The Prey

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Le casque de spéléologue vissé au caillou, les petits Anglais d’Arrow Video continuent de donner dans l’excavation, remontant des entrailles de l’enfer toujours plus de Série B que l’on pensait condamnées à en rester à l’état de VHS surmenées. Voilà une paire de printemps, c’était au slasher The Prey qu’ils offraient leurs bon traitement habituel, plaquant sur une galette HD l’habituel jeu de massacre entre quelques campeurs du dimanche et un grand brûlé lassé d’avoir à se nourrir d’écureuils et de ragondins. Arrow ne faisant jamais les choses à moitié, il fut même décidé d’allonger l’expérience via quelques séquences supplémentaires que la version cinéma ignorait. Pas sûr qu’on y soit gagnants, cependant…

 

 

Car non, The Prey n’a rien du trésor jadis enseveli par les corsaires de l’exploitation et qui mériterait que l’on affronte chausse-trape et mur de pics pour en avoir la possession. Si le fait que le réalisateur Edwin Brown et son épouse de productrice Summer Brown arpentaient auparavant les maisons closes du porno et du softcore ne nous rebutait guère, et au contraire on pouvait y voir l’assurance d’avoir du tits and ass dans la ligne de mire, on a commencé à se méfier en apprenant que cette énième excursion maudite fut tournée en 79 et dut attendre 83 avant que la New World Pictures fondée par Roger Corman se décida à la mettre sur le marché. Un bien mauvais présage, tant aucune boîte n’aurait attendu quatre années pour sortir une péloche promettant du axe killer alors que le Halloween de Carpenter venait de faire le hold-up de la décennie. Si ces Messieurs-Dames de la New World ont tant tourné autour du pot, c’est que la hache de The Prey devait être plus qu’élimée. Et cela se vérifie très vite… Le film a pourtant fière allure, la haute-définition nous permettant de profiter d’une belle photographie, d’une atmosphère forestière parfaitement restituée, d’un main theme typique mais efficace, et les quelques effets gore concoctés par le quasiment mythique John Carl Buechler sentent bon le coulis de tomate au basilic. Quant à Edwin Brown, même s’il n’a pas de quoi se faire couronner, il sait envoyer quelques plans inspirés quand il le faut. Mieux : en entrant dans le vif du sujet dès son intro en décapitant une paire de caravaniers, notre exécution faite film nous caresse dans le sens du poil, dans le bas du dos, là où ça chatouille le plus. Pour mieux nous y poignarder juste après. Passe encore cette exposition assez longue servant à nous présenter trois couples de jeunots, par ailleurs assez peu différents les uns des autres. Les filles sont sympas, aiment se pouponner comme si elles se elles allaient monter les marches cannoises, les gus sont d’invétérés blagueurs. Zéro caractérisation, mais qu’importe puisque tout ce beau monde se lance dans un trek pour s’y faire guillotiner par un homme des bois ne voulant pas partager son petit coin de paradis vert, n’est-ce pas ? Sauf que pour en arriver à ces belles promesses, il va falloir planter nos tentes dans la salle d’attente, où nous allons végéter un bon moment.

 

 

