… Le fantastique des nécropoles étant ce qu’il est, il ne faut jamais attendre bien longtemps pour qu’il mette en pratique cette formule d’épousaille et réunisse morts et vivants. Till Death, tout petit budget pétri en 74 mais seulement arrivé sur les étals en 78, prolonge ainsi les amours perdus au beau milieu d’un mausolée fait prison de leurs âmes.

 

 

Surtout connu pour être la star du réputé atrocement nul On a volé le cerveau d’Hitler (1968), Walter Stocker décide au beau milieu des seventies de s’essayer à la réalisation, et ce dans une ambiance particulièrement familiale. Co-produit avec sa fille et écrit par son fils, son Till Death n’en souffrira pas moins du syndrome du tiroir fermé à double tour, où il restera enfermé quatre années durant avant qu’un producteur ne se risque à tenter de gagner un maigre sou avec cette petite production à l’épouvante émue. C’est peut-être là le problème d’ailleurs, cette visite au champ des morts n’étant pas tout à fait un film d’horreur tel que le public l’entend généralement, avec ossements jetés aux murs et chair laminée par une machette bien affûtée. Stocker laisse tout de même passer quelques gros plans sur un spectre à la frimousse putréfiée et répand un fumet de mort à l’occasion, mais il est très vrai que l’histoire imaginée par son rejeton a pour intention première de faire vibrer les coeurs, pas de dresser les moumoutes. Cela commence pourtant par un vilain cauchemar, Keith Atkinson (quelques petits rôles ça et là, dans Rencontre du Troisième Type notamment) rêvant qu’il rentre dans un cimetière pour y suivre une demoiselle de blanc vêtue, et la retrouvant dans un sarcophage doré, dont elle s’extirpe pour dévoiler un visage ravagé par la putrescence. Réveillé en sueur, jusqu’à tremper son joli pyjama orangé, il lui faut un coup de téléphone de sa petite copine Belinda Balaski (par la suite une habituée de Joe Dante comme chacun sait) pour le ramener dans le monde réel, où il se souvient qu’il doit se marier le jour même. Le curé récite sa leçon, les amoureux s’embrassent, et direction la lune de miel. A moins que le destin ne s’en mêle… Victimes d’un accidents de la route, Balaski meurt et Atkinson finit estropié et détruit par la solitude. Après un séjour dans un hôpital où on lui soigne la jambe, les méninges et son petit moral, il décide de s’équiper de son plus beau courage et d’enfin rendre visite à la dépouille de sa compagne, emmurée dans un luxueux mausolée. Mais une fois sur place, attaqué par de nouvelles hallucinations et mauvais rêves, le veuf s’évanouit, ne pouvant répondre lorsque les fossoyeurs des lieux hurlent pour savoir s’ils peuvent verrouiller la grille du mausolée avec leur cadenas. Se réveillant en pleine nuit, et découvrant qu’il devra passer celle-ci sur place avec un chat noir, Atkinson commence à entendre des voix…

 

 

Elles proviennent bien évidemment du cercueil où est allongée la pauvre Belinda, et persuadé qu’elle fut enterrée vivante comme dans un vieux Poe, son époux use des outils trouvés sur place pour la libérer. Et elle est bien là, sa jeune mariée, vivace mais désormais sur les nerfs, comme si son caractère avait changé. En outre, elle se persuade que les esprits du charnier feront tout pour les empêcher de quitter les lieux. Cela semble vrai : un câble électrique empêche son Keith d’ouvrir la grille, le félin devient violent et quelques figures spectrales flottent dans la crypte… Assez pauvrement réalisé, Till Death a surtout pour lui un point de départ original et des intentions à milles lieues du tout-venant de la production fantomatique ou branchée living dead. Le climat se veut lourd et inquiétant, c’est certain, mais on sent que plus que tout, c’est l’état de deuil. Ce sentiment de vide entourant Atkinson maintenant que son âme sœur s’en est envolée, et le trouble de la retrouver dans un décorum macabre, comme s’il venait de traverser le Styx pour la serrer à nouveau dans ses bras. Touchant de bout en bout, et un regard tendre suffisamment rare dans le genre pour que notre intérêt ne faiblisse pas. Malheureusement, Stocker voit un peu trop grand, et alors que son Till Death aurait fait des merveilles au format court ou glissé dans une bonne petite anthologie, une fois étiré en long-métrage on se rend compte des limites du récit, cloîtré dans une seule et unique pièce où il ne se passe malheureusement pas grand-chose. Probable qu’avec un budget plus épais et une meilleure connaissance de la mise en scène, Stocker aurait pu élever le niveau de son enterrement. En l’état, on ne s’ennuie pas réellement, car une fois encore le propos est envoûtant (la symbolique de la grille du mausolée, passage vers l’autre monde), mais difficile de nier que de ces saines bases le réalisateur ne tire pas assez. Une attachante curiosité, néanmoins.

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Walter Stocker
  • Scénario : Gregory Dana
  • Production : Walter Stocker, Pamela Stocker, Marshall Reed
  • Pays : USA
  • Acteurs : Keith Atkinson, Belinda Balaski, Bert Freed, Marshall Reed
  • Année : 1978
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