Que les Brown ne savent pas trop comment occuper le temps qu’on veut bien leur allouer, on s’en rend compte au vu des très nombreux, et parfois interminables, stock shots d’animaux utilisés. C’est bien simple, dès que nos étudiants en vadrouilles font deux pas ou terminent une phrase, la plus souvent improvisée sur le tournage faute de script, on nous colle au montage plusieurs minutes d’un serpent glissant d’une écorce, un hibou lançant des regards noirs à la caméra, une mygale se frottant les mandibules, des lézards au repos, des grenouilles plongeant dans leur mare ou des ratons laveurs à la recherche de nourriture. Très vite, et devant le rythme émollient de l’ensemble, on se prend à jouer au petit jeu du « devine quel bestiole va apparaître dans deux secondes », plus palpitant que de suivre les molles discussions de personnages n’ayant rien à raconter. Plus loin, on nous offrira même une séance de banjo gratuite offerte par un garde forestier, qui excelle également dans l’art de raconter des blagues aux biches. Désespérés, les Brown trouvent de quoi imprimer de la pellicule partout où ils peuvent, et ne manquent pas, comme beaucoup de leurs confrères de l’époque, d’inviter une gloire mourante du cinéma ou du petit écran pour qu’elle vienne y tenir un monologue peu inspiré. D’ordinaire, on a droit à John Carradine ou Cameron Mitchell, mais c’est ici à Jackie Coogan (l’Oncle Fétide de la série La Famille Addams des 60’s) de meubler pour un maigre billet. Ce sera d’ailleurs son ultime apparition, et finir sur The Prey n’a rien de glorieux… Pour (mal) occuper vingt minutes de notre temps, il est décidé à la moitié du film de partir vers un flashback, tantôt tout en couleurs, tantôt passé au filtre jaune pisse, histoire d’expliquer que si un sale type au faciès ravagé par les flammes se cache derrière les fourrés, c’est parce que trois décennies auparavant deux rednecks sont allés foutre le feu à un campement de gitans. Pourquoi tant de haine ? Parce que l’un des gens du voyage n’avait rien trouvé de mieux à faire que d’aller peloter l’épouse de l’un des bouseux.

 

 

Plusieurs problèmes se posent avec ce flashback. Le premier, c’est qu’il nous apprend énormément de choses, mais jamais sur l’assassin du temps présent, que l’on nous décrit comme un ado trop grand pour son âge, un peu simplet, mais que l’on ne voit pour ainsi dire jamais dans ce retour en arrière. Le deuxième, c’est que vingt minutes de fricotages entre gypsies, c’est long au point que l’on en finit par se demander si l’on n’est pas passé d’un film à un autre. Et c’est pas ce pour quoi on avait signé au départ, surtout. Quelques tétons dévoilés n’y changeront rien : on s’emmerde sec, et on se demande quand enfin Brown va-t-il se décider à faire honneur au genre auquel il s’attaque. Ca finit par venir bien sûr, mais trop tardivement. Et c’est bien dommage parce que les meurtres sont tantôt brutaux (gorge arrachée à main nue, tête faisant un tour à 180 degrés), tantôt originaux (un piège posé envoie une donzelle se fracasser la tronche sur un tronc). Mieux : le final crache sur toute notion de happy end, et la final girl, si elle survit bien, sera bonne pour donner naissance à la marmaille du fou furieux coupable d’avoir fracassé tous ses amis. Si l’on devait juger The Prey selon ses dernières vingt minutes, parmi les plus percutantes du slasher des bois, il pourrait recevoir médailles, félicitations du jury et bouteille de champagne vidée sur la tête par une jolie mamzelle en bikini. Mais avant ces beaux instants, il faut souffrir d’une soirée camping assommante comme dix boites de Zaffranax, et de plus de gros plans sur des museaux de reptiles qu’un mois entier de 30 millions d’amis et Le Jardin Extraordinaire ne sauraient vous en balancer. Difficile de lever le pouce dans ces conditions, et de remercier Arrow de nous avoir proposé une version longue dont on se serait finalement bien passée…

Rigs Mordo

 

 

  • Réalisation : Edwin Brown
  • Scénario : Edwin Brown, Summer Brown
  • Production : Summer Brown
  • Pays : USA
  • Acteurs : Debbie Thureson, Steve Bond, Lorri Lethin, Robert Wald
  • Année : 1979 (sortie : 1983)

 

 

 

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3 comments to The Prey

  • Denis  says:

    Jacky Coogan c’est aussi the Kid de Chaplin.
    C’est triste

  • Denis  says:

    Tiens, j’ai appris le décès de William Smith en juillet.
    Bordel,notre jeunesse fout le camp.

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